Une commission d’enquête ? oui, mais sur l’occupation

Thème : Occupation-Colonisation

Ha’aretz
mis en ligne le 5 septembre 2006
par Danny Rubinstein

si commission d’enquête il doit y avoir, elle devrait s’occuper au premier chef de l’occupation et de ses conséquences depuis 1967, et non de la guerre du Liban, même s’il ne faut pas en sous-estimer l’importance]

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Ha’aretz, 4 août 2006

Trad. : Gérard Eizenberg pour La Paix Maintenant

Au cours des mois de juillet et d’août derniers, 251 Palestiniens ont été tués à Gaza et en Cisjordanie, tous par le feu de Tsahal. Près de la moitié d’entre eux étaient des civils, dont des femmes, des enfants et des personnes âgées. Les Palestiniens ont eu plus de morts pendant la guerre du Liban que les Israéliens, même si les Palestiniens n’y ont pas pris part, et n’ont pas eu à subir de tirs de Katiouchas.

Le processus diplomatique entre Israël et les Palestiniens a été totalement gelé. Depuis longtemps, on ne parle plus de la Feuille de route. Il n’y a ni désengagement ni redéploiement, ni mesures unilatérales, ni, bien entendu, négociations entre les deux côtés. A l’occasion, des représentants subalternes discutent certains aspects de la vie quotidienne. Et il semble y avoir des contacts indirects sur la libération de prisonniers palestiniens en échange de celle du soldat israélien Gilad Shalit. Le seul domaine où Palestiniens et Israéliens maintiennent des contacts appartient au conflit violent : raids, tirs, bombardements, attentats terroristes, arrestations, barrages routiers, expropriations, morts et blessés.

Il devrait y avoir une commission d’enquête sur ce qui se passe dans les territoires palestiniens. Sans sous-estimer l’importance de ce qui s’est passé au Liban, et le choc que cela a produit pour les Israéliens, cette guerre ne peut pas être comparée à ce qui se passe depuis près de 40 ans dans les territoires occupés par Israël. Quelle que soit l’enquête qui sera conduite sur la guerre du Liban, les résultats seront, tout au plus, que le premier ministre a commis une erreur un jour, que le ministre de la défense et le chef d’état-major ont pris de mauvaises décisions un autre jour, et qu’une nuit, un général et quelques commandants de brigade n’ont pas saisi ce qui se passait sur le terrain, ou que nourriture et eau ne sont pas arrivées en temps et en heure. On ne peut absolument pas comparer des erreurs de ce type aux graves échecs de tous les gouvernements israéliens depuis 1967 concernant la Cisjordanie et Gaza. Car il s’agit là de décisions erronées d’amplitude historique.

La commission d’enquête chargée d’examiner les désastres engendrés par le régime israélien dans les territoires devrait comprendre des historiens, des spécialistes de psychologie sociale, des érudits en marière de culture et de religion, mais pas nécessairement d’anciens généraux ou des juges de la Cour suprême. Une commsision de la sorte découvrirait probablement qu’il existe un lien fort entre les guerres au Liban et ce qui s’est passé entre les Palestiniens et nous pendant toutes ces années, et que notre main-mise sur la Cisjordanie et Gaza n’a pas peu contribué à la détérioration de notre situation au Nord.

A mesure que le temps passe, le nombre de ceux qui se souviennent de ce qui s’est passé dans les territoires après 1967 décline progressivement. Qui se souvient, par exemple, qu’à cause de l’opinion israélienne selon laquelle les leaders arabes maintenaient à dessein les réfugiés [palestiniens] dans des camps, dans des conditions indécentes, afin de les monter contre Israël, les gouvernements israéliens avaient décidé de résoudre le problème des réfugiés à Gaza par la reconstruction ? Pendant un certain temps, Israël a pris un certain nombre de mesures dans ce sens. Mais elles se sont révélées irréalistes, et stoppées. Qui se souvient que la doctrine de base formulée par le ministre de la défense d’alors, Moshe Dayan, était de permettre une totale liberté de mouvement aux Palestiniens comme aux Israéliens de Dan à Eilat [du Nord au Sud], et que pendant plus de 20 ans, il n’y a pas eu un seul check point entre les territoires et l’Etat d’Israël ? Qui se souvient que Dayan avait donné l’ordre de réduire au minimum la présence officielle israélienne dans les territoires : ni drapeaux, ni patrouilles, ni, bien sûr, colonies près de localités arabes ?

Il y avait alors des attentats terroristes, mais sans commune mesure avec ce qui a débuté avec les années de l’Intifada. Certaines années, il y a eu moins de cinq détenus administratifs palestiniens dans les prisons israéliennes. Aujourd’hui, nous le savons, il y en a des milliers.

Qu’arrivait-il pendant ces 20 années qui a disparu depuis ? Aux premiers temps, les Palestiniens de Cisjordanie et de Gaza aimaient-ils le régime israélien ? Bien sûr que non. Alors, comment en sommes-nous arrivés là ? La responsabilité réside-t-elle dans l’entreprise de colonisation, qui a créé un régime d’apartheid dans les territoires et provoqué un sentiment de colère et de dépossession, le sentiment d’être volé ? Les décisions sur Jérusalem Est ont-elles été mauvaises ? Quelles ont été les conséquences des erreurs inhérentes aux accords d’Oslo ? Où nous mène la clôture de séparation. Tout cela est bien plus important que ce qui vient de se passer au Liban, et c’est cette situation-là qui devrait faire l’objet d’une commission d’enquête.