Les enfants de Sderot ne veulent plus rentrer chez eux

Thème : Enfants, jeunesse, éducation

Ha’aretz
mis en ligne le 23 novembre 2006

Bienvenue dans l’enfer de Sderot : ses Qassam, ses enfants terrorisés, sa pauvreté, ses services publics déficients, et un milliardaire louche qui en profite pour s’acheter une popularité

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Ha’aretz, 20 novembre 2006

Trad. : Gérard Eizenberg pour La Paix Maintenant

Le système scolaire de Sderot est plongé dans une situation absurde. Beaucoup d’élèves sont tout simplement à Eilat. Ces derniers jours, il y a eu débat entre la municipalité et le ministère de l’éducation. Au niveau local, on souhaitait envoyer un message : tout est normal. Et ne pas déscolariser la plupart des élèves. Le ministère avait des propositions plus ambitieuses. Un compromis a été trouvé : envoyer les élèves de première et de terminale dans des lieux de retraite studieuse, afin qu’ils puissent rattraper leur retard par rapport aux autre élèves du pays. Le reste devait être mis en vacance, hors de la ville.

Sur ce, Arkady Gaydamak est arrivé, et a rebattu les cartes [1]. Hier, personne ne pouvait dire combien d’enfants étaient à Eilat. Le président de l’association des parents d’élèves estimait leur nombre à 2.000, la mairie pariait sur 300, et le ministère de l’éducation avançait que 1.000 élèves se trouvaient à Eilat, sans aucun cadre scolaire. Certaines sources au ministère affirment que des inspecteurs ont été envoyés pour essayer d’arranger les choses, superviser les élèves et, si possible, les ramener à Sderot.

Les autres élèves, ceux qui étaient restés en ville, ne savaient pas trop quoi faire. Sderot compte environ 4.000 enfants scolarisés, dont 1.000 en maternelle. Plusieurs centaines d’élèves du primaire ont été envoyés en villégiature à Tel-Aviv et à Beit Govrin. D’autres ont décidé de rester à l’école.

Comme d’habitude, les élèves de maternelle sont venus en masse, mais très peu du primaire et du secondaire. Certains enfants affirment qu’ils ont été parmi les seuls à venir à l’école. D’autres sont donc partis à Eilat par le bus quotidien offert par Gaydamak, et se sont battus pour avoir une place. A., l’une des mères, dit : "tous les gamins sont à Eilat, alors pourquoi n’irions-nous pas ?". Dans les écoles du courant religieux, la fréquentation a été plus forte.

Quelques heures après l’atterrissage d’une fusée Qassam non loin de son chemin vers l’école, l’élève de sixième Eli Eliav ne souriait pas beaucoup pendant un voyage de sa classe à Tel-Aviv, organisé par le ministère. Ils étaient quelque 500 élèves du secondaire à visiter la place Rabin et le Musée d’Israël avant de prendre le chemin du retour. Pour Sderot.

Eli explique que deux roquettes étaient tombées non loin de lui auparavant, mais que celle-ci avait été la plus proche : "J’ai vu la roquette en l’air. Tout le monde a cherché à se masser dans l’abri-bus." Et Eli ne veut pas rentrer à Sderot : "Si je pouvais, je quitterais la ville. Je n’en peux plus d’avoir peur qu’une Qassam me tombe dessus." Beaucoup d’autres enfants ne veulent pas non plus retourner à Sderot. L’un dit : "On ne peut pas apprendre grand chose à l’école, parce qu’il y a tout le temps des alertes. Ce qui fait le plus peur, c’est sur le chemin de l’école, parce que là, on pense toujours : où vais-je bien pouvoir me cacher ?"

D’autres ont le sentiment qu’ils doivent retourner. Moshe Abergi, en sixième : "Ma famille est là-bas. C’est chez moi." Mais Dina Hadad, proviseure de l’école religieuse de Sderot, dit que seules les familles les plus pauvres sont restées en ville : "Les parents ont peur de quitter la ville parce que leurs salaires pourraient être diminués, ou qu’ls pourraient être licenciés. Seuls ceux qui ont peur de la réaction de leur employeur sont restés en ville, ou ceux qui n’ont aucun lien avec les organisateurs des bus de Gaydamak."

L’une des causes principales de ce désordre est l’absence de protection des écoles. Le Front de l’arrière a bien renforcé certaines parties des écoles, mais seules un tiers des classes sont protégées. Des parents en colère ont saisi la haute cour de Justice pour exiger du gouvernement qu’il explique pourquoi toutes les classes ne sont pas protégées. L’une des raisons de faire partir certains enfants de la ville a été de s’assurer que tous ceux qui restent fréquentent des classes protégées. Hier, au cours d’une réunion à Jérusalem, Olmert a ordonné que toutes les classes de primaire soient protégées.

Certaines sources au sein du commandement du Front de l’arrière ont répondu que cela exigeait des budgets, et qu’il faudrait une semaine pour estimer les coûts et l’étendue des travaux de protection, et environ trois mois pour la mise en oeuvre. Hier, le ministère de l’éducation a dit que les élèves du secondaire allaient être envoyés dès mardi en retraite studieuse à Beer Sheva, et que les plus jeunes allaient être envoyés en voyages de classe dans la seule région du Néguev.

Dina Hadad, dont 80% des classes sont déjà protégées, dit que la récente escalade a provoqué une violence accrue à l’école et un retard dans le programme scolaire. Sa responsabilité envers les enfants en cas de tirs de Qassam l’empêche de dormir : "Cela fait trois semaines que nous ne les avons pas emmenés à l’extérieur pour qu’ils aient un peu de répit. L’école est une cocotte-minute et personne ne sait quand elle explosera. A la fin de la journée, je me dépêche de mettre les enfants dans les bus, et je me dis : merci mon Dieu, la journée est finie. Et puis, je commence à m’inquiéter pour le lendemain. "