Des anciens chefs du Shin Bet : sans accord de paix, nous courons à la catastrophe

Thème : Révoltes et questionnements dans la société civile israélienne Une autre politique est possible Stratégie, défense, armée Renseignement, services secrets

Ha’aretz
mis en ligne le 14 novembre 2003
par Ha’Aretz, correspondance

"Dans une critique d’une audace sans précédent du traitement par le gouvernement du conflit avec les Palestiniens, quatre anciens chefs du Shin Bet prédisent une "catastrophe" si aucun accord de paix avec les Palestiniens n’est trouvé."

Haaretz

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Trad. : Gérard Eizenberg pour La Paix Maintenant

Dans une critique d’une audace sans précédent du traitement par le gouvernement du conflit avec les Palestiniens, quatre anciens chefs du Shin Bet prédisent une "catastrophe" si aucun accord de paix avec les Palestiniens n’est trouvé.

"Nous allons à la catastrophe, et elle est proche. Si rien ne se produit et que nous persistons à vivre au fil de l’épée, nous allons continuer à nous vautrer dans la fange, et nous nous détruirons nous-mêmes", a déclaré l’ancien chef du Shin Bet Yaakov Peri au quotidien Yediot Aharonot, d’accord avec ses trois collègues, Ami Ayalon, Avraham Shalom et Carmi Gillon.

Invité a réagir à l’interview, une source gouvernementale haut placée a qualifié l’approche des anciens chefs du Shin Bet de "naïve". "La situation n’est pas aussi grave qu’ils la décrivent", dit cette source. "Nous avons connu de grandes réussites dans notre combat contre le terrorisme... (mais nous devons tenter) partout où c’est possible... de soulager la pression sur les Palestiniens, et nous le ferons".

Mais Yaakov Peri a déclaré vendredi à la radio d’Etat que la seule manière pour Israël d’aller de l’avant était de prendre des mesures unilatérales, comme un retrait de la bande de Gaza. Cela pourrait, a-t-il dit, amener les Palestiniens à négocier, minimiser le terrorisme et aider Israël sur le plan economique. Cela contribuerait aussi à améliorer l’image d’Israël dans le monde.

"Nous devons prendre la situation en main et quitter Gaza, avec toute la difficulté que cela représente, et démanteler les colonies sauvages", a dit Peri, qui a dirigé le service pendant sept ans, au moment de la première intifada (1986-1993). Si Israël ne prend pas ces mesures, a-t-il déclaré, il demeurera sous la menace constante du terrorisme.

Ami Ayalon, un ancien général gauchisant, qui a dirigé le Shin Bet de 1996 à 2000, a appelé le gouvernement à agir de manière unilatérale et à retirer les troupes et les colons de la bande de Gaza, position partagée par Peri. "Nous nous dirigeons lentement et sûrement vers une situation où l’Etat d’Israel ne sera plus une démocratie ni un foyer pour le peuple juif", a déclaré Ayalon au quotidien. Ami Ayalon est a l’initiative de la "Voix des Peuples", un plan de paix officieux rédigé avec Sari Nusseibeh, intellectuel palestinien de premier plan et président de l’université Al-Qods.

Avraham Shalom, le vétéran du groupe, a dirigé le Shin Bet de 1980 a 1986. Il a qualifié la politique du gouvernement de "contradictoire avec le désir de paix". "Nous devons admettre une fois pour toutes qu’il existe un autre côté, qu’il a des sentiments, qu’il souffre et que nous nous conduisons envers lui de facon honteuse ... tout ce comportement est le résultat de l’occupation" a dit Shalom au quotidien.

Les quatre hommes ont dit qu’Israël devait se retirer de la Cisjordanie et de la bande de Gaza, même si cela entraîne une confrontation inévitable avec les colons. "Il y aura toujours certains groupes... pour lesquels la Terre d’Israël se niche sur les collines de Naplouse et à l’interieur de Hebron, et nous aurons à les affronter", a dit Peri. Pour sa part, Ami Ayalon a dit qu’il pensait que seuls 10% des 220.000 colons résisteraient à une évacuation des colonies. "Nous devrions être capables d’affronter un tel nombre", a-t-il déclaré.

Carmi Gillon, qui démissionna de son poste de chef du Shin Bet en 1986, après que ses services eurent échoué à empêcher l’assassinat d’Itzhak Rabin par un extrémiste juif, a dit que le gouvernement était à courte vue. Gillon vient d’être élu maire de Mevasseret Tzion. "Il ne s’occupe que de la maniere d’empêcher le prochain attentat terroriste, et ignore la facon de sortir du guêpier où nous nous trouvons aujourd’hui", a dit Gillon.

Il y a quinze jours, le chef d’état-major de Tsahal, Moshe Yaalon, critiquait lui aussi la politique du gouvernement, disant que les barrages en Cisjordanie et dans la bande de Gaza alimentaient la colère des Palestiniens et ne faisaient qu’augmenter le soutien au Hamas et aux autres groupes radicaux. Yaalon accusait aussi le gouvernement d’avoir contribué à l’échec du gouvernement Mahmoud Abbas, disant qu’Israël n’avait pas pris assez de mesures pour soutenir Abbas, qui a fini par démissionner après avoir échoué dans sa lutte pour le pouvoir contre Yasser Arafat.