Colonies : le danger pour la nation


article en anglais sur le site d’Ha’aretz


Dans la competiton qui couronnera la menace numero un pour l’avenir et la
qualite de vie de notre pays, les colons font concurrence au terrorisme
palestinien. Une telle affirmation se heurtera, evidemment, aux reactions
violentes, outragees, auto-justificatrices et pseudo-sionistes dans
lesquelles la communaute des colons s’est specialisee. Mais ce n’est pas
exagere, c’est tres serieux. Si une initiative euro-americaine serieuse pour
la reprise des negociations voit reellement le jour, personne ne pourra
mieux l’entraver que les colons de Cisjordanie et de Gaza. Cette menace est
bien plus grande que celle que represente le Premier ministre : lui sera
soumis a la pression americaine, eux non. Lui sait plier sous la pression,
eux s’en serviront comme une arme de combat.

Le pouvoir des colons est dangereux parce qu’il n’emane pas de l’opinion
israelienne. La plupart des Israeliens expriment a longueur de sondages leur
accord pour demanteler les colonies dans le cadre d’un accord de paix. Le
poids politique des colons s’appuie sur la droite au pouvoir. Il s’agit d’un
mouvement important, mais isole dans la societe israelienne. Jouer leur jeu
ressort d’un sentiment de culpabilite de la part de la plupart des hommes
politiques de gauche comme de droite, qui laissent se developper le
mouvement de colonisation. Pour ces derniers, il est facile de surfer sur
cette responsabilite historique. Mais il ne faut pas l’accepter. Il n’y a
aucune raison de ne pas rejeter leurs arguments.

Une fois de plus, on demande a des centaines de milliers d’Israeliens de
lourds sacrifices pour assainir l’economie. Quelques-uns des fondements de
notre systeme economique, dont les retraites, vont etre bouleverses par un
programme qui promet d’ameliorer notre qualite de vie. Et pourtant, on
permet a une minorite d’Israeliens de mettre en danger la majorite au nom du
maintien d’un fondement, bien plus douteux : leur droit de s’installer dans
les territoires occupes.

L’opposition a ce droit ne derive pas de considerations morales, et ne
constitue pas non plus une autre interpretation du droit au Grand Israel. Il
s’agit de considerations de realpolitik, qui s’imposeront a l’Etat d’Israel
pour la periode a venir. Depuis de nombreuses annees, c’est la conclusion
logique et pragmatique qui decoule de l’analyse des besoins d’Israel.

Le compte de l’ideologie, parfois messianique, qui nourrit le mouvement des
colons, est au rouge. En termes economiques, on pourrait dire que la plupart
des investissements effectues dans la colonisation sont a passer au poste
“pertes” dans le bilan de la Nation, et doivent etre effaces. Cette decision
n’est pas facile, meme pour les opposants historiques aux colonies. Cela
represente un sacrifice, personnel et collectif, de la part d’un secteur
entier de la societe, qui s’est montre dynamique, et qui a agi, entre
autres, sur la base de promesses irresponsables qui lui ont ete faites par
les gouvernements d’Israel. Mais il n’y a pas d’autre voie.

Comme on pouvait s’y attendre, la pression vient une fois de plus de
l’exterieur. L’opposition interieure a la colonisation ne s’est pas montree
efficace, pendant toutes ces annees, a cause du manque de cooperation des
establishments politiques, et d’une apathie quasi suicidaire de l’opinion.
L’une des reussites les plus spectaculaires du mouvement des colons a ete de
creer un lien fallacieux entre l’entreprise de colonisation et ce qui est
toujours presente comme de la resilience, de la determination, un “vrai”
sionisme, et une soi-disant sante emotionnelle de la Nation. Il s’agit ici
d’une tromperie, comme on n’en a jamais vu dans l’histoire des mouvements
israeliens. On parle aujourd’hui de plus en plus (pour l’instant on ne fait
qu’en parler) d’une initiative americaine. Meme si on peut penser que cette
nouvelle initiative diplomatique sera moins vigoureuse que la maniere qu’on
a d’en parler, le prochain round diplomatique americano-europeen promet
d’etre plus determine que les precedents. Les Etats-Unis et l’Europe en
guerre ont trop d’interets en jeu pour laisser guider leur strategie dans la
region par le Conseil des colons.

Les patriotes israeliens doivent prendre conscience que le bien de l’Etat ne se trouve pas dans nos droits sur les collines de Cisjordanie. Cette prise de conscience ne peut venir seulement de reservistes envoyes sacrifier leur vie pour proteger une poignee de colons raleurs. Car l’entreprise de colonisation menace les Israeliens chez eux, et quotidiennement. Ou, pour dire les choses de maniere plus vehemente, comme Jacob Talmon l’a fait sur le meme sujet il y a maintenant une generation : la patrie est en danger.