Il faut une barrière non agressive


article en anglais sur le site d’Haaretz


La barriere de securite a occupe une bonne part des discussions menees
ce week-end a Washington par le Premier ministre palestinien Mahmoud
Abbas, et continuera probablement a le faire lorsque le Premier ministre
Ariel Sharon rencontrera le President Bush et ses principaux conseillers
demain dans la meme ville. Les prises de positions adoptees par Bush
vendredi montraient a l’evidence combien il avait ete impressionne par
les vigoureuses critiques des Palestiniens concernant le trace prevu
pour la barriere, qui menace d’absorber d’assez larges pans de la Rive
occidentale du Jourdain en annexant certains villages, tandis qu’elle en
coupe d’autres de leurs terres. Bush a use de reserves significatives
pour evoquer “le mur*qui se deploie a travers la Cisjordanie”, le
qualifiant de probleme a resoudre par Sharon.

Ces difficultes sont particulierement evidentes dans la region d’Ariel,
ou son trace se tord sur 90 kilometres pour entourer la cite juive
edifiee au cœur de la Samarie ainsi que les implantations environnantes,
plus petites. Le parcours envahissant de la barriere selon les plans
actuels, les soupçons qu’il fait naitre parmi les Palestiniens, les
discussions en cours a Washington et les reserves emises par
l’administration (americaine), tout fait de la cloture une question
politique en depit des declarations officielles d’Israel declarant
qu’elle est denuee de toute signification politique et n’a d’autre
objectif que purement securitaire. Tout ceci est regrettable.

A l’origine, la barriere a ete conçue pour resoudre le probleme de
securite pose par l’inacceptable facilite avec laquelle les terroristes
parvenaient a franchir la ligne de Couture**pour venir commettre des
actes de terreur en Israel. Les experiences de la Bande de Gaza et de la
frontiere nord ont prouve qu’une cloture, alliee a des mesures de
defense active, pouvait sensiblement ameliorer les conditions de
securite. Selon Ehud Barak, responsable en tant que Premier ministre de
la campagne militaire menee contre l’Intifada durant ses premiers mois,
environ 500 des 800 morts israeliens auraient pu etre epargnes si la
barriere s’etait deployee tout au long de la Couture. Le gouvernement
Sharon a mis longtemps a en decider l’erection, et meme apres que la
decision de principe eut ete prise, les travaux n’ont progresse que
paresseusement – en bonne part du fait des pressions exercees par les
colons et leurs allies politiques, qui s’opposaient a la cloture de
crainte qu’elle ne coupe les implantations de l’Etat d’Israel.

La partie nord de la barriere est achevee et, d’apres certains experts,
on peut deja en ressentir les benefices sur le terrain. Le parcours
tortueux prevu dans sa partie centrale a partir du sud de Qalquilyah a
ete propose pour apaiser les colons. Mais deux nouveaux dangers sont
apparus. Si le Premier ministre s’obstine a suivre le trace prevu, il
risque une confrontation avec l’administration [americaine]. Il aura
probablement la sagesse de l’eviter, de peur d’un choc frontal avec
Washington. Mais s’il doit pour cela stopper la construction de la
cloture, il sera egalement perdant, car la logique qui la rend
necessaire n’a pas faibli a l’ere de la hudna.

La conclusion qui s’impose est que Sharon doit convaincre ses hotes a
Washington que la barriere repond a des besoins de securite suivant un
trace qui n’englobe pas de territoire palestinien.

_-_NOTES____________________________________________

* “Wall” versus “fence” : Les Français gratifient cette construction
heteroclite de grillages ou de blocs de beton, parfois doubles de
protections electroniques, de l’appellation “mur”. Nous avons ici
reserve l’emploi de ce mot (“wall”) a sa seule occurrence, dans la
bouche de George Bush ; la redaction de Ha’aretz use quant a elle du
terme “fence”, que nous avons traduit indifferemment par “barriere” ou “cloture”.

** La ligne dite “de Couture” est l’actuelle ligne de demarcation entre
Israel et les Territoires ; elle adhere dans l’ensemble aux frontieres
anterieures a la guerre des Six Jours, ou Ligne verte, mais s’en ecarte
parfois, en particulier dans les zones annexees.