Le paradoxe commence a se déliter


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Haaretz, 19 novembre 2003

Trad. : Gérard Eizenberg pour La Paix Maintenant


Le paradoxe israelien est toujours la, mais il commence a se deliter. Ce
paradoxe est bien connu : une majorite en faveur d’un accord de paix avec
les Palestiniens, en meme temps qu’une majorite (quoiqu’affaiblie) soutenant
un gouvernement et un premier ministre qui s’opposent a cet accord. (…)

De nouveaux elements commencent a apparaitre. Depuis quelques mois, l’idee
s’exprime dans ces colonnes (en partie confortee par des donnees concretes)
que quelque chose dans la conscience des Israeliens est en train de changer
et renforce le refus du statu quo. Cette semaine, de nouvelles donnees sont
venues confirmer cette impression.

Depuis dix ans, jamais la rue, dans toutes ses composantes, ne s’etait vue
presenter une initiative du genre de celle qui a ete deposee dans toutes les
boites aux lettres du pays. L’initiative de Geneve n’est pas la solution
ideale. Elle ne pretend pas l’etre et ne le peut pas. Mais son utilite va
bien au-dela de la non-probabilite absolue qu’elle soit adoptee sous Sharon.
Avant meme la signature en Suisse le 1er decembre, tout le monde aura recu
la preuve qu’il existe des gens serieux a qui parler au sein de la direction
palestinienne. Ce fait ne peut etre ni nie, ni cache, malgre le degout
automatique qu’il suscite a droite. Au contraire : ceux qui veulent bruler
le texte, comme la bande de Kfar Habad, et ceux qui le critiquent avec tant
de passion, ne font que souligner a quel point il touche le point a son plus
sensible le front du refus israelien. Cela leur semble si faisable, si
inevitable meme, que l’ecume leur vient aux levres.

Le peuple, c’est bien connu, est parfois fou, mais il n’est pas stupide. Et
il ne peut certainement pas ignorer ce que ceux a qui il a toujours confie
sa destinee, les gens du Shin Bet qui travaillent jour et nuit a eliminer le
terrorisme, disent aujourd’hui sur le conflit. L’unanimite d’opinion
exprimee par les quatre anciens chefs du Shin Bet interviewes dans Yediot
Aharonot a contribue de la maniere la plus importante depuis longtemps, a
semer la confusion dans la tete confuse des Israeliens. Sous le titre
provocateur “Nous avons des doutes sur l’avenir de l’Etat d’Israel”, le
quatuor demolit tous les gouvernements depuis Rabin et leur approche ambigue
du processus politique.

Pour que l’opinion publique change, cela ne sera pas simple. Les signes que
quelque chose est en train de bouger ne sont pas assez criants pour qu’ils
se traduisent en un changement politique. Les Israeliens souffrent d’un
retard au demarrage. On sait qu’ils sont prets a souffrir longtemps et en
silence quand leur estomac leur fait mal de trop de colere. On ne peut plus
negliger le fait que s’approfondit le malaise cree par l’immobilite dans
tous les domaines. C’est un malaise qui s’etend, mais qui ne se depeche pas
d’apparaitre dans les sondages. Comme beaucoup d’autres, nous n’avons que
peu tendance a reconnaitre nos erreurs plus vite que nos dirigeants. Comme
les Americains et leur president. Ils n’osent pas dire sur Bush le tiers de
ce que les Britanniques ont dit sur lui dans un sondage realise la veille de
son arrivee a Londres (qu’il est stupide), alors qu’une recherche rapide sur
Google avec les mots-cles “Bush+stupide” donne plus de 750.000 reponses.

Ici aussi, cela prendra du temps de reconnaitre que les dirigeants actuels,
et la voie de la droite en general, menent au desastre. Maintenant, nous
avons une preuve, et pas seulement de la part de Yossi Beilin et de ses amis
de gauche. Avec autorite, sans demander la permission, les anciens chefs du
Shin Bet ont dit ce qu’ils avaient sur le coeur. Ce qui manque, bien sur,
pour qu’il y ait un changement politique, c’est une coalition completement
differente. Ce qui indique d’ailleurs qu’il ne faut pas se hater de tirer
des conclusions. Pour cela, comme pourrait dire Sharon en paraphrasant Mark
Twain, l’annonce de sa mort serait prematuree.