Que s’est-il passé après la gifle donnée à un soldat par une femme-colon ?

Ahed Tamimi et Yifat Alkobi ont toutes deux subi un interrogatoire pour avoir giflé un soldat en Cisjordanie, mais on note peu de similarités entre les deux cas – tout simplement parce que l’une est juive, et l’autre palestinienne.


By Noa Osterreicher

Traduction & Notes, Tal Aronzon pour LPM.

Photos : A. Tamimi /Yfat Alkobi © Ahmad Gharabli /Torner Appelbaum [DR]

Ha’Aretz, Friday January 5, 2018

“What Happened When a Jewish Settler Slapped an Israeli Soldier?”

https://www.haaretz.com/opinion/.premium-1.832939


L’Article de Noa Osterreicher

Cette gifle n’a pas fait la Une du soir. Cette gifle, qui a atterri sur la joue d’un soldat du Na’hal à Hébron, n’a pas mené à une mise en accusation. L’assaillante, qui a giflé un soldat tentant de l’empêcher de jeter des pierres, a été emmenée pour interrogatoire, mais libérée sous caution et autorisée à rentrer chez elle le jour même.

Avant cet incident, elle avait été reconnue coupable à cinq reprises – d’avoir jeté des pierres, agressé un officier de police  et troublé l’ordre public – sans être jamais incarcérée. Le verdict fut dans un cas la liberté conditionnelle, et dans les autres un mois de peine d’intérêt général et des amendes symboliques à tire de réparations envers les victimes. Systématiquement, l’accusée s’est dispensée de se présenter aux interrogatoires ou aux audiences judiciaires auxquelles elle était convoquée, mais des soldats ne sont pas venus la tirer hors du lit au milieu de la nuit et aucun de ses proches n’a été arrêté. Si l’on omet un bref compte-rendu d’incident par Chaim Levinson [1] le 2 juillet 2010, quasiment rien ne fut répercuté dans les médias [de ces délits, et en particulier] de la gifle et des coups de griffe infligés par Yifat Alkobi au visage d’un soldat qui l’avait surprise à jeter des pierres à des Palestiniens.

Il fut un temps où le porte-parolat de Tsahal disait que l’armée « voyait d’un œil grave tout acte de violence envers les forces de sécurité » ; pourtant, l’assaillante continue à couler des jours  tranquilles chez elle. Le ministre de l’Éducation n’a pas exigé qu’elle soit incarcérée ; les réseaux sociaux n’ont pas explosé d’appels à la violer ou l’assassiner ; et l’éditorialiste Ben Caspit [2] n’a pas recommandé qu’elle soit traitée avec toutes les rigueurs de la loi « en un lieu obscur dénué de caméras ».

Comme Ahed Tamimi, Alkobi était connue depuis des années des forces armées et de la police des environs, et toutes deux sont considérées comme une source de problèmes, voire un danger. La véritable différence entre elles est que Tamimi a agressé un soldat envoyé par un gouvernement hostile qui ne reconnaît pas son existence, exproprie sa terre, tue ou blesse ses proches ; tandis qu’Alkobi, délinquante en série, a agressé un soldat issu de son propre peuple et de sa religion, envoyé par son pays pour la protéger – un pays où elle est une citoyenne aux privilèges spéciaux.

La violence d’origine juive contre des soldats est affaire de routine depuis des années. Mais même s’il semble vain de réclamer que l’on protège les Palestiniens du harcèlement physique et du saccage de leurs biens par les colons, il est difficile de comprendre pourquoi dès que les contrevenants sont juifs les autorités persistent à fermer les yeux ; à couvrir ou clore des dossiers, voire à ne jamais les ouvrir. Il y a des preuves à foison, dont certaines sont filmées. Et pourtant, les malfaiteurs dorment toujours chez eux dans leur lits, enhardis par les commandements divins et généreusement financés par des organisations soutenues par l’État.


Notes

[1]  Chaim Levinson est correspondant politique au Ha’Aretz.

[2] Ben Caspit publie régulièrement des chroniques dans le Jerusalem Post ; après une longue carrière dans les médias israéliens, il fait aujourd’hui partie de l’équipe rédactionnelle israélienne d’Al-Monitor .


L’Auteur

Après avoir étudié à la Charles E. Smith Jerusalem High School for the Arts, Noa Osterreicher, vit à Tel-Aviv Jaffa, et publie des articles dans le Ha’Aretz, à la rédaction duquel elle a travaillé. 

On peut y lire, notamment sans la rubrique Opinion :

. “In Bennett’s Eyes, Diaspora Jewry Serves Israel and Only Israel”, August 18, 2015 ;

. “The Indignity of the Worker’s Lunch Break”, April 1, 2016 ;

.  “A Black Curtain Falls Over Netanyahu’s Rule”, October 26, 2016 ;

.  “Taking From Israelis, Giving to the Settlers”, May 16, 2017 ;

.  “In Israel, Religion Is Only the Hammer”, October 11, 2017 ;

.  “Israel’s Desperate Diaspora Rescue Mission”, October 20, 2017 ;

.  “If You Gave Up on Netanyahu, Why Hold Out Hope for Trump?”, October 23, 2017 ;

.  “Why Are They Persecuting Netanyahu?”, November 17, 2017 ;

.  “Ayelet Shaked in the Free Market”, December 5, 2017.

Noa Osterreicher

Après avoir étudié à la Charles E. Smith Jerusalem High School for the Arts, Noa Osterreicher, vit à Tel-Aviv Jaffa, et publie des articles dans le Ha’Aretz, à la rédaction duquel elle a travaillé.  On peut y lire, notamment sans la rubrique Opinion : . “In Bennett's Eyes, Diaspora Jewry Serves Israel and Only Israel”, August 18, 2015 ; . “The Indignity of the Worker's Lunch Break”, April 1, 2016 ; .  “A Black Curtain Falls Over Netanyahu's Rule”, October 26, 2016 ; .  “Taking From Israelis, Giving to the Settlers”, May 16, 2017 ; .  “In Israel, Religion Is Only the Hammer”, October 11, 2017 ; .  “Israel's Desperate Diaspora Rescue Mission”, October 20, 2017 ; .  “If You Gave Up on Netanyahu, Why Hold Out Hope for Trump?”, October 23, 2017 ; .  “Why Are They Persecuting Netanyahu?”, November 17, 2017 ; .  “Ayelet Shaked in the Free Market”, December 5, 2017.