Avant la pose des fondations

Thème : Économie, infrastructures

Ha’aretz
mis en ligne le 17 décembre 2009
par Shaul Ariéli

Officier supérieur aujourd’hui en retraite de l’armée israélienne, il a commandé des unités de Tsahal dans la bande de Gaza, avant de devenir chef de délégations dans les négociations israélo-palestiniennes sous les gouvernements Rabin puis Barak.

Membre du Conseil pour la paix et la Sécurité, ses analyses font autorité en Israël où il est considéré comme un expert dans les domaines diplomatique et économique. Il nous livre ici ses commentaires sur l’appel de Benjamin Netanyahou à une « économie pacifique ».

L’ambiguité de la formule ne laisse pas de questionner la traductrice, tant il pourrait s’agir d’une « économie de paix » par opposition aux austères « économies de guerre », aussi bien que d’une « paix par l’économie »... Mais le modèle européen du Marché commun ne saurait suffire à régler les complexes problèmes politiques qui voient s’affronter Israéliens et Palestiniens, face à face ou au sein de leurs sociétés respectives.

D’autant que cette bonne volonté affichée en matière de commerce se heurte à la réalité des colonies en volume croissant, des barrages et des interdits - au bout du compte, d’une domination et d’une asphyxie non moins affichées !

http://www.haaretz.com/hasen/spages...

Traduction : Tal pour La Paix Maintenant

La logique de la feuille de route et de “l’économie pacifique“ de Benjamin Netanayu répond à l’exigence israélienne qu’un État palestinien soit construit avant la discussion et la mise en place d’un statut définitif ou, du moins, pendant les négociations. Une Autorité palestinienne stable, gouvernant bien et faisant respecter la loi et l’ordre, apaiserait les craintes nourries par les Israéliens d’une nouvelle flambée de violence faisant d’eux la cible des armes de la police palestinienne et assurerait leur appui aux "concessions douloureuses".

Mais un processus si bienvenu - que le Quartet soutient et dans lequel les États-Unis s’engagent par la voix du général Keith Dayton - a fort peu de chances d’arriver où que ce soit du fait de la réalité créée sur le terrain par Israël : l’expansion de l’entreprise de colonisation, la croissance des avant-postes illégaux et l’impuissance des forces de sécurité, l’opposition des dirigeants des colonies à la levée des barrages, et l’interdiction faite aux Palestiniens d’emprunter les routes principales passant à proximité d’implantations juives.

Le défi lancé aux Palestiniens par le chef d’état-major de Tsahal, Gabi Ashkenazi, leur disant, "Plus vous en ferez, moins nous en ferons", a été relevé avec enthousiasme. Au cours de l’année écoulée, un certain nombre de bataillons entraînés par les Américains en Jordanie ont pris le contrôle du district de Jénine, où l’on ne compte pas d’implantations israéliennes, de même qu’à Naplouse, Bethléem et dans les environs de Hébron, le tout à la satisfaction des forces israéliennes de Défense.

La suppression de barrages dans ces zones, jointe à la montée de l’activité économique des Arabes israéliens en Cisjordanie et au plan d’encouragement aux PME du Premier ministre palestinien Salam Fayed avec le concours de l’aide internationale, ont prévenu un effondrement complet de l’économie palestinienne. Pour la première fois depuis 2001, ses résultats ont même connu une légère amélioration.

Mais il est apparu ces derniers jours que plusieurs centaines de policiers palestiniens récemment arrivés au terme de leur entraînement avaient été déployés à Jéricho et non, comme prévu, à Ramallah. Ce district, dont les secteurs juifs relèvent du Conseil de la région de Benjamin, comporte de nombreux avant-postes illégaux et plus de 90 barrages sur des routes menant des villages arabes aux portes de Ramallah, et les Palestiniens y ont l’interdiction d’emprunter la route 443, qui relie les terres agraires de l’intérieur au centre urbain de Ramallah. Deux grands axes y sont en outre réservés à l’usage exclusif des Israéliens. Tout cela rend la circulation des biens impossible, de même que la coordination conditionnant la libre circulation de la police palestinienne dans les zones palestiniennes.

Tant "l’économie pacifique" que le plan de Salam Fayed pour l’établissement d’un État palestinien supposent l’adoption par le gouvernement israélien de mesures immédiates : évacuer des avant-postes illégaux, comme promis aux Américains ; lever la plupart des barrages ; et faire de la vallée du Jourdain et du désert de Judée un espace où la vie sera de nouveau possible aux Palestiniens. Il faut, qui plus est, ouvrir des routes à la circulation des Palestiniens et des corridors à l’usage régulier de la police palestinienne.

Ces mesures, jointes à l’octroi aux entreprises palestiniennes de permis d’opérer en zone C et du libre accès au marché extérieur, Israël inclus, pourraient favoriser l’émergence côté palestinien de l’économie et du gouvernement souhaités. Elles feraient également obstruction aux critiques du Fatah et du Hamas contre la coopération de Fayed avec Dayton ; il est des membres du Fatah pour redouter une montée en prestige de Salam Fayed, et le Hamas se plaint de ce qu’il appelle "l’armée palestinienne de Dayton".

En l’absence de telles mesures, et au vu de l’impasse diplomatique, la construction de l’État palestinien sera stoppée avant même la pose de ses fondations. Israël ne peut tirer tous les bénéfices à la fois. Les forces de sécurité palestiniennes préféreraient faire front avec leurs opposants plutôt que prendre part à un processus sans espoir d’aboutir à un État palestinien. Les investissements étrangers, sensibles à l’instabilité politique, iraient s’amoindrissant. À défaut, c’en serait fait de la croissance économique rapide et de l’idée d’une paix économique dès lors morte et enterrée.