Auteur : Naftali Raz, Haaretz, 9 février 2026
Traduction: Dory (Groupe WhatsApp « Je suis Israël »)
Mis en ligne le 11 février 2026
Vous vous souvenez? Le 16 septembre 1982, un massacre a commencé au Liban dans les camps de réfugiés de Sabra et de Chatila qui étaient sous le contrôle de Tsahal. En tant que « responsable de opérations » pour le mouvement La Paix Maintenant, j’ai organisé des manifestations exigeant la création d’une commission d’enquête d’État chargée d’examiner comment cela était possible. Le 1er novembre 1982, la commission a été créée. Ses conclusions ont été publiées le 7 février 1983. La commission a recommandé de démettre le ministre de la Défense Ariel Sharon de ses fonctions. Le Premier ministre Menachem Begin a hésité et le ministre Sharon a refusé de démissionner.
Le jeudi 10 février 1983, j’ai organisé une grande manifestation à Jérusalem, avec l’accord de la police, pour réclamer la mise en œuvre des conclusions de la commission d’enquête. Sur la place de Sion, des centaines de personnes de droite nous ont attaqués et frappés. Vingt personnes de notre service de sécurité nous ont protégés et les policiers ont essayé aussi. Nous avons continué à marcher jusqu’au bureau du Premier ministre. En chemin, le « rabbin » Meir Kahane, dont le successeur est aujourd’hui ministre de la « Sécurité nationale », a tenté de nous arrêter. Nous avons continué notre chemin, tandis que des centaines de voyous continuaient à nous frapper. Eux aussi ont aujourd’hui des héritiers, comme le colon Amiram Ben Oliel, qui a assassiné des parents et un bébé dans le village de Duma, et des colons qui mènent des pogroms dans les villages palestiniens et battent aussi les membres des forces de sécurité. Lorsque nous sommes arrivés devant le bureau du Premier ministre, des voyous menés par Tzachi Hanegbi, qui était jusqu’à récemment le conseiller à la sécurité nationale du Premier ministre israélien, nous y attendaient.
J’ai amené les manifestants à scander des slogans tels que : « Arik démissionne, la paix vaut mieux ». Une brute a essayé de m’arracher le mégaphone. Mon ami Emil Greenzweig a organisé une « chaîne de mains » pour me protéger ainsi que le mégaphone. Nous sommes arrivés au bureau du Premier ministre. Quelques discours ont été prononcés et nous avons terminé en chantant « Hatikvah ».
C’est alors que le boum se fit entendre. J’ai compris qu’on nous avait lancé une grenade. J’ai fait monter certains des blessés que j’ai vus dans la voiture et nous nous sommes précipités vers l’hôpital Shaare Zedek. Je suis sorti pour appeler les familles des blessés au téléphone public, mais les voyous – qui nous avaient suivis à l’hôpital – ont commencé à me battre. Mes amis, qui nous suivaient avec d’autres blessés, ont éloigné les sanguinaires et m’ont permis d’appeler. Les successeurs de ces voyous n’ont pas disparu : aujourd’hui, ils battent des Palestiniens qui sortent cueillir des olives.
Les gens qui nous ont battus lors de l’assassinat d’Emil Greenzweig continuent de battre les Palestiniens, et les successeurs de Kahana et Sharon siègent au gouvernement. Dans l’espace des téléphones, un journaliste s’est approché de moi et m’a demandé : « Avez-vous entendu dire que vous aviez une personne décédée ? J’ai pâli. J’ai crié : « Qui ? » Le journaliste a répondu calmement : « Emil Greenzweig».
Quatre jours plus tard, le lundi 14 février 1983, Ariel Sharon a été démis de ses fonctions de ministre de la Défense (il deviendra plus tard Premier ministre).Ses successeurs sont aujourd’hui Premiers ministres et présents au ministère de la Défense. La police a trouvé le lanceur de grenades : Yona Avroshemi, qui travaillait dans la colonie d’Ofra, l’une des principales bases du mouvement Gush Amunim. Lors du procès, il a témoigné qu’il avait été incité par des colons à Ofra. La clandestinité juive est issue du mouvement Gush Emunim, qui a assassiné trois civils palestiniens à Hébron et en a blessé des dizaines, dont deux maires palestiniens et un saboteur des gardes-frontières. Le fils glorieux d’un des leaders de la clandestinité est le journaliste Amit Segal. Une fois par an, autour du 10 février, nous organisions des commémorations à la mémoire d’Emil. J’en ai réalisé la plupart, également en 2025, lorsque j’ai placé une pancarte à l’endroit où il a été assassiné, devant le bureau du Premier ministre. Cette année, je ne pourrai plus organiser de service commémoratif, je trouve donc opportun de mentionner au moins ces jours et, cette fois, aussi pour avertir que cela peut se reproduire : il semble que nous devrons nous lancer dans un soulèvement civil non violent!

