La Haute Cour : Où en est l’évacuation de la colonie illégale de Migron ?

Thème : Colonisation, yesha Shalom Akhshav : action et influence

Shalom Akhshav - “La Paix Maintenant”
mis en ligne le 12 février 2007

Le combat contre la colonisation continue. Shalom Akhshav a choisi (aussi) la voie judiciaire, qui promet d’être longue et difficile. Mais il semble que cela pourrait marcher, comme le démontre l’exemple de Migron

Shalom Akhshav, 12 février 2007

Trad. : Gérard Eizenberg pour La Paix Maintenant

Ce matin (lundi), la Haute Cour de Justice a ordonné à l’Etat d’Israël de soumettre dans les 60 jours un rapport détaillé sur les mesures prises pour évacuer la colonie illégale de Migron. Ce rapport devrait comprendre les résultats des négociations entre Amir Peretz, ministre de la défense, et les colons pour que ceux-ci évacuent volontairement, ainsi que le calendrier de cette évacuation. L’audience s’est tenue dans le cadre d’une action en justice intentée par Shalom Akhshav (La Paix Maintenant) [et les propriétaires palestiniens, ndt] au sujet de Migron [1].

Le 17 février 2006, l’Etat avait répondu à cette action en justice. Il avait reconnu que la création de la colonie sauvage de Migron avait été une erreur, et qu’aucune autorisation officielle n’avait été délivrée. De plus, l’Etat avait reconnu également que Migron se situait sur des terres palestiniennes privées [2]. L’Etat avait reconnu enfin que seules deux questions restaient en suspens : quand évacuer la colonie et est-ce que les colons le feraient volontairement ou seraient-ils forcés à le faire par les forces de sécurité ?

Quelques infos sur Migron

(source : Shalom Akhshav - Observatoire de la colonisation)

Comme c’est le cas pour toutes les autres colonies sauvages, le site de Migron n’a pas été choisi au hasard. Il est situé sur une colline qui surplombe la route n° 60, principale route qui relie le Nord de la Cisjordanie à sa partie Sud, entre les colonies de Geva Binyamin et d’Ofra (à l’Est de Ramallah).

La colonie sauvage de Migron a été créée entre mars et juillet 2002. Au départ, il s’agissait simplement d’une antenne posée par l’un des opérateurs de téléphones portables, suite à des plaintes de la part de colons sur la mauvaise réception dans cette zone. Depuis lors, Migron n’a cessé de grossir et de se développer : routes, connexion aux réseaux électrique et hydraulique, tout cela financé par le ministère du logement.

Plus grave : Migron a été construit sur des terres dont l’Etat d’Israël savait, d’après ses propres registres du cadastre, qu’elles appartenaient à un certain nombre de familles palestinienne qui habitent les villages voisins de Burqa et de Deir Dibwan.

Sans aucune considération pour la loi, les colons ont établi leur colonie sur des terres privées palestiniennes avec la coopération d’instances gouvernementales et sous la protection de l’armée et de la police. Lorsque les propriétaires [palestiniens] ont déposé plainte auprès de l’Administration civile, les plaintes ont été enregistrées, mais aucune action ne s’en est ensuivie.

Le rapport Sasson, commandé par le gouvernement, a conclu que plus de 4 millions de shekels (environ 800.000 euros) de fonds publics ont été investis illégalement dans cette colonie.

A présent, environ 60 caravanes se trouvent sur le site, très probablement financées par le gouvernement et offertes à l’organisation "Amana" [3]. Dans la partie Est de Migron, deux bâtiments en dur ont été construits ces dernières années.

En outre, les colons ont érigé une importante clôture autour de Migron, qui inclut d’immenses portions de terres "pour raisons de sécurité", terres connues pour appartenir également à des personnes palestiniennes privées.

Aujourd’hui, Migron est sans aucun doute la plus grande et la plus développée des colonies sauvages en Cisjordanie. Elle n’est pas la seule à avoir été établie sur des terres privées palestiniennes, mais elle est emblématique du mépris total de la loi démontré par les colons. En conséquence, elle sera la première à passer le test de la Haute Cour de Justice.