La démission de Netanyahou : un leader pour l’extrême droite

Thème : Retrait de Gaza Politique intérieure israélienne

Ha’aretz
mis en ligne le 8 août 2005
par La Paix Maintenant, éditorial de la rédaction

la démission de Benjamin Netanyahou a été saluée en Israël par tout le camp opposé au désengagement. Ha’aretz n’aime pas beaucoup Netanyahou (nous non plus), et le dit. Pour autant, en paraissant déjà en faire une personnalité qui tombera dans l’oubli, notre quotidien préféré prend peut-être ses désirs pour des réalités

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Ha’aretz, 8 août 2005

Trad. : Gérard Eizenberg pour La Paix Maintenant

La démission de Benjamin Netanyahou de son poste au gouvernement, juste avant que s’effectue le désengagement, le place, finalement, dans la position qui lui convient le mieux : celui du leader de l’extrême droite en Israël. Netanyahou s’impose, à partir d’aujourd’hui, comme le leader du camp nationaliste et religieux-nationaliste.

En démissionnant, Netanyahou offre soutien et dynamisme au camp des contrevenants à la loi, qui menace de faire échouer la mise en oeuvre de la décision d’évacuer les colonies de Gaza et du nord de la Cisjordanie, décision adoptée à une large majorité par la Knesset. Netanyahou pense, par sa démission, en tirer un profit politique, au moment où le pays a désespérément besoin de dirigeants responsables.

Après avoir réhabilité son image pendant deux ans et demi, en tant que ministre des Finances, Netanyahou prouve, une fois de plus, qu’il n’est pas fait du bois dont sont faits les hommes d’Etat responsables. S’il avait démissionné deux mois plus tôt, quand le gouvernement et la Knesset avaient décidé du désengagement, il aurait été possible d’accepter son argument selon lequel il agit pour des considérations idéologiques et de conscience. Mais cette démission tardive ne cherche pas à influencer, mais à abasourdir. Son but est, non d’empêcher une mesure politique dont il dit avoir toujours su qu’elle était dangereuse pour le pays, mais la rendre plus difficile, et éviter d’en être tenu responsable.

La conférence de presse qu’il a organisée hier (dimanche), au cours de laquelle il n’a fait quasiment que se tresser des lauriers pour son action aux Finances, ne saurait faire oublier que la raison principale de son succès tient à la décision de désengagement d’Ariel Sharon, qui a amélioré la position d’Israël dans le monde et l’a stabilisé après les années d’intifada.

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Une fois le désengagement effectué (même Netanyahou admet qu’il n’est plus possible de le stopper), il ne restera de lui que le souvenir d’un homme extrêmement talentueux, mais à la personnalité trouble et aux positions extrémistes. Quiconque choisit d’adhérer à un point de vue politique extrême, s’oppose à toute mesure impliquant un compromis et ne voit à l’horizon pas la moindre chance de parvenir à une solution politique au conflit avec les Palestiniens, ne peut être accepté par le public comme un candidat apte à devenir Premier ministre.

A une semaine du début du désengagement, le Premier ministre mérite soutien et encouragements de tous ceux qui croient en son choix, sans calculs personnels ni considérations politiciennes. Dans la période difficile que nous traversons, quand un nouveau meurtrier pourrait surgir de la droite pour tenter de changer la situation par la violence, la démocratie doit bénéficier d’un soutien sans réserves pour mettre en oeuvre le processus dont le gouvernement et la Knesset ont décidé.

Si l’évacuation de Gaza se passe comme prévu, la démission de Netanyahou, qui paraît spectaculaire aujourd’hui, sera un épiphénomène. Peut-être, aussi, donnera-t-elle le signal à une réforme du système politique et à une recomposition des partis, à partir de programmes véritables et actualisés. D’un côté, il y aura le camp qui soutient l’occupation de toute la Terre d’Israël, et de l’autre, il y aura les partis qui soutiennent la démocratie en Israël avec des frontières redessinées.