Une fois de plus, "pas de partenaire"

Thème : Abbas pour partenaire ?

Ha’aretz
mis en ligne le 5 juillet 2006
par Uzi Benziman

avec les événements de Gaza, l’adage "pas de partenaire" est plus que jamais à l’ordre du jour. Pourtant, comme le dit Benziman, le jour approche où les Israéliens demanderont à leur gouvernement si cela est réellement crédible

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Ha’aretz, 2 juillet 2006

Trad. : Gérard Eizenberg pour La Paix Maintenant

Jeudi dernier, l’Etat d’Israël a produit une preuve éclatante du vieil argument selon lequel il n’a pas de partenaire chez les dirigeants palestiniens pour mener un dialogue : il en a arrêté un nombre important et les a physiquement écartés de leurs fonctions. A partir d’aujourd’hui, il ne peut y avoir aucun doute : Israël n’a personne à qui parler à Ramallah. Et si l’enlèvement du caporal Gilad Shalit n’est pas réglé, alors, dans un futur proche, la moitié gazaouie de la direction palestinienne ne sera plus accessible : d’après le plan israélien, elle sera l’objet d’assassinats ciblés.

Yasser Arafat a été le premier dirigeant palestinien avec lequel le dialogue était impossible. Il était l’archétype de l’impureté, le diable dont la raison d’être était la destruction de l’Etat d’Israël. Même une fois avoir gagné une reconnaissance suite aux accords d’Oslo, il a continué à être dépeint comme un comploteur pervers qui cachait un poignard quand il serrait une main. La version israélienne officielle, fondée sur un travail de renseignement crédible et une savante analyse de personnalité, était qu’Arafat n’avait pas renoncé à son intention de jeter les Israéliens à la mer. Après l’échec du sommet de Camp David en 2000, on l’a accusé d’avoir soigneusement préparé les organisations terroristes palestiniennes pour l’Intifada al-Aqsa. Quand l’Intifada a éclaté, cela a confirmé le vieil adage selon lequel il n’y a personne à qui parler du côté palestinien et que le dirigeant du peuple palestinien n’était rien d’autre qu’une brute violente et rusée travestie provisoirement en homme d’Etat.

Le successeur d’Arafat, Mahmoud Abbas, a été classé dans la catégorie des mauviettes. Le renseignement israélien concédait que ses intentions étaient bonnes, mais il affirmait qu’il était sans pouvoir. Une fois de plus, la preuve était faite qu’Israël n’avait pas de partenaire. Ismail Haniyeh, élu premier ministre dans une élection qui avait reçu l’assentiment d’Israël, a été considéré comme un lépreux qui doit être évité, même s’il est dépeint comme une marionnette dont les fils sont manipulés par le maître terroriste Khaled Mesh’al, dont le renseignement israélien pense qu’un seul mot de lui peut produire des événements au sein de l’Autorité palestinienne. Une fois de plus, personne à qui parler.

Même si cela est vrai, même si Israël (comme l’a dit Ehoud Barak) est une villa dans une jungle infestée de prédateurs, il n’est pas exempt de se poser la question de savoir si sa meilleure chance de survie réside dans la non-reconnaissance de ses voisins, dans le fait de se les aliéner et de les humilier. Le jour approche où la communauté internationale, et quelques Israéliens aussi, vont se demander (et demander au gouvernement) si l’argument selon lequel les dirigeants palestiniens ne sont pas aptes au dialogue est logique, efficace et crédible. Cette attitude n’est-elle pas aussi une prédiction qui se réalise à force d’être annoncée par Israël, le fruit d’un préjugé, de la bonne conscience et peut-être d’intentions cachées ? Comment le gouvernement espère-t-il établir des relations stables avec les Palestiniens s’il nie toute légitimité à leurs dirigeants et n’admet pas la souveraineté du peuple palestinien à être dirigé par ses représentants élus ?

L’arrestation de personnalités du Hamas est destinée à fournir à Israël des atouts dans les négociations avec les ravisseurs de Gilad Shalit. Pour qu’Israël ne soit pas perçu comme un Etat qui prend des otages, on justifie ces arrestations en disant que le Hamas est une organisation terroriste, mais tout le monde sait que dans la jungle, on est parfois conduit à se comporter comme son voisin. Pourtant, les habitants de la villa seraient bien avisés de regarder vers l’avant : si les circonstances conduisent réellement Israël à emprisonner ou à tuer les actuels dirigeants palestiniens, cela permettra-t-il à un partenaire plus confortable d’émerger ? L’humiliation grossière de la direction palestinienne la rendra-t-elle plus conciliante ? Ehoud Olmert espère que cette attitude, ivre de sa puissance, prouvera son efficacité à long terme. Son objectif est d’ôter les enlèvements de la boîte à outils palestinienne. Mais cela pourrait aussi se révéler un mauvaix choix : à long terme, la politique d’Olmert peut aussi rendre les Palestiniens plus obstinés et unis, et renforcer leurs rêves de vengeance.