Tzipi Livni contre Ehoud Olmert ?

Thème : Politique intérieure israélienne Diplomatie

Ha’aretz
mis en ligne le 29 juin 2007
par Akiva Eldar

Tzipi Livni, par ses propositions "d’horizon politique pour les Palestiniens", paraît se démarquer d’Ehoud Olmert et lorgner le poste de Premier ministre au cas où Olmert serait forcé de démissionner, suite à la publication du rapport complet de la commission Winograd, chargée d’enquêter sur les dysfonctionnements qui ont marqué la gestion de la guerre du Liban

Ha’aretz, 26 juin 2007

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Trad. : Gérard Eizenberg pour La Paix Maintenant

Les diplomates israéliens et étrangers présents dimanche à la réunion du Conseil israélien sur les Affaires étrangères en sont sortis quelque peu interloqués. Le matin, ils avaient pu lire dans Ha’aretz que le Premier ministre Ehoud Olmert, lors de sa récente visite à Washington, avait rejeté une proposition de la secrétaire d’Etat Condoleezza Rice qui consistait à parvenir à un accord de principe avec Mahmoud Abbas. Le soir, ils avaient entendu Tzipi Livni, vice-Premier ministre et ministre des affaires étrangères, expliquer combien il était important de proposer aux Palestiniens un horizon politique, très très vite. Aujourd’hui et non demain, sans "si", sans "mais et sans "peut-être".

Les invités avaient lu dans les journaux que ce qu’avait dit Rice sur l’importance d’un horizon politique n’avait pas impressionné Olmert outre mesure. Il s’en tenait à sa position selon laquelle, avant de chipoter sur un produit, il convenait de s’assurer qu’il y avait bien du côté palestinien un partenaire capable de le fournir. Et là, quelques heures avant le départ d’Olmert au sommet de Sharm el-Sheikh, avec dans son petit panier à pique-nique une poignée de dollars décongelés, la ministre israélienne expliquait à Jérusalem que le salut ne viendrait pas du transfert de ces recettes fiscales. Elle ne laissait aucun doute : si cela n’avait tenu qu’à elle, elle aurait emporté au sommet un bagage d’un genre très différent.

"Israël doit rechercher avec les Palestiniens la possibilité de parvenir à des accords sur tous les sujets controversés", a dit Livni. Pour ne laisser aucun doute au public, elle a précisé que le problème des accords d’Oslo n’était pas qu’Israël avait été trop loin, mais qu’il n’était pas allé assez loin : "L’erreur d’Oslo a été que nous avons laissé pour la fin les questions de l’Etat palestinien, des réfugiés et des frontières. Notre objectif ultime est un Etat juif et démocratique, et non un maximum de population juive sur un maximum de territoire. La seule manière de s’en sortir est par une solution à deux Etats."

Livni ne s’est pas contentée d’une analyse sur le plan local. Elle a longuement évoqué l’importance de la paix entre Israël et les éléments pragmatiques dans les territoires palestiniens, qui renforcerait les Arabes modérés de la région contre l’alliance des brutes. Elle a dit qu’en tant qu’avocate, elle préférait que la discussion avec l’autre partie soit placée sur la base d’une proposition faite par elle, plutôt que le contraire.

Comme chacun sait, ce n’est pas la première fois qu’Olmert et Livni ressemblent à un premier ministre et à un chef de l’opposition. Les souvenirs de la dernière guerre au Liban et de la déposition de Tzipi Livni devant la commission Winograd planent encore entre eux. Les leçons Livni a retenues de cette guerre font qu’elle ne peut en aucun cas s’effacer devant Olmert, alors que des questions aussi vitales sont en jeu. Mais la blessure laissée par sa mini-révolte contre lui l’oblige à adopter un comportement d’une prudence extrême dans les mois à venir. Le rapport final de la commission Winograd, qui doit être publié fin octobre, pourrait lui ouvrir la voie du poste de Premier ministre. Mais cette fois, elle doit s’assurer qu’en regardant derrière elle, elle ne se retrouvera pas toute seule.

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