1)Pourquoi une telle clôture ?
La décision de construire une clôture de sécurité a été prise au début de la seconde Intifada pour faire face à une vague exceptionnelle d’attentats très meurtriers. Cette décision a été prise par le premier ministre d’alors : Ehud Barak.
L’objectif est d’assurer la sécurité d’Israel sans tomber dans le piège d’une escalade sans fin de la violence. Elle est donc aussi un moyen de sortir de l’occupation. Sans être la panacée, elle présente l’intérêt pragmatique de séparer des belligérants surexcités.
Cette solution tire sa crédibilité d’une expérience similaire : aucun terroriste palestinien n’a pu s’introduire en Israel à partir de la bande de Gaza depuis qu’un mur de sécurité identique l’entoure ; alors que cette zone est encore moins stable.
Les conséquences bénéfiques peuvent être aussi de matérialiser une frontière tant réclamée, et de mettre les colons en porte à faux.
2)Légalité d’une clôture mais pas de cette clôture
Tout pays souverain a le droit de construire une clôture sur le long de sa frontière internationalement reconnue, à condition que cette construction se fasse sur son propre sol.
La clôture construite par l’actuel gouvernement est sur le sol palestinien, et parfois loin de la frontière internationalement reconnue, celle d’avant Juin 1967. Elle est donc parfaitement illégale.
3)Objectifs politiques de ce mur
Le but officiel (et réel) est de protéger les israéliens des attaques terroristes. Il y a toutefois une ambivalence entre la raison officielle et la réalité.
La réalité est que ce gouvernement utilise cette clôture pour imposer des frontières établies, comme une sorte d’aboutissement d’une politique de faits accomplis dans les territoires occupés. En effet, elle s’efforce d’inclure l’essentiel des colonies du coté israélien, sans entraîner de retrait de l’armée.
Des arabes israéliens très liés à des palestiniens (frontaliers par exemple), notamment par des mariages, sont devant le choix suivant : couper les ponts avec leurs liens palestiniens, ou aller vivre en Palestine en perdant leur nationalité israélienne. Les juifs vivant dans les colonies en Cisjordanie peuvent aller et venir librement d’un territoire à un autre.
4)Caractéristiques de cette clôture
Cette clôture (le plus souvent des barbelés électrifiés) s’étend sur plusieurs centaines de km. Sur certains tronçons, il s’agit d’un véritable mur faisant jusqu’à 8m de haut. En certains endroits, il y a même 2 murs espacés de 50 m. Il n’est pas exclus qu’une part plus importante de la clôture soit changée en mur à mesure que les travaux avancent.
Certains points de passage sont prévus.
Son tracé exact est difficile à établir, tant les cartes divergent d’une organisation à une autre, mais aussi du fait que le chantier n’est pas encore achevé.
5)Conséquences sur le terrain de la construction de ce mur
La construction de ce mur entraîne des confiscations de terres importantes, privant leurs exploitants de ressources. Aucune compensation à ces confiscations n’est prévue. Le seul (et mince) recours possible est devant la cour suprême d’Israel.
La construction de cette clôture dans de telles conditions, risque fortement d’accroître la violence, y compris dans les zones jusque là complètement calmes.
Les confiscations de terres ont parfois entraîné des vols d’arbres.
De plus, l’enchevêtrement des populations peut avoir des conséquences dramatiques : des palestiniens se trouveront du côté israélien de la clôture. Le tracé est parfois fortement dévié pour les colonies excentrées.
D’après un rapport publié par le bureau de l’ONU pour la coordination des Affaires humanitaires (OCHA), la ligne de sécurité, une fois achevée, sera quatre fois plus longue que la ligne verte, annexera de facto 15% de la Cisjordanie et affectera la vie quotidienne de quelque 680 000 Palestiniens.
Pour certains, il s’agit même d’une véritable scarification d’une terre si chérie.
6)L’avenir de cette clôture
Une telle séparation physique n’a pas vocation à exister pour l’éternité ; c’est certes une aberration, mais c’est aussi un passage obligé pour un retour au calme et pour permettre aux deux peuples de construire leurs destins nationaux avant de commencer à tisser des liens qui rendront toute clôture caduque : deux pays ne peuvent s’unir que s’ils sont souverains.
7)Conclusion
Une clôture est nécessaire dans l’état actuel des choses, même s’il ne faut pas oublier qu’« Il faut des ponts, pas des murs. ».
Le mur construit par le gouvernement actuel impose un fait accompli et peut compromettre irrémédiablement toute chance d’une paix durable dans la région.
Vouloir construire une séparation sécuritaire et non politique, c’est accroître le contrôle de la population palestinienne.
A l’inverse, nous voulons une séparation politique, si possible négociée, au besoin fortifiée. Si elle ne peut être négociée, elle doit se faire sur la frontière internationalement reconnue, sinon elle devient illégitime, comme c’est le cas.