Le débat qui n’a pas lieu
Alors que beaucoup déplorent que les modérés israéliens comme palestiniens ne se fassent pas entendre davantage, force est d’admettre qu’en France, où l’on n’est pourtant pas au cœur de la tragédie, les extrémistes ne sont pas en reste.
Du côté pro-israélien, on trouve les gros bras de la "Ligue de Défense Juive" (LDJ), avatar du parti israélien Kach, interdit pour ses positions racistes. Ils ont à leur actif des agressions répétées contre des militants pro-palestiniens et des citoyens d’origine arabe. Les Amis de La Paix Maintenant ont fait les frais de leurs actions de "défense" lors de la manifestation du 7 avril 2002.
Le Betar, mouvement de jeunesse international du Likoud dont la branche française n’a plus d’encadrement depuis un an, est généralement vu comme le tremplin, pour ses membres les plus radicaux, vers la LDJ.
"En face", difficile évidemment de répertorier les mouvements, organisés ou non, par lesquels sont perpétrées les agressions antisémites [1]. On ne peut qu’en constater les inquiétantes statistiques.
Ce qui est peut-être plus inquiétant encore que les agressions elles-mêmes, c’est la banalisation des discours haineux qui les engendrent. Dans ce domaine, de nombreux partis, syndicats et organisations, des plus obscurs à ceux qui ont pignon sur rue, portent une part de responsabilité.
D’un coté, certaines organisations juives, le CRIF en tête, peinent à prendre position clairement contre les actions inacceptables de la LDJ. On fait appel a des membres du Betar pour assurer le service d’ordre dans certaines manifestations, sans se préoccuper de savoir si le Betar est encore un mouvement contrôlable.
De l’autre, on tolère des inscriptions associant l’étoile de David et la croix gammée ou assimilant sionisme et nazisme. "Sioniste" est devenu une insulte sans que cela choque grand monde : un mouvement de libération national est nécessairement "impérialiste" dès lors qu’il n’est pas strictement issu du Tiers-Monde.
Enfin, les amitiés parfois contre nature tissées par certains groupes, depuis le début de la deuxième Intifada, avec des courants extrémistes du paysage politique français traditionnel laissent entrevoir où pourrait aboutir cette surenchère de radicalisation des idées. Ainsi, le révisionniste Roger Garaudy exposé à l’université Paris 8 (Saint-Denis) à l’initiative (ou tout au moins avec la complaisance) de l’Union Générale des Etudiants Tunisiens ; ou encore Alexandre Del Valle, issu de l’extrême-droite radicale, qui après avoir pris fait et cause pour le sionisme, est en passe de devenir le porte-parole d’une frange non négligeable de la communauté juive.
Cette poussée vers les extrêmes n’est que la conséquence logique d’un débat qui n’a pas lieu : d’un côté le soupçon systématique d’antisémitisme, de l’autre le soupçon de soutien inconditionnel aux gouvernements d’Israël quoi qu’ils fassent, avec entre les deux une vision caricaturale du conflit tel qu’il se déroule au quotidien. Il faut alors une énorme volonté d’ouverture pour ne pas céder à la tentation de ne parler qu’à ceux qu’on a envie d’écouter.