Pas le moment de jouer les matamores

Thème : Une autre politique est possible

Ha’aretz
mis en ligne le 27 janvier 2005
par Uzi Benziman

Dans cet article, Uzi Benziman revient sur les récentes déclarations de Netanyahou, qui a dit qu’Israël ne devait rien promettre aux Palestiniens. A son avis, c’est exactement le contraire qu’il faut faire : s’abstenir de déclarations en forme de fanfaronnades, et agir pour calmer le jeu

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Haaretz, 27 janvier 2005

Pas le moment de jouer les matamores

par Uzi Benziman

Trad. : Gérard Eizenberg pour La Paix Maintenant

Il a fallu moins de 24 heures pour que la voix arrogante du ministre des finances Benjamin Netanyahou, après que les porte-parole des groupes terroristes de Gaza eurent déclaré qu’ils étaient prêts à respecter un cessez-le-feu tant qu’Israël suspendait ses attaques contre eux, fasse aux médias la déclaration suivante : Israël ne doit rien aux Palestiniens, ce n’est pas lui qui a commencé les violences, et n’a pas à promettre de ne pas user de la force. En d’autres termes, le poids de la preuve repose entièrement et uniquement de l’autre côté, a-t-il dit, puis il s’est lavé les mains de l’affaire.

Cela donne envie de dire à Netanyahou et consorts de mettre de côté pour un moment leurs postures de matamores pour permettre à la période d’accalmie qui se dessine dans les relations entre Israël et l’Autorité palestinienne de se développer et de se consolider. ;

Là, tout de suite, toute fanfaronnade inutile, toute arrogance, pourrait défaire le délicat tissu sur lequel repose le processus.

L’opinion israélienne, contrairement peut-être à ses dirigeants, n’a besoin ni de médailles militaires ni de mâles postures pour être convaincu que le silence n’est pas "de la saleté" (contrairement à ce que dit l’hymne du Betar), mais au contraire une très bonne chose. L’opinion israélienne n’est pas intéressée à l’humiliation de l’autre côté.

4 ans et 4 mois d’un conflit violent ont fait comprendre à la grande majorité de l’opinion les limites entre ce qui est désiré et ce qui est possible. Ils lui ont fait comprendre la vraie nature de l’ennemi, et aussi le prix qu’il faut payer lorsqu’on ignore son désarroi. Israël n’a besoin ni de lauriers, ni de déclarations auto-satisfaites de la part de ses dirigeants. Il a besoin de panser ses blessures, pour pouvoir cicatriser. Et cela s’applique encore davantage aux Palestiniens. Il est donc aujourd’hui permis à Israël, et même désirable, de se montrer généreux envers eux, et certainement pas de les provoquer ni d’attenter délibérément à leur honneur.

Le cessez-le-feu ne tient qu’à un fil. Toute déclaration intempestive, toute erreur militaire, toute attaque délibérée, peut le mettre en pièces. Les deux côtés sont encore prisonniers de leurs idées préconçues et de leurs soupçons réciproques, et chaque côté a un objectif qui contredit celui de l’autre. Les Israéliens ne veulent pas passer pour des naïfs. Ils savent que sous couvert d’accalmie, les Palestiniens sont capables de réarmer et d’améliorer leurs capacités à frapper Israël et même à allonger la portée de leurs actions terroristes jusqu’au coeur d’Israël.

Les Palestiniens, eux, savent que, protégé par l’accalmie, Israël peut continuer à créer des faits accomplis que les Palestiniens ne sont pas prêts à accepter, sous forme de construction de la clôture, d’expansion de colonies et de création de nouveaux avant-postes. Les circonstances nouvelles créées par le cessez-le-feu (l’intégration des groupes terroristes au sein de l’appareil de sécurité de l’Autorité palestinienne, les occasions qu’aura Israël de frapper l’infrastructure terroriste et ses chefs) sont en même temps explosives, et le conflit pourrait repartir très facilement. La mission cruciale des deux côtes, aujourd’hui, est d’empêcher le prochain départ de feu et de stabiliser la période d’accalmie.

La meilleure manière de le faire est de ne pas traiter le cessez-le-feu comme une occasion d’en exploiter chaque minute sous prétexte qu’il pourrait s’arrêter, mais comme une occasion d’aborder les racines du problème. Les deux côtés connaissent les horreurs de la violence des dernières années. On peut espérer que les deux côtés ressentiront le soulagement qui accompagnera apparemment cette période d’accalmie. Ce sont ces éléments-là qui pourront contre-balancer les peurs réciproques et les intérêts contradictoires qui composent les attitudes des deux nations en conflit.

Israël commettrait une erreur en se contentant du minimum. Il doit au contraire rechercher une solution définitive, sans recourir à la solution de facilité que seraient une accalmie de quelques mois, ou un accord intérimaire de quelques années. Le décès d’Arafat, l’initiative de désengagement, l’intervention plus importante des Américains dans la région (Irak, Iran et Syrie), et la plus grande prise en compte par la communauté internationale de la volonté d’indépendance des Palestiniens, tout cela reflète les occasions comme les contraintes qui se présentent à Israël. Il est temps de se libérer des illusions du Grand Israël, et d’accepter de mener à bien le projet sioniste à l’intérieur des frontières de 1967. Il serait terrible que la société israélienne ne parvienne à cette conclusion sensée qu’après un autre round de massacres.