Depuis que Trump a décidé de mettre fin à la guerre contre l’Iran menée conjointement par les États-Unis et Israël, Netanyahu a ouvert un nouveau front, cette fois contre le président américain. De même que son alignement sans faille sur Trump était erroné, comme les derniers évènements l’attestent, on peut s’interroger sur le bien-fondé de cette orientation.
Cette offensive, souvent par larbins interposés, sans stratégie politique, aura-t-elle une issue différente de la précédente? En Israël, il est difficile de comprendre qu’aucune opération militaire n’apporte de sécurité si elle ne s’inscrit pas dans une stratégie politique. Le public israélien a majoritairement adhéré au fantasme d’une victoire totale à Gaza, puis en Iran, alors qu’en réalité, même lorsque Israël gagne toutes les batailles militaires, elle perd le plus souvent la campagne dans son ensemble.
L’offensive contre Trump, avec l’assentiment sinon l’incitation de « on sait bien qui », se développe essentiellement dans les médias, menée par les fidèles de Netanyahu.
Les noms d’oiseau volent à tout va… « petits juifs » pour Steve Witkoff et Jared Kushner, « salaud » pour Vance, et pour Trump, « Donald Hussein Trump ». Certes, Trump et cet accord américano-iranien, dont l’élaboration a marginalisé Israël et qui reste terriblement vague quant à l’avenir du programme nucléaire iranien, méritent sans conteste la critique la plus acerbe.
Mais, en l’absence de toute auto-critique et d’analyse des égarements passés, on perçoit qu’il s’agit en fait d’une offensive médiatique menée par les partisans de Netanyahu pour transformer un échec retentissant en atout électoral. La dégradation des relations personnelles Trump-Netanyahu et israélo-américaines est patente, mais Israël, après des années durant lesquelles Netanyahu a bafoué le Parti démocrate, la diaspora juive et l’Europe, ne peut se permettre de répondre par des injures.
Shaul Arieli* résume à nos yeux parfaitement la situation : « Les déclarations de Trump et de son vice-président au sujet de Netanyahu ne sont ni un incident diplomatique ni un lapsus. Elles constituent un rappel brutal, presque vulgaire, de ce que Netanyahu s’obstine à cacher au public israélien : l’alliance personnelle sur laquelle il mise n’est pas une stratégie diplomatique, mais un pari dangereux sur les caprices d’un dirigeant étranger. Netanyahu vend à Israël l’illusion d’une immunité américaine, comme si sa relation avec Trump constituait une police d’assurance nationale. En réalité, il s’agit d’une dépendance humiliante envers un homme qui n’est pas engagé envers Israël, qui n’est pas attaché à un ordre international et qui n’hésite pas à transformer même ses alliés de longue date en instruments temporaires. L’euphorie de Netanyahu à l’égard de Trump est particulièrement dangereuse parce qu’elle remplace la réflexion diplomatique par une croyance presque mystique dans un « ami à la Maison-Blanche. Mais Trump n’est pas l’ami d’Israël… Celui qui traite l’alliance avec les États-Unis comme une relation personnelle entre deux dirigeants, plutôt que comme un système d’intérêts institutionnels et de valeurs à long terme, met en danger la sécurité nationale d’Israël pour une nouvelle photo de victoire, un nouveau geste politique et une nouvelle dose de sédatif pour l’opinion publique. Ce n’est pas ainsi qu’on dirige un pays. C’est ainsi qu’on le met en jeu... »
Comme l’a écrit Ha’aretz dans un éditorial récent : « Il s’agit d’un moment critique et dangereux pour les relations américano-israéliennes, pour la légitimité d’Israël dans le monde et pour sa sécurité. Une telle situation exige des réponses prudentes et mesurées, un lobbying subtil et, surtout, la priorité donnée à l’avenir stratégique d’Israël plutôt qu’à de cyniques considérations électorales. La question cruciale est de savoir si le Premier ministre israélien maîtrise encore ses opposants et s’il souhaite encore éviter le chaos.«
Cette dernière dimension concerne davantage la scène intérieure et les prochaines élections dont nous débattrons lors du zoom que nous co-organisons lundi 6 juillet.
S’agissant de la dimension internationale, vis-à-vis des USA comme de l’Europe d’ailleurs et plus largement de la place d’Israël dans le monde, Israël se doit d’adopter une stratégie et une diplomatie pro-actives, incluant un volet palestinien, susceptibles de répondre à une opportunité régionale rare, une réalité dans laquelle les pays arabes souhaitent réduire l’influence des mouvements djihadistes, et de ralentir, à défaut d’y mettre un terme, la perte du soutien d’une majorité de l’opinion publique américaine ainsi que de celui des démocraties libérales de par le monde.
* Shaul Arieli, Facebook, 18 juin 2026
Illustration : IA

