Amir Peretz : une nouvelle chance pour la gauche

Thème : Politique intérieure israélienne Camp de la paix israélien

Ha’aretz
mis en ligne le 12 novembre 2005
par Yossi Sarid

dès son élection à la tête du Parti travailliste, Amir Peretz a réaffirmé que le parti se situerait désormais dans l’opposition, ce qui entraîne quasi automatiquement de nouvelles élections, peut-être en mars prochain. Une recomposition du paysage politique israélien est probable. Sharon restera-t-il au Likoud ou va-t-il créer un parti "centriste", peut-être avec Shimon Peres ? Déjà, dans cet article, Sarid propose une fusion entre travaillistes et Meretz

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Ha’aretz, 10 novembre 2005

Trad. : Gérard Eizenberg pour La Paix Maintenant

Surprise ? Pas vraiment. Comment peut-on être surpris par un échec de plus de Shimon Peres, l’homme qui n’a jamais raté une occasion de perdre ? Une révolution ? Oui, absolument. Qui aurait cru qu’Amir Peretz, de Sderot, pouvait être sacré leader du Parti travailliste ?

Le ranch d’Ariel Sharon est très proche de Sderot, mais la distance qui sépare les deux hommes est comme celle qu’il y a entre le levant et le couchant. Et le soleil, comme chacun sait, se lève à l’est et se couche à l’ouest. Il est fort possible que l’avènement de Peretz signifie le déclin de Sharon. De toute façon, Sharon a aujourd’hui une opposition et, à long terme, une alternative. Le règne de Sharon n’est plus de l’ordre de la force suprême. Des rangs du deuxième parti en importance, un challenger est arrivé, enfin.

Ces dernières années, c’était comme si les travaillistes avaient accepté de servir de cinquième roue au carrosse de Sharon. La vie politique du pays s’est donc transformée en un grand bal masqué, où personne ne pouvait dire qui représentait quoi. (...) Au milieu de la nuit, alors que l’on comptabilisait les votes, le bal s’est brusquement terminé, les masques sont tombés, et maintenant, deux visions du monde s’affrontent à visage découvert. L’opinion peut faire la différence et décider de son choix.

Je connais Amir Peretz depuis de nombreuses années. Ses idées en politique étrangère sont à gauche, et cela remonte au temps où il fut l’un des premiers à rejoindre Shalom Akhshav (La Paix Maintenant). Cela n’a pas été facile, il y a plus de 20 ans, de diriger une ville de développement du sud sans cacher ses penchants colombes. Amir Peretz l’a fait, en dépit de toutes les difficultés.

Il n’a jamais eu honte d’être socialiste, terme qui, pour des raisons de superstition, est parfois remplacé par celui de "social-démocrate". Les démagogues et tous ceux qui profitent du système tombent à bras raccourcis sur les socialistes. Que veulent-ils, ces imbéciles (disent-ils) ? Que l’on vive comme à Cuba ? Que l’on en revienne aux temps de l’URSS qui a fait honte à tout ce qui ressemble à du "socialisme réel" ? Amir n’a pas peur des démagogues. Non, il ne veut pas que nous ressemblions à Cuba, ce pays pauvre et malheureux. Ce qu’il veut, c’est que nous soyons comme la Finlande, le Danemark, les Pays-Bas et d’autres pays qui, contrairement à Israël, n’ont pas déchiré leur filet de protection sociale et qui n’ont pas ouvert de gouffres sociaux qui menacent de les avaler.

Il y a eu ici des tentatives, largement réussies, de persuader les gens que le choix était soi-disant clair et décisif : ou bien la voie carnivore de Benjamin Netanyahou ou de ses partenaires du Likoud et du Parti travailliste, ou bien une économie bolchevik. Peretz montre une troisième voie : le monde entier n’est pas une Amérique obsédée par la propriété ; il y a une alternative, et un socialiste d’aujourd’hui le sait bien. Ce qu’il faut, c’est choisir le bon modèle.

Si Shimon Peres l’avait emporté, ce qui était aurait continué à être, avec les mêmes. Maintenant, l’horizon s’est éclairci, et il y a des signes d’une nouvelle chance. Le programme politique et social d’Amir Peretz est très semblable à celui du Meretz, et il est possible que cette similarité appelle une fusion. Il n’y a aucune certitude que cette fusion soit électoralement payante, mais il n’est pas certain non plus que l’élection de Peretz le conduise directement au poste de Premier ministre aux prochaines élections, trop proches. Il faut considérer l’élection de Peretz comme un investissement à long terme. Entre temps, organisons l’opposition, développons progressivement une alternative, et alors, le jour ne sera pas si lointain où le régime changera. Tôt ou tard, le peuple en aura assez de ce capitalisme avilissant qui rejette les enfants et les vieillards, et de cet " Etat juif " qui a perdu la tête et son cœur juif.

Aujourd’hui, cela dépend avant tout de Peretz : aura-t-il la force nécessaire au sein d’un parti déchiré et divisé qui dévore ses dirigeants, voudra-t-il créer un front pour sauver Israël ? L’initiative est entre ses mains.