La Palestine maintenant

Jerusalem Post
mis en ligne le 5 août 2007
par Naomi ’Hazan

la souveraineté de la Palestine : un préalable dans les négociations et non un aboutissement, selon Naomi Hazan, qui fait d’ailleurs remarquer : « comment peut-on qualifier une Autorité palestinienne enchaînée d’Etat raté si elle n’a jamais été un Etat ? »

Jerusalem Post, 26 juillet

Diffusé par l’édition du 2 août de Common Ground News Service www.commongroundnews.org

Traduction : Gérard pour La Paix Maintenant

L’intense activité diplomatique qui se déploie à la suite de la prise du pouvoir du Hamas à Gaza ne donnera absolument aucun résultat à moins de s’attaquer sans détours à la question de la souveraineté de la Palestine.

Il est temps de redéfinir l’hypothèse de travail qui a guidé toutes les négociations depuis Oslo : à savoir que l’Etat palestinien sera le résultat final de la résolution du conflit, et non un outil de sa réussite.

L’afflux récent d’initiatives, y compris la levée du boycott imposé à l’Autorité palestinienne, la nomination de Tony Blair au poste d’émissaire du Quartette et l’importante déclaration politique de l’administration Bush (qui a déclaré être en accord avec les principes de l’initiative de paix de la Ligue arabe, ndt), a eu essentiellement pour but de contenir l’influence du Hamas, fortifier le nouveau gouvernement palestinien et empêcher d’autres désastres humanitaires.

On a prêté une certaine attention à la définition du cadre dans lequel reprendraient les négociations (l’initiative de la Ligue arabe), et l’on s’est mis d’accord sur un mécanisme qui permettrait leur reprise (réunion d’une conférence de paix régionale). Mais on n’a pas assez insisté sur l’objectif peut-être le plus urgent : la création d’un Etat palestinien indépendant aux côtés d’Israël.

Depuis beaucoup trop longtemps, on traite l’Autorité palestinienne comme un acteur étatique, alors qu’en réalité, elle n’a aucun statut en tant qu’Etat souverain et n’en a aucune des capacités. Jusqu’au mois dernier, les gouvernements palestiniens successifs, dotés d’une certaine légitimité intérieure que leur ont accordée les urnes, ont été chargés de multiples responsabilités, mais sans se voir offrir aucune autorité officielle. Cette anomalie, quasiment sans précédent dans l’Histoire, a de plus été compliquée par la division de fait entre la Cisjordanie et Gaza. Le gouvernement renégat du Hamas contrôle Gaza, le gouvernement du Fatah contrôle l’Autorité palestinienne ... et le gouvernement israélien, directement ou indirectement, contrôle l’avenir politique des deux.

Tous ceux qui sont mêlés au conflit ont intérêt à s’extirper de ce bourbier. Israël a réussi, pour son malheur, à donner l’illusion d’une responsabilité de l’Autorité palestinienne sans créer les conditions qui permettent de développer les outils nécessaires pour que cette responsabilité soit réelle. La politique de séparation entre Palestiniens et Israéliens, sans transfert officiel de compétences, politique adoptée par Ariel Sharon et appliquée sur le terrain par Olmert, ne peut plus prétendre à ne serait-ce qu’un atome d’effet de sécurité ni de stabilité.

Comme l’a montré l’expérience du désengagement de Gaza, un retrait territorial, quand il n’est pas accompagné d’accords politiques, crée un vide du pouvoir qui nourrit l’anarchie et encourage l’extrémisme. Israël ne peut pas revenir sur l’erreur faite à Gaza, mais il peut faire en sorte de ne pas répéter la même erreur.

L’écrasante majorité des Israéliens qui comprennent qu’il n’est pas tenable de continuer à dominer les territoires conquis en 1967, mais qui, en même temps, craignent de remettre le pouvoir aux Palestiniens, se trouvent à la croisée des chemins. Chaque jour qui passe sans qu’existe au-delà de la ligne Verte un autre Etat souverain signifie qu’Israël est responsable de ce qui s’y passe, même quand les événements ne sont pas de son fait. S’il souhaite se soulager de ce fardeau et regagner sa légitimité internationale, il doit être prêt à abandonner le contrôle et renoncer à toute revendication en termes de souveraineté.

L’Autorité palestinienne et ses dirigeants, en particulier Mahmoud Abbas et Salam Fayyad, doivent eux aussi progresser sur le chemin qui mène à un Etat, non seulement pour résoudre la dichotomie qui prévaut depuis la sécession du Hamas, mais aussi pour assurer leur primauté en Cisjordanie. Cela ne peut être fait que s’il est mis fin à l’asymétrie qui els retient prisonniers dans une situation où ils dirigent un gouvernement sans attributs ni capacités d’un Etat.

Si l’Autorité palestinienne se délite par son incapacité à répondre à des attentes dont il est clair qu’elles sont très difficiles à remplir, la situation d’aujourd’hui, déjà précaire, sera totalement à reconstruire. Mais le gouvernement palestinien ne peut rien faire s’il ne possède que les accoutrements et quelques rares pouvoirs d’un Etat normal. La question de la souveraineté n’est donc pas seulement centrale dans le cadre d’un accord israélo-palestinien : elle constitue en réalité une mesure vitale dans sa direction.

Toute tentative de faire traîner les négociations autour de mesures provisoires de sécurité, ou d’éviter la question de la souveraineté, constitue une recette sûre pour que les choses se détériorent encore davantage, avec cette fois des conséquences lourdes sur le plan régional. Le temps, qui conforte les extrémismes, ne joue en faveur d’aucune des parties du conflit.

La propension à la mode (mais totalement erronée) dans certains milieux de classer l’Autorité palestinienne dans la catégorie des Etats ratés procède elle aussi d’une courte vue. La faiblesse institutionnelle de l’infrastructure administrative palestinienne, systématiquement affaiblie à la fois par Israël et par la mauvaise gestion et les conflits internes palestiniens, ne constitue aucunement une preuve de son incapacité à constituer un Etat. Car comment peut-on qualifier une Autorité palestinienne enchaînée d’Etat raté si elle n’a jamais été un Etat ?

Le problème que pose cette anomalie fondamentale continuera à suivre à la trace tout effort de faire advenir une fin du conflit, à moins de s’y confronter sérieusement. La souveraineté palestinienne doit être la prochaine phase, et non la dernière, du processus de réconciliation. Sans elle, aucun sentiment de sécurité, pour aucune des deux communautés, ne pourra être assuré. Il se peut que les négociations sur les frontières définitives entre Israël et la Palestine, et avec elles, sur toutes les immenses questions relatives à un règlement définitif, ne résolvent pas tous les problèmes liés à l’autorité, la légitimité, la responsabilité et le contrôle qui pour le moment sont la plaie de ce conflit. Mais ce qui est de plus en plus clair, c’est que sans une Palestine indépendante à côté d’Israël, aucune de ces questions ne pourra être traitée, et encore moins résolue.