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Pas une colonie de plus !

mis en ligne le mercredi 22 décembre 2004
par Editorial de la rédaction d’Ha’aretz

« La promesse est une chose, le clin d’œil une autre et la construction une troisième ». Rappelant l’usage fait par le passé de cette méthode et les intenses opérations de défrichement signalées en Cisjordanie (notamment par l’Observatoire des colonies de Shalom Ah’shav), la rédaction de Ha’aretz appelait le week-end dernier à la vigilance. Le retrait de Gaza doit être la première étape d’un plan politique global menant à un accord sur la mise en place d’un État palestinien aux côtés d’Israël, non un trompe l’œil légitimant les implantations de Cisjordanie

Éditorial de la rédaction de Ha’aretz

(trad. Amos Waintrater, Étudiants La Paix Maintenant)

C’est peut-être la raison essentielle qui devrait pousser le parti travailliste à entrer au gouvernement à tout prix : veiller à ce qu’Ariel Sharon ne se laisse pas emporter par ses vieux réflexes, et ne cherche à emplir la Cisjordanie de nouvelles colonies pendant que l’évacuation de Gaza retiendra l’attention générale.

Nous écrivons ceci alors que l’État d’Israël vient de donner sa réponse officielle à une plainte déposée devant la Haute Cour de Justice par la localité de Nirit contre la construction de Nof HaSharon, une nouvelle colonie comprenant 12 000 logements. Dans sa réponse à la Cour, le représentant du procureur a affirmé que la « feuille de route » signée par le gouvernement n’engageait pas ce dernier d’un point de vue légal, malgré l’engagement pris de ne construire aucune colonie supplémentaire.

Un exercice d’acrobatie juridique aussi étrange révèle une attitude bien peu encourageante au sein du gouvernement Sharon. Il n’est pas imaginable que ce dernier exige des Palestiniens qu’ils respectent les engagements par eux pris dans le cadre de la « feuille de route » en matière de lutte contre le terrorisme, tout en ignorant les siens propres quant à l’arrêt de la construction de colonies.

Le large soutien dont jouit actuellement Ariel Sharon vient de sa décision d’ouvrir une nouvelle page politique. Mais ce soutien n’est pas inconditionnel. Les raisons de suspecter Ariel Sharon demeurent réelles et solides et nous avons eu plus d’une fois l’occasion de les exprimer dans ces colonnes. Il est encore possible que le processus de désengagement de Gaza ne soit rien d’autre qu’un exercice destiné à légitimer les colonies de Cisjordanie. Le silence récent des dirigeants des colons est à cet égard surprenant et l’on en vient à se demander si certaines promesses ne leur auraient pas été faites en catimini.

Cette impression se renforce à la lecture des rapports d’observation publiés par Shalom Ah’shav et d’autres organisations, qui notent l’intense opération de défrichement de terrains en cours en Samarie, au Goush Etzion et à Maale Adoumim, afin de poser de nouveaux faits accomplis. Et l’on suspecte le gouvernement de chercher à créer une nouvelle carte des implantations juives en Cisjordanie, avant que les Américains ne dressent la leur. De plus, malgré la décision d’évacuer une centaine d’avant-postes illégaux, ceux-ci existent toujours ; ils ont été reliés aux réseaux d’eau et d’électricité et continuent de s’agrandir.

Il faut espérer qu’une fois entré au gouvernement le parti travailliste ne s’en tiendra pas à de vains mirages quant à la nouvelle voie adoptée par Sharon, et n’hésitera pas à soutenir fermement l’arrêt total des investissements dans de nouvelles implantations et la fin du processus d’agrandissement de celles qui existent, fût-ce au risque de provoquer une crise et des élections anticipées. Le retrait de Gaza ne doit être que la première étape d’un plan politique global menant à un accord sur la mise en place d’un État palestinien aux côtés d’Israël.

La décision prise cette semaine par la commission des Finances de la Knesset d’allouer 500 000 shekels à des projets touristiques dans les colonies est rationnelle s’il s’agit de couvrir les frais des travaux achevés ; mais tout investissement ultérieur dans le développement des colonies et de leur environnement est totalement inacceptable. Cette mention, la plus importante, devrait figurer en tête de l’accord de coalition conclu avec le parti travailliste.

Ceux qui suivent de longue date l’évolution du projet de colonisation dans les territoires occupés savent que celui-ci a procédé en bonne part par degrés : « La promesse est une chose, le clin d’œil une autre et la construction une troisième ». Cette méthode n’est pas inconnue de Sharon et Il faut y mettre fin. Les colonies sont aujourd’hui le principal obstacle à la conclusion d’un accord avec les Palestiniens. A cette injustice de l’histoire, nous ne devons plus ajouter une seule colonie..

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