ORIT REINGEWERTZ « …L’art est une langue commune qui permet de dépasser les difficultés – bien réelles – de la vie quotidienne partagée. Les Arabes israéliens ne peuvent pas parler de tout, ils sont réticents parfois à aborder certains sujets. Après le 7 octobre, ce fut sensible mais la passion de l’art a aidé et permis de se retrouver… »
Dans le cadre de Chroniques pour la paix, émission bimensuelle sur Radio Shalom, parrainée par La Paix Maintenant et JCall, Sylvie LIDGI s’entretient avec ORIT REINGEWERTZ d’un programme qui participe du « vivre ensemble judéo-arabe » et qui s’adresse à de jeunes artistes israéliens, juifs et arabes. Depuis très longtemps en effet, des partenariats, des programmes éducatifs, artistiques et culturels réunissent des Juifs et des Arabes d’Israël dans des activités communes. Des réalisations qui se font sur le terrain et dont on ne parle pas beaucoup.
Orit Reingewertz, membre du kibboutz Amitaï, est la coordonnatrice d’un programme résidentiel destiné à de jeunes artistes juifs et palestiniens d’Israël, mis en place par le centre Givat Haviva.
Givat Haviva est une-institution de la société civile engagée pour le changement social, qui œuvre à promouvoir en Israël une société démocratique, égalitaire et prospère pour tous ses citoyens, à faire advenir la paix avec ses voisins sur la base d’une solution politique fondée sur deux États entretenant de bonnes relations de voisinage. Les activités de l’organisation se concentrent sur les domaines de l’éducation, de l’apprentissage des langues, du développement d’un leadership partagé, ainsi que de la culture et des arts.
Fondé en 1949 par la Fédération des kibboutzim, le Centre a obtenu en 2001 le Prix de l’Education à la Paix de l’UNESCO en récompense de l’ensemble de son action en vue du rapprochement entre citoyens juifs et arabes du pays.Il bénéficie de la reconnaissance et du soutien de nombreuses fondations de renom.
https://www.youtube.com/watch?v=eyu0H3MuMA0&list=PL9i_95ou6g8mnOjoa3e6cctp_LK5Brk8P&index=1
Le programme résidentiel artistique
Le programme AIR « Art in Residency » regroupe 10 jeunes artistes juifs et arabes sélectionnés pour participer au programme de résidence de Givat Haviva pendant une période de cinq mois de vie en communauté et de création artistique..
Dans le cadre de ce programme les artistes ont créé, mangé, partagé leur temps, dormi — en somme, vécu ensemble 24h/24 et 7j/7 dans un même espace. Ils viennent de différentes régions d’Israël : Dalyat el-Karmel, Tel Aviv, Haïfa, Jérusalem, Arraba, Nof HaGalil et Ra’anana.. Durant cette période, les jeunes artistes ont été accompagnés par le directeur du programme, un conseiller artistique, un facilitateur social, ainsi qu’une équipe de mentors composée d’artistes israéliens de premier plan. Le programme comprend des conférences et des ateliers, des rencontres collectives et des entretiens individuels avec divers intervenants, dans le but de les exposer à une diversité de points de vue et de modes de travail. Ensemble, les participants ont également pris part à des visites inspirantes et à des parcours de discussion dans des institutions artistiques, découvrant des initiatives contemporaines. Ils ont par ailleurs organisé trois événements artistiques ouverts à différents publics dans la région de Givat Haviva, un territoire mixte judéo-arabe.
Exposition « No Space Between Us »
L’exposition collective de fin de programme présente les œuvres qu’ils ont réalisées au cours de cette période, en peinture, sculpture, photographie, vidéo et art sonore. Le titre de l’exposition – No Space Between Us – constitue un point de départ, une sorte d’hypothèse de travail à partir de laquelle les artistes ont entrepris un parcours à la fois personnel et collectif dans un espace partagé, à la fois physique et émotionnel. Elle s’articule autour de deux pôles.
D’un côté, un regard tourné vers l’intime et le proche : par exemple, un voyage familial de l’Afrique du Nord à Israël via la France, dessiné sur une nappe ; la transformation d’un événement violent traumatique en une mélodie jouée par une boîte à musique analogique ; des objets personnels issus de la cuisine d’une mère recomposés en un collage foisonnant ; ou encore des scènes photographiques de l’enfance de jumeaux retranscrites en peinture sur des enveloppes.
De l’autre côté, l’exposition ouvre son regard vers l’environnement réel : à travers des photographies du paysage local proche ; le portrait d’un garçon arabe scolarisé à Givat Haviva, réalisé par une artiste juive ; ou encore une perspective sur un paysage plus lointain, documentant l’espace entre Jéricho et Jérusalem, devenu un foyer de harcèlement par des jeunes des collines. Cela passe aussi par un film de nature comme analogie critique de la coexistence dans la société humaine, des sculptures miniatures embryonnaires, ou une vaste peinture panoramique d’un espace imaginaire peuplé de créatures évoluant dans différents langages picturaux.

Signalons qu’il existe en France une association des Amis de Givat Haviva : https://givathavivafrance.blogspot.com/

