Un groupe de colons prend le contrôle de deux groupes d’immeubles à Jérusalem Est

Thème : Colonisation, yesha Jérusalem

Ha’aretz
mis en ligne le 3 avril 2006

"Notre but est de nous maintenir dans ces colonies sauvages à l’intérieur de Jérusalem et de créer une situation irréversible dans le ’bassin sacré’ autour de la Vieille Ville". Un épisode parmi tant d’autres de la "bataille pour Jérusalem capitale" [1]

Mercredi dernier, au lendemain des élections, l’association "Elad" a pris le contrôle de deux importants groupes d’immeubles dans deux quartiers arabes peuplés et sensibles de Jérusalem Est, Silwan et A-Tour (sur le Mont des Oliviers)

Elad a l’intention d’y loger de 15 à 20 familles. "Notre but est de nous maintenir dans ces colonies sauvages à l’intérieur de Jérusalem et de créer une situation irréversible dans le ’bassin sacré’ autour de la Vieille Ville", a déclaré Adi Mintz, membre du conseil d’administration d’Elad.

Elad est l’une des deux associations à but non lucratif dont l’objet est d’acquérir des immeubles dans des quartiers arabes de Jérusalem Est (en particulier dans la Vieille Ville et à Silwan) et d’y loger des Juifs.

Adi Mintz parle de "réussite très importante" pour Elad, et il refuse de préciser si Ehoud Olmert a été tenu au courant des détails de l’opération. "Cela n’a aucune importance, les élections sont derrière nous", dit Mintz. "Olmert a toujours soutenu les associations juives à Jérusalem Est." (Olmert a été maire de Jérusalem de 1993 à 2003, ndt).

Il y a à peine une semaine, lors d’une conférence à Jérusalem, Otniel Schneller, ancien secrétaire général du Conseil Yesha (conseil représentatif des colons) et aujourd’hui nouveau député de Kadima, a déclaré que pour son parti, la Vieille Ville et le "bassin sacré" - qui comprend le Mont Scopus, le Mont des Oliviers, la Cité de David (à Silwan) et le quartier de Sheikh Jarrah - resteront sous souveraineté israélienne dans le cadre d’un accord de paix définitif, alors que les "quartiers périphériques" comme Shoafat, Anata ou Abou Dis, reviendront à l’Autorité palestinienne.

"Nous souhaitons voir une séparation entre nous et les Palestiniens qui ne vivent pas dans le coeur de Jérusalem", a dit Schneller. Les deux groupes d’immeubles sont situés dans le "bassin sacré", tel que Schneller le définit.

Un premier groupe est constitué de deux immeubles de trois étages à A-Tour, sur le Mont des Oliviers, et il surplombe le Mont du Temple. C’ets la première fois qu’une association juive réussit à pénétrer dans A-Tour, l’un des plus grands quartiers arabes de Jérusalem Est.

Le fait que ces immeubles soient situés sur une colline qui surplombe le Mont du Temple inquiète les habitants palestiniens. "Nous irons en justice, et si nous ne réussissons pas, nous détruirons les immeubles. Nous trouverons un moyen", ont averti le week-end dernier de jeunes Palestiniens alors qu’ils se tenaient face aux immeubles.

Ces immeubles d’A-Tour appartiennent à deux familles, Abou al-Hawa et Kiswani. Mercredi, après que des gardes privés d’Elad eurent pénétré dans les deux immeubles, des émeutes ont éclaté dans le quartier et un restaurant appartenant à un membre de la famille al-Hawa a été incendié. Selon des sources palestiniennes, un membre de la famille a été emmené de force à Ramallah par les forces de sécurité palestiniennes pour y être interrogé. Pour tenter d’obtenir sa libération, la famille a publié vendredi dans un journal de Jérusalem Est un encart qui affirme que les immeubles n’ont pas été vendus directement à des Juifs, mais à des acquéreurs palestiniens qui les ont vendus à une société d’investissement jordanienne.

Mohammed Abou al-Hawa, membre de la famille, a dit à Meir Margalit, du Comité israélien contre la Démolition des Maisons, que dans la soirée du mardi, des individus sont arrivés chez lui, dans l’un des immeubles, ont ouvert une valise pleine d’argent liquide et lui ont offert 300.000 $ pour son appartement. Abou al-Ahawa affirme qu’il a décliné l’offre, après quoi les inconnus lui auraient montré un contra qui stipule que les deux immeubles étaient déjà vendus, y compris l’appartement qu’il occupe. Selon lui, la signature de sa mère qui apparaît sur le contrat est un faux.

Adi Mintz dément et affirme que le contrat est en bonne et due forme. "Les Arabes adorent vendre", dit-il. "Il est vrai que ces transactions prennent du temps, mais c’est seulement pour préserver l’image des vendeurs", explique-t-il. Mintz prétend ne rien savoir d’un prétendu enlèvement d’un membre de la famille par l’Autorité palestinienne, mais il souligne qu’Elad s’occupe de la protection des vendeurs palestiniens.

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