Ce que nous, Palestiniens et Israéliens, avons en commun

Thème : Initiatives de coopération et de coexistence Humour, humeur, ironie

Yedioth A’haronoth
mis en ligne le 28 juillet 2005
par Ray Hanania

nous avons les mêmes accents, nous avons le même rapport à la nourriture, nos mères sont sur-protectrices, et ce sont toujours les autres qui sont responsables de nos problèmes ...

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Ynet, 25 juillet 2005

Trad. : Gérard Eizenberg pour La Paix Maintenant

Il est trop facile de parler de ce que les Palestiniens détestent chez les Israéliens et réciproquement. Mon idée est donc d’essayer de mettre le doigt sur ce qui pourrait nous rapprocher. Ce que nous avons en commun, par exemple.

Cette idée m’est venue à l’occasion d’une conférence à San Francisco, où j’étais invité pour présenter mon spectacle comique devant 1.350 militants pour la paix.

Il est indéniable que l’humour est quelque chose que Palestiniens et Juifs ont en commun.

La conférence se tenait sous les auspices de Tikkun et de son fondateur, le célèbre rabbin Michael Lerner, auteur du livre "Soigner Israël, soigner la Palestine".

Après le spectacle, de nombreux spectateurs sont venus me trouver pour me dire qu’ils en avaient assez d’entendre parler de tout ce qui sépare nos deux peuples. Ils veulent entendre parler de ce qui les rapproche. Et nous partageons tant de choses que nous pouvons nous partager la Terre Sainte, c’est certain.

Voilà une série de choses que nous avons en commun.

La nourriture

Nous mangeons beaucoup. Une étude récente a montré que 39% des Israéliens sont obèses. Dans le monde arabe, cela se mesure en comptant le nombre d’Arabes qui sont minces.

J’ai une théorie là-dessus. Plus on est conservateur, palestinien ou juif, et plus on désire que sa femme et ses enfants soient gros. Plus on est à gauche, plus on est influencé par l’image occidentale de l’anorexie.

Ainsi, nos mères nous ont forcés à manger comme on gave les oies, produisant ainsi une version humaine du foie gras.

Nous mangeons les mêmes choses, que nous considérons comme nous appartenant sans partage. Ainsi, comme pour la controverse sur le Mur ou la Clôture, que les gens au Moyen-Orient appellent tout simplement la Barrière, je parlerai des plats arabes et juifs comme du Plateau du Parti Shinoui [1], qui propose à chacun quelque chose.

Nous apportons de la nourriture dans les avions. Que nous mangeons pendant le vol, ni avant, ni après. Rien à voir avec le fait qu’elle soit casher, halal ou non avariée. Nous voulons qu’elle soit bonne. La nourriture des compagnies aériennes, c’est du carton avec du sel dessus.

Le problème, c’est que la nourriture moyen-orientale sent fort. Je me souviens, quand ma mère ouvrait un plat de feuilles de vigne enveloppé de cellophane, tout le monde sautait sur son siège, le regard apeuré, exactement comme les passagers d’un vol réagissent quand ils me voient entrer dans un avion avec un keffieh sur la tête. La sécurité me demande alors souvent : "portez-vous une arme de destruction massive ?", à quoi je réponds : "je suis une arme de destruction massive ambulante, je viens de me taper tout un bol de taboulé".

Mères sur-protectrices

Nous sommes émotionnels. Très émotionnels. Nous nous aimons et nous nous détestons, tout cela ensemble au même moment. En général, nous aurons tendance à dire un mot gentil à un étranger bien plus qu’à quelqu’un de notre famille.

Nous avons des mères sur-protectrices, dont la tendresse envahissante fait de nous, soit des médecins, soit des psychotiques. Chez les Palestiniens comme chez les Juifs, la ligne qui sépare le génie de la folie est très ténue.

Nous nous ressemblons beaucoup : même couleur de peau, mêmes accents. Et nous sommes mal élevés. C’est pourquoi nous avons besoin d’un mur entre nous. En fait, dans les aéroports européens, on prend souvent les Palestiniens et les Israéliens pour des Pakistanais.

Nous adorons donner des conseils, mais détestons en recevoir.

Les responsables de nos problèmes sont toujours les autres, jamais nous.

Nous avons un répertoire d’expressions intelligentes et blessantes les uns sur les autres. Une des expressions favorites des Juifs, c’est : "les Palestiniens ne ratent jamais une occasion de rater une occasion". Une des expressions favorites des Palestiniens, c’est : " les Juifs ne ratent jamais une occasion de forcer les Palestiniens à rater une occasion".

Enfin, nous adorons les paraboles, comme celle du lac, de la grenouille et du scorpion.

Le scorpion demande à la grenouille de l’aider à traverser le lac (qui symbolise la paix). La grenouille accepte, mais se méfie : "je suppose que tu ne vas pas me piquer, sinon nous nous noierions tous les deux". A mi-chemin, le scorpion pique la grenouille, et avant qu’ils ne meurent tous les deux, la grenouille, choquée, demande pourquoi. Le scorpion, sans beaucoup d’imagination, répond : "c’est le Moyen-Orient".

Le problème, c’est que, dans cette histoire, les Palestiniens pensent qu’ils sont la grenouille, et les Israéliens aussi.