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Une guerre sans vainqueurs

mis en ligne le vendredi 22 octobre 2004
par Ze’ev Schiff

Introduction :

Voici donc le second volet de la serie d’interrogations soulevees en Israel a l’occasion de l’anniversaire de l’Intifada Al-Aqsa. Troisieme et dernier volet demain, avec l’article de Yoël Marcus


Associated Press, le 1er octobre 2004

Un certain nombre d’articles publies a l’occasion du quatrieme anniversaire des hostilites israelo-palestiniennes rappellent ce qu’on pouvait lire au terme de la guerre des Six-Jours. Des titres et des phrases comme "Sharon a vaincu", "Les conclusions tirees par Israel de la defaite du terrorisme", "Un succes d’une portee historique", "Une ecrasante victoire militaire", ou "La bataille entre la societe israelienne et la societe palestinienne est gagnee", en donnent un echantillon representatif.

A la fin de la guerre des Six-Jours, on savait que la guerre etait terminee. La victoire militaire etait sans ambiguite et perçue comme telle a travers le monde. Ce n’est qu’ensuite, quand la victoire se mua en occupation aux depens d’un autre peuple, qu’Israel se trouva entraine dans une serie d’autres guerres et combats.

Le conflit actuel, cependant, suit toujours son cours. Les resultats sur le champ de bataille ne sont que tactiques. Sur le terrain diplomatique, Israel a subi de severes defaites. Les negociations se sont interrompues et nul ne sait jusqu’ou le conflit va aller. Aussi les trompettes de la victoire sont-elles mensongeres.

De quoi se rejouissait-on ainsi ? Avait-on oublie qu’en 2004, a la date de Kippour, le conflit avait coute la vie de 97 Israeliens, pour la plupart des civils assassines dans des agglomerations situees au coeur du pays ? Les trompettes de la victoire s’expliquaient apparemment par le fait qu’Israel avait reussi a faire baisser le nombre des morts, qui etait de 214 en 2003 (la encore en majorite des civils et sur le front interieur). Cette chute peut effectivement etre vue comme un impressionnant succes operationnel, un succes obtenu par les services de securite du Shin Beth*, aides par d’autres. Compare a d’autres pays, dont les Etats-Unis, Israel excelle dans la lutte contre le terrorisme par sa rapidite de transmission des renseignements aux divers niveaux operationnels. Cela ne saurait cependant nous faire oublier que des Israeliens sont tues sans cesse. Des analyses fort optimistes ont ete publiees dans la presse et d’autres medias juste apres que deux bus aient saute avec leurs passagers a Jerusalem.

Il importe de rappeler ici les compte rendus de la conference de presse donnee a Herzlia en septembre 2003 par le chef du Shin Beth, Avi Dichter. Il y declarait que « l’Etat d’Israel n’assure pas a ses citoyens la securite a laquelle ils ont droit ». Sa mise en garde de l’epoque, selon laquelle « le calme de ces dernieres semaines est mensonger et nous endort » merite toujours autant notre attention. Dichter adopte une attitude beaucoup plus prudente que les multiples herauts de la victoire sur le terrorisme palestiniens. En quittant ses fonctions, le chef d’etat-major adjoint sortant, le major general Gabi Ashkenazi, se garda bien de parler de « victoire militaire » a propos de la lutte contre les Palestiniens. A l’entendre, « le succes dans la guerre contre le terrorisme consiste a le ramener a un seuil acceptable. Il n’y a pas de victoire classique dans la guerre contre le terrorisme palestinien. Les officiers sur le terrain vous le diront aussi. Nous ne stopperons pas la terreur sans une cooperation avec les Palestiniens, qui n’existe pas ».

Societe contre societe

Et cela vaut egalement la peine d’ecouter les arguments des dirigeants palestiniens qui revendiquent la victoire comme leur. Ils affirment qu’en depit de la disproportion des forces en presence, ce sont eux qui ont gagne. « Comment interpreter le desengagement de Sharon, sinon comme l’aveu que la violence paye ? ! », disent-ils. « Peut-on comprendre l’enorme recul israelien sur le trace du mur autrement que comme une victoire palestinienne face a l’arrogance des Israeliens ? »

Et de fait, comment lire la resolution unanime de l’Assemblee generale des Nations Unies concernant la barriere apres que la Cour internationale de justice de La Haye ait formule son avis en la matiere ? Les cyniques diront que de telles resolutions ne changent rien a la presence de Tsahal dans les villes de Cisjordanie et ne relachent pas l’etouffante pression subie par les Palestiniens ­ mais elles portent atteinte a la position d’Israel sur la scene internationale. On peut douter de la capacite de Jerusalem a mener une guerre et une occupation sans fin dans un isolement total alors que des vagues d’antisemitisme deferlent en Europe et ailleurs.

En Israel, on parle beaucoup de la destruction de la societe palestinienne du fait des hostilites qu’elle a engagees avec Israel, de la severe detresse economique qu’elle connait, du taux massif de chomage et de la baisse drastique du niveau de vie. Tout ceci est vrai. mais les combats ont egalement secoue la societe israelienne. La pauvrete s’est accrue au cours des quatre annees ecoulees et les inegalites sociales grimpent aux cieux. Nombreux sont les soldats ayant pris part a la guerre dont les familles en sont reduites a la soupe populaire. La situation des Druzes, par exemple, dont le taux de conscription dans le cadre du service militaire est plus eleve que celui de leurs concitoyens juifs, s’est considerablement degradee ces dernieres annees. C’est vrai, la societe israelienne ne s’est pas effondree sous les coups des attentats-suicide comme les Palestiniens s’attendaient a ce qu’elle le fasse. La vie continue et la capacite israelienne a tenir le coup est impressionnante. Mais y a-t-il vraiment une victoire israelienne decisive de la societe israelienne sur la societe palestinienne ? Toutes les semaines, le jeudi, le porte-parole de l’armee publie la liste des actes de violence commis dans les Territoires. En tete vient le nombre d’attentats-suicide qui ont ete dejoues. Sonner les trompettes de la victoire sur le terrorisme palestinien est une erreur.

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