La déclaration (imaginaire) du gouvernement israélien

Thème : Une autre politique est possible

Jerusalem Post
mis en ligne le 21 mars 2007
par Gershon Baskin

un peu de politique-fiction : l’initiative de paix israélienne - pour sauver Israël

Jerusalem Post, 19 mars 2007

Trad. : Gérard Eizenberg pour La Paix Maintenant

Déclaration du gouvernement israélien concernant le sommet arabe de Riyad [1], 25 mars 2007 :

Le gouvernement d’Israël (GI) s’est réuni ce matin en session ordinaire. Le premier ministre a présenté aux membres du gouvernement une nouvelle initiative de paix : "Le Plan en 10 points"."

Le gouvernement, après en avoir débattu, a voté à une majorité écrasante en sa faveur. Seul le parti Israel Beitenou a voté contre. Le ministre Avigdor Lieberman a remis sa démission, qui prendra effet sous 48 heures.

1. Le GI appelle à des négociations en face-à-face avec les gouvernements de l’Autorité palestinienne, de la Syrie et du Liban, afin de mettre un terme au conflit israélo-arabe.

2. Le GI affirme qu’un accord de paix total comprenant des relations diplomatiques normales entre tous les Etats de la région constitue l’objectif final de l’initiative de paix israélienne.

3. Israël reconnaît que l’organisation de négociations directes et bilatérales constitue une reconnaissance explicite du droit d’Israël à exister dans des frontières sûres et reconnues. Israël appelle l’Autorité palestinienne à entreprendre tous les efforts possibles pour s’assurer que tous les actes d’agression cesseront une fois que les négociations auront commencé. Pour sa part, Israël continuera à respecter le cessez-le-feu à Gaza et l’étendra à la Cisjordanie.

4. Le GI reconnaît le droit du peuple palestinien à un Etat indépendant et souverain, qui vivra à côté d’Israël en paix et dans la sécurité mutuelle.

5. Tout en reconnaissant la nécessité de modifications mutuellement agréées des frontières entre Israël et le futur Etat palestinien, Israël reconnaît également que la base des négociations sur les frontières est la ligne Verte des accords d’armistice de 1949.

6. Tout en s’opposant à la réinstallation des réfugiés palestiniens dans le territoire de l’Etat d’Israël, le GI reconnaît que la question des réfugiés est l’une des plus importantes et des plus sensibles pour les deux côtés. Il s’engage à négocier de bonne foi avec les dirigeants palestiniens pour trouver la solution la pus juste possible, mutuellement agréée, qui mettra un terme aux souffrances des réfugiés palestiniens, où qu’ils se trouvent. 7. Le GI s’engage à résoudre toutes les questions en suspens concernant un accord définitif avec les Palestiniens, dont l’avenir de Jérusalem, les frontières, l’eau, les questions économiques et les arrangements de sécurités réciproques.

8. Le GI est prêt à reprendre les négociations sur tous les fronts sur la base des accords officieux obtenus lors des négociations précédentes.

9. Israël n’a aucun conflit avec les autres peuples et Etats de la région. Il appelle tous les dirigeants de ces Etats à collaborer au processus qui permettra de parvenir à des accords de paix véritables dans la région, y compris en soutenant les idées et mesures constructives concernant les questions sensibles de Jérusalem et des réfugiés.

10. Le GI salue l’aide du Quartet et d’autres qui contribuent à la rapidité et à la réussite des négociations. Il reconnaît qu’une aide financière importante sera nécessaire pour faire régner le calme et la stabilité dans la région, et appelle la communauté internationale à s’engager activement dans le processus de reconstruction de l’économie palestinienne et des infrastructures de Cisjordanie et de Gaza.

Le texte ci-dessus n’est pas forcément farfelu. Tout ce qui est écrit est acceptable par la quasi totalité des ministres du gouvernement israélien. Israel Beitenou quitterait probablement le gouvernement, mais Ehoud Olmert serait assuré du soutien de Meretz et des partis arabes, même sans qu’ils entrent dans la coalition. La popularité d’Olmert monterait en flèche. Mais ce n’est pas la raison pour laquelle il devrait adopter ce plan en 10 points.

Tous les premiers ministres promettent à leur peuple de faire le maximum pour assurer stabilité et sécurité. Comme la plupart de ses prédécesseurs, Olmert n’a rien fait pour tenir ces promesses. D’après toutes les prévisions et toutes les analyses, il ne lui reste que peu de temps, ne serait-ce que pour essayer.

Mais l’urgence à laquelle Olmert est confronté ne tient pas seulement à la politique intérieure. La viabilité même de la solution à deux Etats est en jeu. Et il faut comprendre par là que le temps qui passe rend de plus en plus improbable la viabilité du projet sioniste. Car, sans une solution à deux Etats, il n’y aura plus d’Etat d’Israël juif.

L’horloge qui tourne n’est pas simplement due aux faits accomplis sur le terrain dans les territoires occupés, qui font obstacle à la création d’un Etat palestinien. Le facteur principal qui accélère l’horloge est le fait que les intellectuels palestiniens se détournent rapidement de l’idée d’un Etat palestinien séparé en Cisjordanie et à Gaza. Ce furent les intellectuels palestiniens qui, depuis les années 70, ont conduit leur mouvement de libération nationale à soutenir cette solution, et ce sont les intellectuels palestiniens qui constituent aujourd’hui le moteur qui pousse à l’adoption d’un modèle sud-africain pour la Palestine.

Si les masses palestiniennes rejettent la solution à deux Etats en faveur d’un Etat démocratique du Jourdain à la Méditerranée, le soutien de la communauté internationale ne sera qu’une question de temps, et la fin du rêve sioniste sera en vue. Si les masses palestiniennes adoptent la solution d’un seul Etat, Israël ne pourra pas gagner cette bataille. Et, bien qu’une quantité inimaginable de sang sera versée, au final, Israël ne sera plus l’Etat du peuple juif.

Ces Israéliens nationalistes et leurs partisans à l’étranger, juifs ou non, qui s’opposent à la paix avec nos voisins, ne sont rien d’autre que des kamikazes visant à détruire Israël. Cela peut paraître une grossière exagération, mais il n’en est rien. Ceux qui s’opposent aux risques qu’il y a à faire la paix garantissent la disparition d’Israël par leur aveuglement, sans comprendre que le temps ne joue pas pour nous.

Les arguties sur la reconnaissance ou non du nouveau gouvernement palestinien sont une perte de temps. Et aujourd’hui, perdre du temps est criminel. C’est le moment, maintenant, d’une initiative de paix israélienne.

Olmert, kadima, en avant [2] ! Ton temps est compté.