Juin, le crash

Thème : Après le retrait de Gaza ? "Plan de convergence"

Ha’aretz
mis en ligne le 6 juillet 2006
par Ari Shavit

En juin, comme déjà en décembre passé, Israël remet lui-même en question la logique du désengagement initiée il y a bientôt un an dans la bande de Gaza logique fondatrice de deux États, qui ne saurait s’accommoder du mépris des frontières et de la souveraineté d’autrui.

Ha’aretz, 2 juillet 2006

Trad. : Tal Aronzon pour La Paix Maintenant

Nous sommes peu à l’avoir remarqué, mais le mercredi 28 décembre 2005 fut une date historique. Ce jour-là, troisième jour de Hanoukkah [1], à six heures du soir, les forces armées israéliennes ont commencé à bombarder les dunes au nord de la bande de Gaza. Ce feu d’artillerie sans rime ni raison fut baptisé d’un nom rutilant : « Cieux Azurés ». L’opération avait pour but de répondre à l’augmentation des tirs de roquettes Qassam depuis Gaza libérée et de garantir la paix à Sdérot, la paix à Ashkélon et la paix dans la partie occidentale du Néguev.

L’opération « Cieux Azurés » était militairement sans valeur.Comme le général Yitzh’ak Ben-Israël, candidat sur la liste du parti Kadima [2] à la Knesset, l’avait dit avant le désengagement, il n’existe aucune réponse militaire ou technologique à des tirs de roquettes depuis un territoire palestinien libéré. Pas plus qu’il n’y en aura dans l’année ou les dix années à venir. Cependant, l’opération « Cieux Azurés » avait une énorme valeur symbolique. Elle représentait l’acte de décès du désengagement. Quatre mois après la tentative du gouvernement Sharon de se désengager de Gaza, il se désengageait du désengagement. Il y mettait fin.

A Tel-Aviv, nul n’y prêta attention. Nul ne voulut y prêter attention. Le besoin de croire qu’Israël pouvait prendre son destin en main balayait toute information remontant du terrain. Le besoin de croire qu’Israël savait comment en finir avec l’occupation, fût-ce sans partenaire palestinien, était plus puissant que tous les signaux d’alarme qui viraient au rouge. Et puis, il y avait les élections à gagner. Il y avait la fête [3] et la prospérité. Il y avait l’attaque cérébrale de Sharon.

Aussi nul n’accepta-t-il de remarquer qu’à l’instant où Israël se sentit obligé - à juste titre ou non - de protéger la sécurité de ses citoyens en portant atteinte à l’autonomie palestinienne limitée, il résilia de fait le désengagement. Personne ne voulut comprendre que dès lors qu’Israël dit ne pouvoir perpétuer sa propre souveraineté sans attenter à celle du voisin, la symbiose persiste. Les cellules cancéreuses continuent à se reproduire. Il n’y a pas de fin à l’occupation, pas de « nous sommes ici et eux là ». Pas de paix, pas de sécurité, pas de stabilité.

Rien, sinon l’illusion tel-avivienne têtue qui croit possible d’isoler la prospérité de la ville blanche de tout ce qui l’entoure et de déconnecter Israël de l’histoire, du conflit et de l’horreur proche-orientale.

Aussi le crash de juin ne devrait-il surprendre personne. Le crash de juin était à prévoir. Tout comme l’assassinat de civils innocents et les attaques à l’intérieur de la Ligne verte furent l’inévitable résultat de la réalité des « Cieux Azurés » ; tout comme l’altération de la puissance israélienne de dissuasion et l’usage mal avisé de la force israélienne sont le résultat direct de l’incapacité à doter le désengagement d’une dimensionpolitique.

Tant qu’Israël ne prend pas conscience que l’occupation de Gaza estfinie, et sans reconnaissance internationale du fait qu’elle est finie, l’occupation de Gaza n’est pas finie. Et si l’occupation de Gaza n’est pas finie, la violence - ici et là - est inévitable. En l’absence de frontières reconnues, l’alternative de la stabilité n’existe pas.

On peut soutenir que le désengagement était justifié, comme on peutsoutenir qu’il ne l’était pas. On peut soutenir que le désengagement était vital [pour Israël], tout comme on peut prétendre qu’il était stupide. Quoi qu’il en soit, il est impossible d’entreprendre une démarche aussi déterminante que le désengagement sans en comprendre la logique interne.

Celle-ci n’est pas simplement la logique du retrait, mais celle de la l’établissement d’une frontière. Non une logique de fuite et d’illusions, mais la logique fondatrice d’une réalité nouvelle, celle de deux États, fût-ce sans accord de paix entre ces deux États.

Si la situation intérieure au sein de l’entité palestinienne ne contribue pas à faire naître cette réalité, on doit l’admettre au lieu dese cacher la tête dans le sable. Mais si l’entité palestinienne est suffisammentmûre et responsable, Israël doit la traiter presque comme un État. Israël devrait conférer à la Gaza palestinienne les droits d’un quasi État, et réclamer d’elle l’attitude d’un quasi État. Il lui faut poser clairement, à l’intention des Palestiniens comme envers elle-même, qu’une frontière est une frontière. La souveraineté est la souveraineté. La partition dupays est la partition du pays et non un chaos permanent et sanglant.

Le 24 octobre 2003 un terroriste s’infiltra dans la base militaire de Nétzarim et tua trois soldats - deux femmes et un homme. Cet incident violent, traumatisant, rendit tangible l’inanité qu’il y avait à rester à Nétzarim et contribua à son démantèlement. La violence actuelle n’est pas moins traumatisante. Néanmoins, elle ne devrait mener ni au désespoir, ni à des actes de désespoir.

Elle devrait tous nous faire comprendre la nécessité de reformuler la politique israélienne à l’égard de Gaza en particulier et de la Palestine en général. Elle devrait nous faire comprendre à tous que sans clarté conceptuelle et politique le désengagement se désagrégera, et la convergence  [4] échouera.