Le président palestinien se voit pris entre ses engagements vis-à-vis d’Israël et des États-Unis et les exigences du Hamas et de son opinion publique.


La réactivation par le président palestinien Ma’hmoud Abbas du processus de conciliation entre le Hamas et l’OLP semblait souhaitable afin de mener Israël à des négociations sérieuses. Mais la volonté israélienne faisant défaut sur ce point, Abbas pourrait se trouver face au néant, tel le troupeau mené à l’abattoir, conduit malgré lui à un accord [avec le Hamas] et à un cycle de violences – à moins que les Américains ne renoncent à quitter la partie dans les délais qu’ils se sont eux-même imposés.

De longs mois durant, Abbas a été témoin de la faiblesse du Hamas, qui regrette son choix historique de se présenter aux élections, et même de les gagner, en 2006. Celui-ci a perdu le soutien de l’Iran, de la Turquie, du Qatar et de l’Égypte de Morsi, suite aux changements qui y sont intervenus, tout spécialement en Égypte. Tout cela joint à la prise de conscience éprouvante qu’il ne saurait rester au pouvoir tout en poursuivant la lutte armée contre Israël. Pour le Hamas, le gouvernement d’union avec le Fatah de Mahmoud Abbas constitue une porte de sortie afin d’échapper à ses responsabilités dans la gestion des problèmes de Gaza, au premier rang desquels les salaires [des fonctionnaires] et la crise de l'[approvisionnement en] eau et électricité.

Abbas – qui entend user de la réconciliation avec le Hamas pour ramener Israël à la table des négociations sur les frontières, tout en obtenant la libération de prisonniers palestiniens, le gel de la construction dans les implantations et un engagement américain plus pressant dans les pourparlers – n’a pas l’intention d’obéir aux diktats du Hamas pour y parvenir.

La semaine dernière, Abbas a posé des conditions visant à paralyser le rapprochement ou du moins, si cela se révélait impossible, à en faire payer le prix fort au Hamas. Alors que ce dernier va répétant que le gouvernement d’union ne reconnaîtra pas Israël, que son entrée au sein de l’OLP permettra la constitution de nouvelles alliances internationales et qu’il pourra conserver sa puissance de feu, Abbas proclame que le «gouvernement d’union sera un gouvernement de technocrates indépendants non nommés par les organisations [politiques], reconnaîtra Israël, renoncera à l’action violente et honorera les accords internationaux».

Abbas n’a pas encore promulgué l’ordre présidentiel d’entamer les consultations en vue de la formation du gouvernement. Qui plus est, le chef de la délégation du Fatah aux pourparlers en cours à Gaza, Azzam al-Ahmad, n’a pas tenu de conférence de presse à l’issue des réunions de la semaine.

Ainsi Abbas progresse-t-il “sur le fil du rasoir”. Il pourrait se retrouver en situation de rêver à la reprise des négociations tandis qu’Israël et les États-Unis vaquent à leurs propres affaires. Il sera difficile d’expliquer à l’opinion palestinienne – qui attend depuis longtemps une réconciliation Fatah-Hamas dont Abbas s’est montré le plus grand adversaire – pourquoi il ne va pas au bout du processus.

Même si la réconciliation s’opère, permettant à Abbas de revenir devant les Nations unies en représentant de l’ensemble des Palestiniens vivant dans les «frontières de la Palestine de 1967» [1], reconnue comme État, afin d’y voir confirmer son statut de membre de l’organisation – l’éventualité d’obtenir cette approbation en l’absence d’un changement drastique de position du Hamas, classé parmi les groupes terroristes, est mince.

Faute d’alternative, Abbas pourrait être poussé à contredire ses professions de foi et opinions personnelles, opposées à la violence, et à creuser la faille apparue pour la première fois cette semaine sous forme d’une déclaration selon laquelle «l’appareil de sécurité palestinien n’a en rien failli à ses fonctions. Chacune des actions armées [menées] contre les colons israéliens ou contre Tsahal [2] s’est produite en dehors des zones sous notre contrôle». En d’autres termes, Abbas limite artificiellement ses responsabilités et prétend à l’innocence quant à la zone A, voire B, bien que des Palestiniens y résidant soient à l’origine des attentats commis en zone C [3].

Un tel scénario ne servira personne, à l’exception de ceux qui voient dans la violence une justification à leur politique et une occasion d’atteindre leurs objectifs par la force. Les cycles de violence des deux dernières décennies ont montré que cela ne s’est pas produit, et les deux parties se sont vues contraintes de céder aux instances des États-Unis et de revenir à la table des négociations. On peut espérer que les Américains seront assez avisés pour formuler leurs propositions avant que la violence n’éclate.


NOTES

[1] Les frontières, donc, antérieures à la guerre des Six Jours et délimitées par la ligne verte.

[2] Acronyme de Tsvath Haganah leIsrael, les Forces de défense d’Israël.

[3] Établies à titre transitoire par les accords d’Oslo – mais comme on sait le provisoire a une fâcheuse tendance à durer – ces zones sont : en ce qui concerne la A, sous contrôle palestinien complet ; pour la B, où opèrent des patrouilles conjointes, sous contrôle civil palestinien et militaire israélien ; et enfin pour la C sous contrôle israélien complet, tant civil que militaire.