La trêve entre Israël et le Hamas à Gaza entre en vigueur aujourd’hui

Thème : Diplomatie

Ha’aretz
mis en ligne le 19 juin 2008

Le point sur ce que l’on sait des termes de l’accord Israël-Hamas, conclu par l’intermédiaire de l’Egypte

Ha’aretz, 19 juin 2008

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Traduction : Gérard Eizenberg pour La Paix Maintenant

L’accord de cessez-le-feu entre Israël et le Hamas dans la bande de Gaza a pris effet jeudi matin à 6h, un jour après que 30 roquettes Qassam se sont abattues sur les agglomérations israéliennes en bordure de la frontière.

Quelques minutes avant l’entrée en vigueur de la trêve, des avions israéliens ont tué un membre d’une équipe de lancement de roquettes du camp de réfugiés de Bureij. Selon des sources palestiniennes, l’homme faisait partie des milices du Hamas.

De son côté, le Hamas a indiqué que la marine israélienne avait tiré 4 obus dans les eaux de la ville de Gaza, juste après le début de la trêve. Mais ces obus sont tombés à quelque 300 m de la côte et il n’y avait aucune cible apparente dans la zone ; d’après des témoins, ce qui semble indiquer qu’il pourrait s’agir d’un exercice. L’armée israélienne n’a fait aucun commentaire.

La reprise de la livraison de produits depuis Israël vers la bande de Gaza par le passage de Sufa a eu lieu après le début du cessez-le-feu. Selon des sources militaires, le nombre de camions autorisés à livrer des produits augmenterait dimanche matin, passant de 60 à 80 ou 90.

Jeudi, Ehoud Olmert a averti le Hamas que ce cessez-le-feu constituait sa dernière chance avant une incursion militaire israélienne dans la bande de Gaza. Olmert a déclaré au quotidien australien Sydney Morning Herald que les Gazaouis en avaient « marre » du Hamas après des années de violences. (...)

Mercredi, au cours de la discussion sur la tahadiyeh, terme employé par les Palestiniens pour désigner la trêve, Olmert a dit qu’elle était "fragile et peut-être très courte". Il a ajouté que l’accord indirect avec le Hamas n’oubliait pas le sort du caporal Gilad Shalit, détenu dans la bande de Gaza. Il a également souligné que cette trêve constituait la dernière chance du Hamas avant une opération militaire israélienne dans la bande de Gaza.

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En Cisjordanie, qui ne fait pas partie du cessez-le-feu, des troupes israéliennes ont arrêté jeudi matin 14 Palestiniens recherchés, et un officier israélien a été légèrement blessé lors d’un échange de tirs avec des miliciens de Naplouse.

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Entre-temps, les forces israéliennes postées sur la frontière avec la bande de Gaza ont reçu des instructions de retenue. Elles sont censées éviter toute opération offensive. Selon ces instructions, les soldats sont autorisés à répondre en cas de feu ennemi. Mais jeudi matin, les instructions n’étaient pas davantage précisées.

Des sources au sein du Hamas ont précisé qu’il n’avait pas l’intention de déployer une force quelconque le long de la frontière pour prévenir toute opération israélienne. Ces sources ont indiqué : "Il y a une décision de toutes les factions selon laquelle chaque organisation s’occupera du cas de quiconque violerait l’accord."

La branche armée du Hamas, Iz al-Din al-Qassam, a annoncé son intention de respecter le cessez-le-feu. Dans un communiqué publié alors que la trêve prenait effet, le groupe a déclaré que le cessez-le-feu "n’était en aucune manière un cadeau gratuit" et averti Israël pour toute violation éventuelle : "Les Brigades des Qassam (Iz al-Din al-Qassam) sont prêtes à lancer une frappe militaire qui secouerait l’entité sioniste au cas où elle ne respecterait pas tous les termes de l’accord. L’ennemi sioniste serait responsable de tout acte inconsidéré qu’il commettrait."

Le Jihad islamique a également annoncé qu’il respecterait l’accord.

Le chef du département politique et sécurité au sein du ministère de la défense, le général (réserve) Amos Gilad, a déclaré mercredi à Ha’aretz que l’épreuve véritable de la trêve serait "la cessation totale des actes terroristes. Une seule roquette Qassam lancée par une petite faction, ce serait une violation flagrante de l’accord. Une seule Qassam peut tuer, et il faut garder à l’esprit qu’il s’agit d’une arme de peur.“ Selon lui, le Hamas est en position d’imposer le respect de la trêve aux autres factions : "Ils en ont la capacité, c’est juste une question de volonté."

Détails sur les termes de l’accord

Dans une première phase, les milices doivent stopper leurs attaques contre Israël et Israël doit cesser ses incursions. Si le calme prévaut, Israël allégera dimanche le blocus de Gaza en permettant un certain nombre de livraisons. Une semaine plus tard, Israël lèvera encore les restrictions imposées aux passages frontaliers, fermés à toute livraison autre qu’humanitaire.

Dans un avenir proche, les produits seront transférés par le point de passage de Sufa. Celui de Karni, fermé depuis l’année dernière, sera rouvert à une date indéterminée. L’establishment militaire souligne que les travaux de rénovation du point de passage de Kerem Shalom, gravement endommagé à la suite d’un attentat en avril dernier, n’avaient fait que commencer. 3 mois seront nécessaires avant la réouverture de Kerem Shalom. Ces sources militaires ont ajouté que le rythme des transferts de produits dépendrait du respect du cessez-le-feu par le Hamas.

Lors d’une dernière phase, les négociations aborderont l’exigence du Hamas de réouverture du passage de Rafah entre Gaza et l’Egypte, ainsi que la libération de Gilad Shalit par le Hamas.

L’année dernière, Rafah a été fermé du jour au lendemain après le coup de force du Hamas à Gaza. Bien que Rafah se trouve sur la frontière Gaza-Egypte, Israël avait la faculté de le rendre inopérant à cause de la présence d’observateurs européens dont la sécurité dépendait de ses soldats. Depuis le coup de force du Hamas, Israël n’a pas donné de feu vert concernant la garantie de sécurité des Européens.

Le ministère de l’intérieur du Hamas a adressé jeudi un email à des journalistes, dans lequel il affirme que 260 Palestiniens bloqués en Egypte après y avoir recherché un traitement médical étaient retournés à Gaza pendant la nuit par Rafah. 5 517 Gazaouis, dont des étudiants et des Palestiniens résidant à l’étranger, ont demandé à partir [d’Egypte] si Rafah était rouvert. "Nous espérons de très bonnes nouvelles dans les prochains jours", dit le ministère, suggérant qu’une ouverture temporaire pourrait permettre à ces personnes de rentrer à Gaza.

Par ailleurs, le général Amos Gilad a déclaré qu’une partie importante des pourparlers qui auront lieu mardi prochain en Egypte sera consacrée au sort de Gilad Shalit. "Il a été convenu qu’il y aurait un gros effort sur cette question", a-t-il dit en ajoutant qu’il existait une base pour que des pourparlers sérieux reprennent. Une source politique haut placée a d’ailleurs affirmé mercredi que les négociations sur Shalit reprendraient mardi prochain en Egypte. Ofer Dekel, chargé par le premier ministre du dossier des soldats enlevés, se rendra au Caire où il rencontrera Omar Suleiman, chef du renseignement égyptien. Des sources palestiniennes ont confirmé mercredi que des discussions intensives sur un échange de prisonniers débuteraient la semaine prochaine.