La France "se pousse" et écarte de fait les Etats-Unis des négociations israélo-syriennes

Thème : Diplomatie Syrie, Golan

Ha’aretzJerusalem Post
mis en ligne le 5 septembre 2008
par Zvi Bar’el

Quelques informations concernant les conséquences de la visite de Sarkozy à Damas sur les négociations israélo-syriennes en cours

Ha’aretz, 4 septembre 2008

http://www.haaretz.com/hasen/spages...

Traduction : Gérard Eizenberg pour La Paix Maintenant

Selon une source diplomatique de haut rang et proche des pourparlers entre la Syrie et Israël avec médiation turque, les Etats-Unis se sont convaincus qu’ils devaient prendre part aux négociations, mais que la France "s’est poussée" en Syrie. La participation du président français Nicolas Sarkozy aux pourparlers qui ont eu lieu à Damas ont conduit les Etats-Unis à revenir pour le moment sur leur décision.

Selon cette même source, le sous-secrétaire d’Etat américain David Welch devait participer en tant qu’observateur à la prochaine rencontre israélo-syrienne en Turquie, mais Washington refusait d’être "à la traîne" des Français, et la participation de Welch a été annulée. La source a dit également que la participation de Welch aurait dû marquer le lancement de conversations directes entre les Syriens et les Israéliens et qu’aujourd’hui, on ignore quand pareilles conversations commenceront.

Selon la diplomatie française, c’est le président syrien Bachar Assad qui a invité la France à superviser ces conversations directes. Les Etats-Unis ne peuvent donc pas se plaindre s’ils ont hésité à le faire.

Sarkozy et Assad doivent se réunir aujourd’hui [hier] à Damas avec le premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan et le dirigeant du Qatar, Sheikh Hamad bin Khalifa Al Thani. Ce sommet est considéré comme une réussite majeure pour Assad, la France présidant actuellement l’Union européenne et Al Thani étant président du Conseil Coopératif du Golfe qui réunit six pays.

Washington ne participant pas aux pourparlers indirects, et peut-être pour renforcer la position de la France tout en perçant l’isolation de la Syrie par les Etats-Unis, Assad pourrait s’accommoder d’une supervision franco-turco-qatarie des négociations directes avec Israël, au moins jusqu’aux élections américaines. À ce moment, un représentant des Etats-Unis pourrait s’y joindre. En tout cas, Israël ne pourrait pas refuser des rencontres directes, même si Washington décidait de ne pas y prendre part.

Il est à noter que la participation de Sarkozy à ce sommet constitue un pied de nez à la résolution 1559 du Conseil de sécurité des Nations unies initiée par la France et les Etats-Unis il y a quatre ans. Cette résolution stipule que toutes les forces étrangères devaient quitter le Liban et que toutes les milices armées, y compris le Hezbollah, devaient être dissoutes. Cette résolution avait provoqué la colère des Syriens, et d’après un travail de recherche effectué par les Nations unies, avait partiellement préparé le terrain pour l’assassinat du premier ministre libanais Rafic Hariri, qui avait œuvré à la promouvoir. La résolution 1701, qui mettait fin à la seconde guerre du Liban, se fondait d’ailleurs sur cette résolution 1559. Compte tenu de la grande réconciliation franco-syrienne qui paraît sur les rails, il semble qu’il n’y aura plus personne pour pousser à sa mise en œuvre.

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Par ailleurs, le Jerusalem Post, dans son édition du 1er septembre 2008, apporte les compléments d’information suivants :

Le cinquième round des pourparlers de paix indirects entre la Syrie et Israël, qui devait avoir lieu jeudi en Turquie, a été repoussé à lundi à cause de la démission du négociateur en chef israélien de ses fonctions de directeur de cabinet du premier ministre .

Du fait de sa démission, Yoram Turbowicz, qui exerçait également les fonctions de conseiller principal pour les affaires étrangères auprès d’Ehoud Olmert, a perdu l’autorité juridique qui lui permettait de mener les négociations au nom d’Israël. Il attend donc l’autorisation de Menahem Mazouz, procureur général de l’Etat (et conseiller juridique du gouvernement, ndt).

Selon la radio de l’armée (Galey Tsahal), ce retard de l’arrivée de délégués en Turquie a conduit les représentants turcs et syriens à se poser des questions sur les intentions d’Israël. Certains ont affirmé que ce retard intervenait à la suite de la récente visite de Bachar Assad en Russie et de ses déclarations concernant l’intention de la Syrie d’acheter des missiles russes.

Toutefois, selon Israël, la seule raison de ce retard est d’ordre bureaucratique : "Nous sommes engagés à poursuivre les pourparlers avec la Syrie et ils reprendront dès que possible", ont déclaré lundi des sources du cabinet d’Olmert.

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Par ailleurs encore, peut-être un autre effet induit (et à vérifier) de cette visite de Sarkozy à Damas : selon Ha’aretz, Khaled Mesh’al, le dirigeant du Hamas en exil à Damas, aurait quitté la capitale syrienne pour s’installer au Soudan.