L’espoir de Genève


David Chemla etait a Geneve le 1er decembre pour la signature de l’accord.

Geneve 1er decembre 2003.


Geneve, a quelques dizaines de km de Bale ou tout a commence il y a 106 ans
lors du premier congres sioniste. “Si vous le voulez ce ne sera pas une
legende” avait prophetise Hertzl en predisant que 50 plus tard un Etat juif
verrait le jour.
1er decembre, surlendemain du 29 novembre, anniversaire d’une autre date qui
aura marque l’Histoire du Moyen Orient, celle du vote de partage a l’ONU en
1947.
Cette date du 1er decembre 2003 sera-t-elle aussi a son tour, un jour,
consideree comme celle d’un nouveau depart? Il est sans doute trop tot pour
l’affirmer. En paraphrasant Churchill, on pourrait dire que si ce n’est pas encore celle d’un nouveau debut, c’est certainement celle de la fin d’une periode. Depuis trois ans que le Moyen Orient va a la derive, d’attentats kamikazes en represailles, de reprise aussitot avortee d’un processus de paix moribond a une nieme decision de l’ONU appelee a rejoindre les dizaines d’autres qui l’ont precedee, les populations israeliennes et palestiniennes se sont habituees a vivre sans espoir. Et soudain l’opiniatrete des deux negociateurs principaux de Taba, frustres de ne pas avoir eu le temps d’achever leur travail en 2001, aboutit a la redaction d’un accord, presenté comme un modele. A la difference de tous ceux qui l’ont precede, cet accord aborde tous les points les plus litigieux du conflit israelo palestinien et
y apporte des solutions. Il est la preuve que contrairement aux idees recues, il existe dans les deux peuples un partenaire pour la paix.

Le resultat fut cette rencontre d’hier a Geneve, que j’ai envie d’appeler rencontre du 3eme type, non pas a cause de la presence comme maitre de ceremonie de Richard Dreyfuss qui avait ete l’acteur principal de ce film, mais a cause des retrouvailles entre ces deux delegations israelienne et palestinienne dont j’ai ete le temoin. L’evenement, hier, etait surtout dans la salle a manger de l’hotel Intercontinental ou progressivement les delegations se retrouvaient. Arrives par des chemins differents, de villes souvent distantes de quelques kilometres, les delegues israeliens et palestiniens se cotoyaient sans se melanger. Seuls les principaux auteurs de ces accords, qui avaient appris a se connaitre pour en negocier tous les details, montraient une certaine complicite. Quant au comportement des dizaines d’autres venus apporter leur soutien, on differenciait celui des Israeliens, pour la plupart familiers de ces grands hotels et de ce type de
reunions et qui avec leur decontraction habituelle cherchaient a se faire photographier a cote des representants du Fatah, de celui de ces Palestiniens venus tout droit des territoires et qui observaient le remue menage ambiant avec beaucoup de retenue. Mes amis israeliens, deputes ou membres de Shalom Akhshav que je retrouvais etaient tous tres emus. Ils avaient enfin l’impression qu’apres trois ans, l’espoir renaissait. Par contre la gravite des Palestiniens, que l’on pouvait percevoir dans leur regard, temoignait, me semble-t-il, d’une certaine reserve. Il y a eu trop de deceptions depuis Oslo pour qu’ils puissent manifester ouvertement leur joie.
Je retiendrai quelques interventions a la tribune :
ß celle du general Amnom Lipkin Shahak, ancien chef d’etat major de Tsahal,
appelant a se liberer des demons de la haine pour reconstruire l’espoir,
ß celle du general Zuheir Manasra, son ancien ennemi, affirmant ne pas combattre les Israeliens mais l’occupation et qui voit aujourd’hui poindre une lueur d’espoir, peut etre la derniere, dit-il,
ß celle de Hisham Abdel Razek, actuel ministre des prisonniers et qui, apres 21 ans passes dans les prisons israeliennes, est venu dire a Geneve, “a titre personnel”, que la paix se construit sur la base de la reconnaissance mutuelle et du compromis entre deux Etats,
ß celle d’Avraham Burg appelant les societes civiles a se substituer a leurs dirigeants defaillants pour reintroduire l’espoir..
Je retiendrai enfin ces deux cris : celui de ce Palestinien chantant la douleur du prisonnier, chant ecrit par Mahmoud Darwish et qui ne necessitait pas de traduction, et celui de cet Israelien d’origine sepharade, issu des couches defavorises, qui criait sa detresse sociale et son manque d’espoir pour l’avenir.

Cela a deja ete dit ailleurs. A Geneve, on n1a pas celebre un mariage, mais
on a prononce un divorce. Un divorce necessaire et salutaire, pour permettre a chacun de ces deux peuples, un jour, de pouvoir se reconstruire, chacun dans son Etat, dans la dignite et la securite. Le processus qui commence peut etre soit encore long, sacrifiant sur son chemin beaucoup de nouvelles victimes, soit ecourté. Mais il aboutira tot ou tard a un accord qui ressemblera peu ou prou a celui proposé a Geneve. Le combat qui attend ces delegues a leur retour en Israel et en Palestine necessitera de leur part un engagement total. Il leur faudra expliquer, rassurer et vaincre encore beaucoup de tabous. Mais il est le seul capable d’aboutir a la seule solution réaliste pour batir, demain, une paix dans la region. A nous, ici, de repondre a l’attente des auteurs de ces accords et de les accompagner sur ce chemin.

David Chemla

president des Amis de Shalom Akhshav – La Paix Maintenant

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