Entre prisonniers et captifs

Thème : Diplomatie Réfugiés, droit au retour Palestiniens : la nouvelle donne Initiative arabe

Ha’aretz
mis en ligne le 29 mai 2006
par Akiva Eldar

le Hamas a rejeté l’ultimatum d’Abbas à propos du référendum sur le "document des prisonniers". Ce document, ainsi que l’initiative d’Abbas, mettent en porte-à-faux aussi bien le Hamas que le gouvernement israélien, toujours attaché à des mesures unilatérales. Il reprend en filigrane les propositions de la Ligue arabe, et de ce fait, il semble adopter, d’après certains juristes, une position relativement souple sur le droit au retour

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Ha’aretz, 29 mai 2006

Trad. : Gérard Eizenberg pour La Paix Maintenant

Il y a deux manières d’estimer la distance parcourue par certains personnages clés du Hamas comme Abdel Khaleq al-Natshe, la personnalité la plus haut placée dans la hiérarchie du mouvement qui soit détenue en Israël, et qui est l’un des initiateurs du document de Réconciliation Nationale (connu également sous l’appellation de "Document des Prisonniers") qui prévoit un accord avec Israël sur la base des frontières du 4 juin 1967. La première de ces manières est de mesurer la force des protestations de la part de certains opposants à un tel accord, comme Khaled Meshal, dirigeant du Hamas en Syrie. La seconde est d’attendre les réactions de ceux en Israël qui sont partisans d’une politique unilatérale, comme Haïm Ramon, ministre de la justice, du parti Kadima (ex-travailliste).

Meshal et ses amis condescendront à parler à Israël après que nous aurons renoncé à la loi du Retour, en d’autres termes, après que nous aurons dissous le mouvement sioniste. Pour que Ramon renonce à son jouet de l’action unilatérale en faveur de négociations politiques, les Palestiniens doivent avant tout déclarer qu’ils renoncent au droit au retour, en d’autres termes qu’ils éliminent le mouvement national palestinien.

Si les Palestiniens n’avaient pas exigé qu’Israël reconnaisse leur droit au retour, Israël aurait dû l’inventer. Autrement, comment le premier ministre Ehoud Olmert pourrait-il prendre le "Document des Prisonniers", rédigé par un groupe considéré comme le "grand rabbinat" de l’opinion palestinienne, qui sanctifie la ligne Verte comme la frontière définitive entre Israël et la Palestine ? Comment Olmert expliquerait-il le tracé envahisseur de la "clôture de sécurité", et comment pourrait-il demander au monde de reconnaître les "blocs de colonies" ? Tant que le "droit au retour" est dans l’air, les politiques peuvent se détendre. Ils peuvent toujours dire que l’exigence de ramener les réfugiés n’est rien d’autre qu’une tentative de détruire l’Etat juif par des moyens démographiques, et que, par conséquent, l’accord sur l’existence de deux Etats sur les frontières de 1967 n’est qu’une partie du "plan par étapes" pour éliminer Israël.

Il est difficile de comprendre pourquoi Israël se permet de déclarer à l’avance que "Jérusalem demeurera unie pour toujours", ou que "Ariel fait partie de l’Etat d’Israël", alors que les Palestiniens doivent adapter leurs positions d’ouverture à celles d’Israël. De plus, si les Palestiniens abandonnent à l’avance le droit au retour, ils risquent aussi, ce faisant, de voir refuser aux réfugiés le droit de réclamer des compensations financières pour leurs biens.

Malheureusement, cette fois encore, comme ce fut le cas lors de la décision de la Ligue arabe à Beyrouth en mars 2002 [1], la voix des apparatchiks des partis israéliens est plus forte que la voix de la raison.

Quelques jours après le sommet de Beyrouth, le professeur de droit Eyal Benvenisti, expert international dans le domaine des réfugiés, écrivait que cette décision "reconnaît de fait que les réfugiés, ou l’entité qui les représente, n’ont aucun droit absolu. Leur exigence de retour est un objet de négociation tripartites, entre les représentants des Palestiniens, les pays "hôtes" des réfugiés et le gouvernement israélien. Tout accord qui interviendrait entre les parties éteindrait les revendications des réfugiés. Ceux qui ne se satisferaient pas de cet accord auraient du mal à faire appel en entreprenant des procédures judiciaires auprès d’un quelconque tribunal (Ha’aretz, 4 avril 2002).

Benvenisti interprétait cette importante décision comme un signal donné par la Ligue arabe à Israël : elle reconnaissait et respectait sa crainte de voir disparaître le caractère juif de l’Etat d’Israël à cause d’un afflux massif des réfugiés de 1948. Elle était même prête à imposer aux Palestiniens une position contraire à leur exigence sans concession, et de les réveiller de leur rêve de retour. "Depuis la création de l’Etat, Israël attendait une pareille prise de position arabe", disait ce professeur de droit, en concluant son article. Et il posait la question : "Allons-nous maintenant être d’accord pour accepter la proposition de la Ligue arabe et en faire un accord contraignant ?"

Plus de quatre ans plus tard, après des milliers de morts, après le chaos au sein du Fatah, cette question est plus actuelle que jamais. Le gouvernement Sharon-Peres a ignoré la proposition de la Ligue arabe, et a préféré l’assassinat ciblé du partenaire palestinien et les mesures unilatérales. Le gouvernement Olmert-Peres a reçu de la part des prisonniers, de Mahmoud Abbas et de groupes modérés des territoires une deuxième chance de parvenir à un accord. Il se pourrait bien que ce soit la dernière.