La Haggadah de Pessah de Sharon

Thème : Sharon : quelles intentions, quelle politique ?

Ha’aretz
mis en ligne le 19 avril 2004
par Akiva Eldar

Sharon répète les légendes (haggadot) de Sharon de Pessah. A nouveau, il place ses espoirs dans les "relations privilégiées" avec les Etats-Unis, dans la politique judéo-chrétienne, et dans les histoires que raconte Weisglass sur sa merveilleuse amitié avec Condoleezza Rice. Mais les légendes sont une chose, et la realpolitik des Etats-Unis une autre...

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Ha’aretz, 4 avril 2004

Trad. : Gérard Eizenberg pour La Paix Maintenant

Information qui paraissait l’an dernier dans Ha’aretz à la veille de la fête de Pessah, à la suite d’une série de rencontres entre le chef de cabinet du premier ministre, Dov Weisglass, et l’administration américaine au sujet de la feuille de route : "une réserve, formulée par Dov Weisglass, stipule qu’Israël souhaite que la feuille de route reflète véritablement la vision du président (Bush) et ne fasse aucunement référence à l’initiative saoudienne adoptée par la Ligue arabe". Avec une belle confiance, Weisglass, quelques heures avant la lecture de la Haggadah [1], déclarait : "les Etats-Unis vont sérieusement prendre en compte notre position quand le processus politique avancera".

Le processus politique n’a pas avancé, mais le processus militaire en Irak, si. Le président Bush a sérieusement pris en compte les positions d’Israël, comme celles de ses partenaires du Quartet, et publié la feuille de route. Non seulement cet important document mentionnait l’initiative saoudienne, mais il précisait que cette initiative était "un composant essentiel des efforts de la communauté internationale pour promouvoir une paix globale".

Le soutien américain à l’initiative saoudienne inquiétait Ariel Sharon à cause de deux clauses essentielles : la reconnaissance d’Israël par le monde arabe en échange d’un retrait de tous les territoires (occupés), et une solution mutuellement acceptée au problème des réfugiés. Pour lever tout ambiguïté, la clause qui conclut la feuille de route stipule que les parties "parviendront à un accord définitif et global qui mettra fin au conflit israélo-palestinien en 2005, par un accord negocié entre les parties sur la base des résolutions du Conseil de sécurité des Nations Unies 242, 338 et 1397, qui mettent fin à l’occupation qui a débuté en 1967 et incluent une solution mutuellement acceptée, juste et équitable, au problème des réfugiés".

En dépit de ces paroles hérétiques, qui rappellent, Dieu nous en préserve, le pacte de Genève, Sharon et ses porte-parole ne cessent de jurer par la feuille de route. Il leur a probablement échappé que les principes de la feuille de route ne correspondent pas exactement à ce qui se dit actuellement : en échange d’un retrait de Gaza, les USA feraient le geste de s’engager à soutenir les "blocs de colonies" et à s’opposer à un retour de refugiés en Israël. Il est difficile de croire que le premier ministre n’ait pas remarqué qu’en acceptant la feuille de route, Israël s’est engagé dans un processus fondé sur des négociations entre les parties, des conférences internationales sous les auspices du Quartet, et des accords contraignants. Tout cela ne s’accorde pas vraiment avec le principe d’unilatéralité sur lequel repose le plan de désengagement de Gaza.

Sharon répète les légendes (haggadot) de Sharon de Pessah. A nouveau, il place ses espoirs dans les "relations privilégiées" avec les Etats-Unis, dans la politique judéo-chrétienne, et dans les histoires que raconte Weisglass sur sa merveilleuse amitié avec Condoleezza Rice. Au printemps 2003, les Etats-Unis envahissaient l’Irak sans le soutien de l’UE et en faisant un pied de nez aux Nations Unies. Maintenant, pour s’en sortir sans perdre la face, le candidat Bush ne peut se permettre de snobber le Quartet. En conséquence, comme Sharon, qui a appelé les membres du Likoud à décider du sort de son plan de désengagement, Bush a convoqué le Quartet pour discuter du sort de la feuille de route. Le Quartet a tenu trois réunions de travail au cours des 10 derniers jours de mars, au Caire, à Washington et à Bruxelles. Ce qui a été convenu lors de ces réunions transforme le plan de désengagement en un mythe. Le principe qui en ressort est que les Etats concernés doivent faire en sorte que, pour les habitants des territoires, le retrait israélien de la bande de Gaza constitue un remède aux traumatismes de l’intifada, une motivation pour se réconcilier avec Israël, et la renaissance de l’espoir en une libération nationale. Le Quartet mettra en oeuvre à Gaza le même plan de reconstruction qu’en Afghanistan, et y injectera des milliards de dollars.

Pour s’assurer que la fin de l’occupation israélienne ne fasse le lit d’un régime contrôlé par les fondamentalistes islamistes et par les bandes des Brigades des Martyrs d’Al Aqsa, il a été convenu que le gros des efforts devrait être consacré au renforcement des éléments pragmatiques au sein de la direction de l’Autorité palestinienne. Il sera exigé d’Israël qu’il dialogue avec elle, et le Conseil de sécurité des Nations Unies déterminera si, oui ou non, Israël aura mené à terme son retrait de Gaza. Enfin, les Etats-Unis ont de nouveau entrepris de s’en tenir au principe de base de la feuille de route : toute controverse (frontières, réfugiés, Jérusalem) sera réglée dans le cadre d’un accord contraignant entre le gouvernement d’Israël et le gouvernement de Palestine. Tout le reste est du registre des légendes de Pessah de Sharon.