Les légions étrangères du Goush Katif

Thème : Colonisation, yesha Retrait de Gaza Les Juifs de la diaspora dans le débat

Ha’aretz
mis en ligne le 8 janvier 2005
par Akiva Eldar

Des milliers de juifs (et de chrétiens) attendent aux Etats-Unis l’appel à se joindre à la lutte des colons à Gaza. L’usage de la violence n’est pas exclu. Vu le vocabulaire utilisé, cela n’a rien de surprenant...

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Haaretz, 6 janvier 2005

Les légions étrangères du Goush Katif [1]

par Akiva Eldar

(Trad : Gérard Eizenberg pour La Paix Maintenant)

Comme à l’époque tumultueuse des manifestations contre Yitzhak Rabin et les accords d’Oslo, des fanatiques religieux juifs et chrétiens expriment leur solidarité avec leurs frères de la Terre sainte. Certains des noms sont connus, comme le conseiller municipal de New York Dov Hikind, ou Mordechai Friedman, président du conseil américain des rabbins. Cette fois, on s’occupe d’Ariel Sharon, l’ami des années 90, et d’une évacuation imminente. Au Goush Katif, on espère que, le moment venu, les juifs de la diaspora ne se contenteront pas d’une aide financière, mais enverront par légions des gens pour se battre contre le gouvernement.

Certains représentants des colons rapportent avoir reçu des milliers de demandes d’informations, de la part de chrétiens comme de juifs, qui attendent l’appel. Dror Vanunu, responsable des relations publiques du Goush Katif, affirme qu’il a même entendu parler de volontaires potentiels du Congo. La semaine dernière, Vanunu revenait d’une tournée de conférences et de levée de fonds aux Etats-Unis. Avec le général Tzvi Fogel, ancien commandant du front sud, il a rendu visite aux communautés juives des grandes villes des côtes est et sud. Vanunu dit que les juifs et les chrétiens auxquels il se sont adressés se sont montrés très généreux - pour les enfants du Goush Katif. Ils ont également reçu la bénédiction du rabbin Hershel Billet, réputé très proche du président Bush.

La sommet de la visite, raconte fièrement Vanunu, a été une réunion de partisans à la synagogue de Brooklyn. La salle était trop petite pour accueillir le millier de personnes venues écouter les émissaires du Goush Katif. Le maire de New York, Michael Bloomberg, avait promis sa présence, mais finalement, avait envoyé ses regrets et s’était fait représenter par des collaborateurs. L’invité d’honneur était le conseiller municipal Hilkind, qui fut le bras droit de Meir Kahana [3].

(...)

Poing serré

D’après le Jerusalem Post, le rabbin Mordechai Friedman, en tant que président du conseil américain des rabbins, représente au moins 1000 rabbins orthodoxes. D’autres sources parlent d’un chiffre moins élevé, en centaines, ou même en dizaines. Quoi qu’il en soit le site web de Friedman est lié à celui de la Jewish Defense League (JDL), dont le célèbre logo représente un poing serré sur fond d’étoile de David jaune (logo de l’ex parti Kakh de Meir Kahana ndt) . Friedman a déclaré un jour que "l’armée israélienne est devenue la milice d’extrême gauche de Rabin et de Peres", dont la "dictature" persécute les colons. Dans une interview donnée la semaine dernière au Jerusalem Post, Friedman a promis qu’il tenterait de pousser les membres de son organisation à se rendre en Israël pour combattre le désengagement, et que la violence ne devait pas être exclue : "nous devons paralyser le pays, et la seule façon de le faire est par certains moyens , dont la violence".

Horrifié par ce qu’il lisait, un jeune homme nommé Jordan Turner, qui étudie l’administration d’Etat à Herzliya, envoya un email au rabbin Friedman, où il écrivait : "eh bien, rabbin Friedman, si votre but est de causer davantage de violence et de ’paralyser’ mon pays, comme vous dites, vous pouvez rester en Amérique, parce qu’ici, vous n’êtes pas le bienvenu !"

La réponse ne s’est pas fait attendre. Quand Turner ouvrit sa boîte le lendemain, il ne put en croire ses yeux. Voici quelques citations choisies : "Le gouvernement est un JUDENRAT [4] , et ces soldats et ces policiers qui battent des hommes, des femmes et des enfants juifs sont des KAPOS ! Le Rambam (Maïmonide, ndt) stipule qu’un juif qui dénonce d’autres juifs à des goys, ou qui détourne une propriété juive à des goys est un "mosser" (traître, ndt) qui doit être exécuté immédiatement ! Le Choulkhan Aroukh [5] dit la même chose. Tous les deux disent que le "mosser" n’a pas sa place dans le monde à venir, et qu’il va automatiquement en enfer !!!! Vous êtes un kapo ! Si vous voulez manquer de respect, faites-le envers votre père ! ... Vous aurez sur la conscience tous les meurtres de femmes, d’hommes et d’enfants juifs en Israël !

"Les Macchabées ont exécuté des dizaines de milliers de traîtres juifs. Si vous aviez vécu alors, vous auriez été exécuté ! Quand viendra le Messie ou quand le régime changera en Israël, vous et votre engeance serez exécutés. Ceux qui seront destinés à l’exécution passeront un examen médical : s’ils sont en bonne santé, ils seront anesthésiés, et leurs organes et leur sang réservés aux victimes juives des terroristes arabes... Que Dieu vous maudisse, vous et votre famille, et ’takef umiyad mamish’ (que cela prenne effet immédiatement."

Et cela continue, en majuscules cette fois : "nous voyons à la télévision israélienne par satellite ... comment vous, les soldats et la police kapos battez les pionniers juifs, des femmes tenant leurs bébés sont bousculées et frappées. Honte, honte, honte. Dieu déversera sur vous la colère que vous méritez. Nous suveillerons les médias pour voir si votre nom apparaît dans la liste des soldats tués."

Le Shin Bet ne désire pas s’occuper de Friedman, ni d’aucune forme de menace extrémiste de mobiliser une légion étrangère contre l’évacuation de colonies, se contentant de dire que lorsqu’il reçoit une information concernant un ressortissant étranger qui compte violer la loi, le ministère de l’intérieur doit l’empêcher de pénétrer dans le pays.

Officiellement, la dernière fois où des extrémistes juifs de droite ont été empêchés d’entrer en Israël, ce fut en décembre 1995. Le groupe en question était composé de sept juifs américains, emmenés par le rabbin Abraham Hecht, qui avait proclamé devant des milliers de rabbins que "tuer Rabin, ou quiconque collabore avec lui, est non seulement permis, mais requis" (cf le livre de Michael Karpin et Ina Friedman, "Murder in the Name of God", ed. Zmora Bitan). Deux ans plus tard, Eli Suissa du parti Shas, alors ministre de l’intérieur, annulait l’interdiction. Pour justification de la décision : le rabbin Hecht s’était excusé. Suissa a également dit que si Hecht venait un jour en Israël, il était prêt à lui serrer la main.

Depuis le retour au pouvoir de la droite, on assiste à une attitude différente. Les touristes juifs et les groupes de chrétiens évangélistes qui viennent acclamer Israël sont accueillis chaleureusement par la police de l’immigration, et des renforts américains, dont des militants du Kakh, se joignent à l’occasion aux colons snipers et lanceurs de pierres sur les collines de Cisjordanie. En revanche, le ministère de l’intérieur refuse systématiquement l’entrée dans le territoire aux militants pacifistes venus protester contre la clôture de séparation ou aider les Palestiniens à protéger leurs oliviers des voyous des collines.

Pour la défense du Shin Bet, il faut dire que dans ce cas, il ne fait aucune différence entre juifs et non juifs. Par exemple, Kristen Razovsky, une jeune femme juive, a été arrêtée en mars dernier dans le village de Beit Kadis, où elle résidait avec une ONG. La police l’accusa de participation à une réunion illégale, et la renvoya devant la police de l’immigration. Le ministère de l’intérieur ne fut pas impressionné par son argumentation selon laquelle le renouvellement de son visa était censé lui donner du temps pour réfléchir à une éventuelle immigration, en accord avec la loi du retour.

On peut se demander combien de juifs venant participer à une "réunion illégale" contre l’évacuation seront arrêtés et renvoyés à New York.