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Nous ne permettrons pas l’anarchie

mis en ligne le lundi 27 décembre 2004
par Amos Harel

Moralité de l’action armée, confrontation avec les colons, conflit d’autorité avec les rabbins des Territoires : toutes questions traitées sans complaisance par l’actuel chef d’état-major des Forces de Défense d’Israël, Moshé Yaalon.

http://www.haaretz.com/hasen/spages...

Ha’aretz, vendredi 24 décembre 2004

(trad. Tal Aronzon pour La Paix Maintenant)

Au cours d’une visite au régiment stationné à Beith El, dans la région de Ramallah, le chef d’état-major Moshé Yaalon a, pour la première fois, fait vibrer le pendule des deux côtés en même temps, évoquant tout ensemble les cas récents d’exactions de soldats contre des Palestiniens et les craintes d’un refus massif de servir de la part des milieux religieux à la veille de l’évacuation.

• L’armée doit se conformer aux valeurs morales de la société

Interrogeant les officiers sur les « incidents engageant la moralité » intervenus dans leurs unités, [Yaalon obtint des réponses contrastées]. Pour la plupart, la situation actuelle est de loin meilleure que celle connue par eux alors qu’ils étaient eux-mêmes soldats ou tout jeunes officiers, vers la fin de la première Intifada : « Il y a toujours eu, et il y aura toujours des exceptions. Aujourd’hui, nous poussons plus les enquêtes. Le commandement s’implique plus dans ce qui se passe, et les règles de conduite sont plus claires aux yeux des soldats. »

La couverture médiatique préoccupe les officiers. L’un d’entre eux dit avoir interdit à ses subordonnés de prendre leur appareil photo en cas d’arrestations à opérer, de crainte de laisser le champ libre à des photos-souvenir humiliantes pour ceux que l’on arrête. Un autre suggéra des entretiens avec les soldats avant leur démobilisation [...] pour les dissuader de propager des informations mauvaises [pour l’image de Tsahal], espérant ainsi éviter tout rapport avec le mouvement Brisons le Silence [1]. [...]

Un troisième afficha ses divergences avec « ces propos, comme nous contrôlions la situation, et que les choses soient allées moins bien par le passé, mais que nous soyons, en fait, l’armée la plus morale du monde. Ce n’est pas le message que nous devrions transmettre. Il faut que tous comprennent que l’armée doit agir à l’unisson des fondements éthiques de la société. Les médias m’importent peu [...] Les cas exceptionnels demandent plus qu’un intérêt ponctuel, ils interpellent les officiers et exigent de prendre de la hauteur de vue. Le problème moral commence quand il cesse d’être un souci constant. »

Le chef d’état-major se montra d’accord : « Moi non plus, je n’aime pas trop les proclamations d’auto-satisfaction quant à notre supériorité morale », a indiqué Yaalon, se démarquant du ministre de la Défense Shaul Mofaz et du Premier ministre Ariel Sharon qui décrivaient ainsi Tsahal il y a tout juste deux semaines.

« Nous devons prouver [notre morale] jour après jour. C’est à nos actes de parler pour nous et pas le contraire. Nos soldats ont besoin de tout notre soutien, mais quand ils se livrent à des faits répréhensibles, nous devons réagir. Si nous assignons à un soldat la difficile mission de garder un barrage, nous ne lui donnons pas pour autant la permission de casser les phares du taxi dont le chauffeur lui a déplu. »

« J’ai vu des unités sur une pente glissante. La question est de savoir ce que font les officiers quand ils ont connaissance d’un incident : s’en occupent-ils ou l’ignorent-ils ? Demandent-ils qu’un rapport soit fait ? C’est dans les unités faibles, là où les officiers ont peur de traiter ce genre de choses, que cela arrive. Heureux celui qui veille en permanence. »

• Tsahal prêt à se passer des soldats qui suivent leurs rabbins plutôt que leurs officiers

Le chef d’état-major Moshé Yaalon a déclaré cette semaine, au cours de cette même réunion avec les officiers des régiments et unités servant dans la zone de Ramallah [2], qu’aucun soldat affecté à l’évacuation des colonies n’en serait exempté pour objection idéologique. D’après lui, les soldats doivent obéir à l’autorité de leurs officiers, non à celle de leurs rabbins [3].

« Aucun soldat soumis à une autorité autre que celle de son commandant ne saurait demeurer dans nos rangs. Si un militaire nourrit des doutes, il n’a pas sa place parmi nous. Seuls ceux qui auraient à évacuer leur propre famille feront exception. Ils ne seront pas affectés à cette mission », a-t-il ajouté.

« Mais nous ne ferons pas de rabais, ni aux étudiants incorporés dans le cadre du hesder [4], ni aux résidents des implantations, s’ils ne sont pas apparentés aux personnes à évacuer. Si j’affecte les porteurs de kippah à des tâches annexes, je perpétuerai le refus gris [5]. »

« Nous ferons ici preuve exactement de la même fermeté qu’avec les pilotes et les membres de la Sayereth Matkal [6] signataires de lettres de refus de servir dans les Territoires, que nous avons démis. Nous ne pouvons pas nous laisser aller à l’anarchie », a-t-il encore dit.

« Il est très pénible d’exécuter la décision d’évacuer les colonies, et c’est précisément pourquoi il nous faut être très clairs : il n’y a qu’une autorité et une seule à l’armée. Sinon, un désastre pourrait se produire, un processus de désintégration. Certains rabbins sont déjà prêts à réagir publiquement contre le refus. Je crois possible d’en convaincre d’autres, qui sont encore hésitants. »

• Quand les actes se joignent à la parole

Si le haut commandement a pu donner l’impression ces derniers mois de zigzaguer dans la gestion des incidents mettant l’éthique en jeu [...], le message aujourd’hui semble s’être affûte. La tentative est réelle de préciser clairement les limites entre ce qui est permis et ce qui l’est pas, et de s’occuper des cas où elles sont dépassées. C’est ainsi qu’une circulaire émanant de Moshé Yaalon a été distribuée cette semaine aux officiers, posant noir sur blanc l’interdiction d’achever les blessés. [...]

S’il y a quelque espoir dans la mise de Tsahal à la dure épreuve de ses valeurs, il réside dans [...] la récente affectation dans les Territoires d’un groupe d’officiers supérieurs issus des unités d’élite [...] tous dotés d’une vaste expérience et aptes à comprendre pleinement la complexité du travail sur le terrain - y compris au plan légal et dans leur rapport aux médias [7].

[1] « Shovrim Shtikah » (litt. « Nous brisons le silence »), s’est constitué autour d’un groupe de soldats démobilisés qui ont voulu faire connaître, par une exposition, les humiliations et exactions diverses auxquelles les soldats sont tentés de se livrer, et pour certains se livrent, tension aidant, dans les Territoires.

[2] Unités qui ne participeront probablement pas au retrait de la bande de Gaza, mais pourraient être amenées à évacuer des avant-postes dans les zones de la Cisjordanie où elles sont stationnées.

[3] Ce paragraphe de synthèse introduisait dans Ha’aretz du même jour une « brève » concernant la déclaration de Moshé Yaalon : « IDF to oust troops who obey rabbis rather than officers », par Amos Harel

[4] Le « hesder » combine service militaire et formation religieuse traditionnelle en yeshivah.

[5] Les ultra-orthodoxes sont communément désignés par la couleur noire de la tenue h’assidique... Par extension, « gris » est devenu le surnom de ceux qui s’engagent tout à la fois dans le camp religieux et le camp national.

[6] Unité d’élite, dont les combattants sont, de même que les pilotes, considérés comme la crème d’une société où la guerre n’a encore jamais fait vraiment relâche.

[7] Synthèse de la traductrice.

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