Comment savoir si un « expert du Proche-Orient » ment ?


Ha’aretz, 14 avril 2010

[->http://www.haaretz.com/hasen/spages/1162455.html]

Traduction : Gérard Eizenberg pour La Paix Maintenant


D’abord, quelques mots sur le mensonge.

Au Proche-Orient, le mensonge n’a pas le même statut qu’ailleurs. Au
Proche-Orient, le mensonge est un mode de vie, donc un impératif culturel.
C’est à la fois un blindage et une porte d’entrée. Il protège et
conditionne la façon dont les gens se sentent et pensent, il fluidifie les
rapports commerciaux et sociaux, il est à la base de tout débat politique et
de toute négociation.

Le mensonge, pour la population qui vit dans notre région de façon
permanente, est le fondement même de la vérité. Je parle de nos coordonnées,
de l’ensemble de nos liens familiaux, personnels et idéologiques qui sont au
cœur de notre identité. Ainsi, il peut paraître au touriste, au journaliste
et au chercheur honnête que tout le monde ment ici tout le temps, ce qui est
loin d’être une simple apparence.

De plus, rien de ce qui précède n’est un jugement. Moi aussi, j’habite cette
région. Ce qui signifie que je mens moi aussi. J’ai acquis une maîtrise de
l’étiquette byzantine des façons d’accueillir ou de se séparer des gens, de
marchander, et de parler politique quand mon interlocuteur se trouve à un
pôle politique opposé au mien, et que nous sommes tous deux armés (de
rhétorique, ndt).

C’est la raison pour laquelle, pour mener à bien cette discussion, une
définition plus précise du mensonge s’impose. Décidons pour le moment que le
mensonge en question est la manipulation consciente et pour raisons
politiques et l’enfouissement sélectif de faits par des gens censés être les
plus informés.

Exemple 1. L’origine du problème des réfugiés palestiniens

Expert – Réponse A : la cause immédiate du problème a consisté en le rejet
arabe, en 1947, de la résolution 181 de l’Assemblé générale des Nations
Unies, qui aurait procédé à la partition de la Palestine mandataire entre
deux Etats, l’un juif et l’autre arabe – et en la guerre qui s’en est
ensuivie, menée par les Arabes dans l’espoir de détruire l’Etat d’Israël
naissant.

De nombreux Arabes palestiniens qui habitaient les zones de combat
abandonnèrent leurs foyers, soit à la demande des dirigeants arabes, soit
par crainte des combats ou de l’incertitude d’avoir à vivre sous la loi
juive. Il n’y aurait pas eu de problème palestinien si cette guerre n’avait
pas été imposée à Israël par les pays arabes voisins et par la direction
locale arabe.

Source 1 ; cliquez [ici -≤http://www.mfa.gov.il/MFA]

Expert – Réponse B : Le problème des réfugiés palestiniens est apparu, non
d’un conflit où, comme ils le prétendent, les sionistes sont venus à bout
contre toute attente des armées arabes et de ce qui restait de la population
palestinienne restée volontairement, mais d’une politique systématique de
nettoyage ethnique (..)

Terrorisme et dépossession : les groupes juifs terroristes clandestins,
comme la Haganah, l’Irgoun et le groupe Stern, ont eu pour mission de
terroriser la population palestinienne, détruire les villages et massacrer
des familles entières : 34 massacres ont été perpétrés en quelques mois (…)
Ces attentats étaient destinés à annihiler le territoire palestinien et sa
population tout entière (…) Les forces israéliennes ont tué environ 13 000
Palestiniens. Elles ont expulsé par la force 737 166 Palestiniens de leur
terre et de leurs maisons.

Source 2 : cliquez [ici :

 >http://www.miftah.org/Display.cfm?DocId=10241&CategoryId=4]

Alors, comment reconnaître quand un « Expert du Proche-Orient » ment ?

1. L’Expert sait avec certitude lequel des deux côtés (un seul) est
responsable du conflit israélo-palestinien, et lequel (le même) est
responsable de l’échec des efforts de paix.

2. L’Expert traite les victimes civiles d’un seul côté comme des individus,
mais estime que la population tout entière de l’autre est collectivement
responsable de la violence.

L’Expert parle comme si la population civile tout entière de l’autre
(appelons-le le Côté Obscur) était directement et activement complice, et
donc complice de tous les excès commis en son nom, et qu’elle mérite donc
toute sanction, condamnation ou punition collective que la population
civile du Côté Obscur est près de subir.

3. Guide de terrain

 Le Côté Obscur commet des atrocités, des crimes de guerre et des crimes
contre l’humanité

 Le Côté de l’Expert exerce son droit à l’autodéfense

 Le Côté Obscur viole les accords de paix en toute impunité

 Le Côté de l’Expert ne peut avancer compte tenu de la mauvaise foi du Côté
Obscur

4. L’Expert suggère, sous-entend ou déclare carrément que les actes du Côté
Obscur sont comparables à ceux des Nazis

5. L’Expert commence souvent en disant : « Au fond, ce conflit est
extrêmement simple »
.

6. L’Expert défend une solution à un seul Etat, mais ne le dit pas
clairement.

Nous sommes ici à l’intersection entre le mensonge et la vraie croyance.

Dans certains cas, le côté obscur qu’il y a à se déclarer pour un seul Etat,
ou bien l’utilisation d’expressions toutes faites comme : « Ce n’est pas à
moi de dire quelle est la solution, mais seulement de faire entendre la voix
de ceux qui ne sont pas entendus »
peut avoir un rapport avec le fait de ne
pas vouloir dire clairement qu’on ne pense pas qu’il devrait y avoir une
Palestine du tout, ou qu’Israël ne devrait pas continuer d’exister du tout
[[La croyance non déclarée des Vrais Croyants est que le temps est de
leur côté, et seulement du leur. Leur raisonnement : si les tendances et les
processus historiques qu’on observe se poursuivent, mon côté aura son Seul
Etat. (note de l’auteur)]]. En particulier quand une solution à deux Etats, si difficile qu’elle
soit à mettre en œuvre, est l’objectif (en tout cas déclaré) de la plupart
des acteurs du conflit, dont l’administration Obama, les Nations Unies,
l’Autorité palestinienne et Benjamin Netanyahou.

Pour différentes raisons, l’Expert favorable à un seul Etat peut s’en
prendre à toute les autres options en procédant par élimination : « Le plan
de paix A ne peut pas être appliqué, le plan B entraînerait une guerre
civile, le plan C causerait des milliers de morts, le plan D équivaudrait à
un génocide »
, etc.

Ou bien, les partisans d’un seul Etat peuvent utiliser le mensonge pour
renforcer leur Côté préféré :

 ‘Les juifs devraient pouvoir vivre n’importe où à Jérusalem-Est. Après
tout, les Arabes peuvent vivre n’importe où à Jérusalem-Ouest »
. (Faux)

 « Les dirigeants arabes se sont toujours conduits envers leurs sujets juifs
en leur garantissant tolérance, respect, sécurité et liberté »
. (Faux)

Etrangement, que ce soit dans le cas des Vrais Croyants, pro-israéliens ou
pro-palestiniens, en leur solution respective pour un seul Etat, la tactique
est la même : faire échouer, saper ou encore geler tout accord de paix
israélo-palestinien.

Et quid des autres ? La réponse de l’Expert peut être très complexe mais au
fond, elle sera :

« Ils ont eu leur chance ».