Laïques et religieux en Israël : l’autre conflit

par Revue Regards

Réunion publique avec Marius Schattner

Mardi 17 mars, 20h 45 Cercle Bernard Lazare 10, rue Saint-Claude 75003 Paris M° Saint-Sébastien-Froissart

Entrée gratuite pour les adhérents de notre association 5 euros pour les non adhérents Possibilité d’adhérer sur place (cf. modalités : http://www.lapaixmaintenant.org/contacts )

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Dans Israël, l’autre conflit, Marius Schattner, journaliste israélien au bureau de l’AFP à Jérusalem, s’interroge sur la nature même du conflit entre laïques et religieux en Israël. Confrontation suicidaire ou opposition féconde attestant de la vigueur de la démocratie israélienne ? Telle est la question qui sous-tend cette analyse fouillée.

Interview pour la revue Regards

Le conflit entre laïques et religieux en Israël est-il inévitable ?

Oui. Il apparaît bien avant l’émergence du sionisme. Il commence en fait au début du 19e siècle avec la diffusion des Lumières juives (Haskalah) en Europe orientale. Il oppose les tenants juifs de la modernité aux défenseurs de la tradition juive. Ce conflit rejaillit à la naissance du sionisme, accompagne la naissance d’Israël et se poursuit encore de nos jours. Il touche à l’identité même de l’Etat d’Israël qui se veut à la fois juif et démocratique.

Est-ce un conflit vivable et créatif pour la société israélienne ?

Cela dépend. Tant que ce conflit est strictement religieux, il est fécond. Il s’intègre parfaitement à la pensée juive traditionnelle qui s’accorde avec le conflit. Contrairement à ce que certains pensent, la tradition religieuse ne se réduit pas à une harmonie absolue et neutre. La controverse est très présente dans le Talmud. En revanche, le conflit entre religieux et laïques devient dangereux et destructeur lorsque la religion se confond avec le nationalisme. L’assassinat d’Yitzhak Rabin illustre parfaitement cette combinaison meurtrière. Un ultranationaliste laïque n’aurait jamais tué Rabin. Tout comme un religieux ultra orthodoxe n’aurait pas commis cet acte. C’est précisément la combinaison du nationalisme et de la religion qui a donné naissance à ce nationalisme religieux fanatique dont se prévaut encore l’assassin du Premier ministre.

Pourquoi pensez-vous que le nationalisme religieux des colons de Cisjordanie est en déclin ?

C’est un mouvement en crise car il est impossible d’entretenir en permanence la flamme mystique, surtout lorsque la rédemption messianique tant attendue ne vient pas. Les nationalistes religieux ne sont pas parvenus à conquérir le cœur des Israéliens même s’ils ont réussi de façon spectaculaire à modifier la géographie de la Cisjordanie par un maillage de colonies. Aujourd’hui, les Israéliens sont effrayés par la violence et le fanatisme des colons radicaux. Les sympathiques pionniers religieux d’après 1967 sont devenus des monstres dangereux.

L’émergence d’une extrême droite laïque vous inquiète...

Enormément. Ce nationalisme non religieux, incarné par un démagogue raciste comme Avigdor Liberman, entretient des liens compliqués et ambigus avec la religion. Il n’est pas complètement coupé du judaïsme. S’il se débarrasse des valeurs universalistes et humanistes du judaïsme, il use et abuse de références au judaïsme pour déverser sa haine des Palestiniens et de tout ce qui n’est pas juif. Il est terrifiant de voir 2.000 ans de civilisation juive réduits à un ethnocentrisme agressif et vulgaire. Des ultra-orthodoxes ont voté pour Liberman. Ils pardonnent donc à ce mécréant de manger du porc tout simplement parce qu’il ne porte pas un regard humain sur les Arabes.

A quelle condition un modus vivendi entre religieux et laïques est-il possible ?

En substituant à l’alliance mortifère entre foi et nationalisme une symbiose ou du moins un « consensus conflictuel » entre les Lumières et un certain judaïsme de la Torah, fondé sur un double rejet de la barbarie. C’est peut-être irréaliste mais c’est indispensable à la fois pour Israël et pour le judaïsme. La droite et l’extrême droite israélienne ne peuvent être les seules à se prévaloir de l’authenticité juive. Il faut qu’il y ait, par exemple, une opposition au nom du judaïsme aux crimes commis par Tsahal lors de l’offensive à Gaza. •

Propos recueillis par Nicolas Zomersztajn