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Un appel à réactiver le partenariat pour la paix

mis en ligne le jeudi 30 septembre 2004
par Qaddoura Fares

Qaddoura Farès est ministre, membre du Fatah (district de Ramallah), ancien prisonnier et signataire palestinien des Accords de Genève. Proche du leader palestinien emprisonné Marwan Barghouti, Qaddoura Farès exprime ici le point de vue de nombre de Palestiniens attachés à la solution négociée de "deux peuples, deux Etats" et à la constitution d’un Etat palestinien véritablement démocratique ; ce que l’occupation rend pratiquement impossible.

http://www.miftah.org, le 24 septembre 2004 - Traduction Kol Shalom

Ces quatre dernières années de la confrontation israélo-palestinienne, la plus violente et la plus sanglante depuis qu’Israël occupe les territoires palestiniens, prouvent que plus l’occupation continue, plus s’accroissent les souffrances des deux peuples.

Ce n’est pas une coïncidence si les confrontations ont commencé après que les négociations eurent échoué. En dépit de quatre ans de mort et de souffrance, et en dépit des aspects compliqués historiques et religieux de ce conflit et leur impact régional et international, une solution politique est tout de même possible. Et cette solution demeure deux Etats pour deux peuples. Cette solution est acceptée par la majorité des Palestiniens et des Israéliens, et est soutenue par la communauté internationale et compatible avec le droit international.

Si aucun accord de paix n’a été concrétisé lors de Camp David en 2000, les Palestiniens et les Israéliens reprirent les négociations peu après Taba et parvinrent à être très proches de la finalisation d’un accord. Mais des facteurs de politique interne à Israël, en particulier la décision du premier ministre de l’époque Ehud Barak d’organiser des élections anticipées et le refus ultérieur du premier ministre Sharon de négocier, ont empêché de conclure sur la base de ce qui avait été mis au point à Taba.

La nécessité d’une solution de deux Etats comme base de n’importe quel accord est clairement compris par une majorité de Palestiniens et d’Israéliens. La question est de savoir si les dirigeants palestiniens et israéliens peuvent franchir les écarts entre les deux parties sur les aspects les plus délicats. Franchir les écarts nécessite d’abord une volonté d’y parvenir, ce qui manque totalement au gouvernement actuel de droite en Israël - dont les leaders se sont opposés au processus de paix d’Oslo - manque totalement.

Le gouvernement israélien actuel refuse de négocier un accord final menant à l’établissement d’une Palestine viable à côté d’Israël. La droite israélienne ne négocie pas : elle impose sa volonté. La meilleure preuve en est l’insistance de Sharon de se retirer unilatéralement de Gaza sans la moindre coordination ou négociation avec les Palestiniens, tout en continuant la construction du mur d’apartheid en Cisjordanie, en étendant illégalement les colonies israéliennes au sein des territoires palestiniens et achevant la clôture de Jérusalem Est sous le prétexte de ne pas avoir de partenaire palestinien pour la paix.

Le refrain du "pas de partenaire palestinien" est utilisé pour justifier des politiques qui prolongent le conflit, et ne le résolvent pas. La logique veut que tout partenariat réussi demande une base solide et un objectif commun. Un partenariat basé sur l’inégalité, dans lequel l’objectif de l’une des parties est de continuer son occupation de la terre de l’autre partie, est voué à l’échec.

Il n’y aura jamais de partenaire palestinien prêt à accepter un accord qui propose moins que les droits nationaux complets au peuple palestinien. Sharon n’a pas encore accepté ce fait, et cherche à la place, à travers des pressions militaires, de changer les dirigeants palestiniens démocratiquement élus, ou leurs positions politiques. Ceci, bien entendu, a lieu avec l’assentiment de l’administration américaine.

Cette stratégie de coercition politique, diplomatique et même militaire, qui vise à changer les dirigeants palestiniens ou à infliger tant de souffrances au peuple palestinien que leur désespoir soit attribué à leurs propres dirigeants, n’apportera pas de changement au sein de la direction. Elle met plutôt en danger l’existence même de n’importe quelle autorité palestinienne quelle qu’elle soit.

La stratégie d’Israël pourrait en réalité mener à la chute des structures gouvernementales palestiniennes formées après l’accord d’Oslo. Cela pourrait bien faire partie du plan de Sharon, mais certainement aucune institution n’émergerait ensuite qui serait prête à accepter moins que ce que l’autorité palestinienne actuelle a accepté comme pouvant faire partie d’un accord mettant fin au conflit. La stratégie d’Israël est une recette pour un conflit perpétuel.

Avant que l’une des parties conclue hâtivement qu’il n’y a pas de partenaire pour la paix, les deux parties devraient comprendre la base et le but du partenariat. Pour les Palestiniens, le but du partenariat est de faire cesser l’occupation des territoires occupés depuis 1967 (y inclus Jérusalem Est), d’établir un Etat palestinien souverain à côté d’Israël, et d’atteindre une résolution juste et acceptée sur la situation des réfugiés en accord avec le droit international, l’initiative de paix arabe et les positions de l’Organisation de Libération de la Palestine.

Ces objectifs sont en accord avec les propositions de paix que nous avons, moi et d’autres élus palestiniens, développé avec un groupe d’Israéliens de premier plan lors de l’Initiative de Genève. Cette initiative représente les possibilités d’un partenariat basé sur l’égalité et la justice. La seule chose qui fait défaut est le manque de volonté politique de le faire évoluer d’une initiative à un accord.

Une telle volonté politique, cependant, n’émergera pas spontanément. Cela demande que les Etats-Unis changent fondamentalement leurs objectifs, de la gestion du conflit à la résolution du conflit. Dans d’autres crises internationales - l’occupation par l’Iraq du Koweït, l’épuration ethnique en Bosnie et au Kosovo et l’apartheid en Afrique du Sud - la communauté internationale a démontré une claire résolution et un engagement envers la règle de la loi et de la justice. Amener la paix dans la région et mettre fin à l’occupation israélienne demandera de la même manière un engagement international. Sans lui, le conflit continuera à faire rage. Attendre des évolutions dans les sociétés israéliennes et palestiniennes pour amener la paix est une stratégie perdante.

Beaucoup ont mis leurs espoirs de paix dans une réforme en Palestine. La manière correcte d’atteindre une réforme fondamentale est d’organiser des élections législatives, présidentielle et municipales, ainsi que des élections libres au sein de tous les partis politiques, en commençant par le mien, le Fatah, le principal parti politique palestinien. Une vraie réforme doit aller au-delà du gouvernement et s’étendre à la société civile également. Les élections dans les syndicats, par exemple, permettraient aux syndicats de jouer le rôle auquel ils ont droit dans la construction de la démocratie. Mais il est impossible de mener des élections libres tant que les barrages israéliens restreignent le mouvement des électeurs et des candidats tant que l’armée refuse de se retirer des villes palestiniennes.

Le 13 septembre, Israël a fermé les bureaux d’inscription aux élections dans la Jérusalem Est occupée afin d’essayer de bloquer les élections. Ceci prouve qu’Israël n’a pas envie de l’élection palestinienne ou du genre de réforme qui pourrait en sortir. Dès lors, c’est à la communauté internationale d’aider à créer les conditions permettant le déroulement des élections.

L’organisation des élections palestiniennes dans une atmosphère paisible - où il y aurait un partenariat actif afin d’arriver à un arrangement et l’espoir au sein du peuple palestinien qu’ils pourront se débarrasser de l’occupation - renforcerait ceux qui croient dans un accord politique équilibré, la démocratie et la réforme. Mais si les élections ont lieu alors que les soldats de l’occupation parcourent les rues, la plupart des Palestiniens n’iront pas voter. Les groupes islamistes auraient une plus grande chance de succès électoral dans ces conditions, puisqu’ils s’appuient sur l’état de pauvreté, de désespoir et de frustration résultant de la répression continuelle d’Israël. La plupart des Palestiniens sont plus libéraux et soutiendrait un accord politique équilibré et la création d’un système politique démocratique. Mais la situation rend silencieuse cette majorité, la tenant éloignée des politiques internes palestiniennes.

La nouvelle génération de Palestine - la génération qui a grandi en connaissant uniquement l’occupation, qui a supporté les arrestations israéliennes et la torture, et a vécu l’occupation sous ses formes les plus brutales - cherche non seulement sa liberté, mais aussi un Etat palestinien démocratique basé sur la séparation des pouvoirs, la règle de la loi, le pluralisme, la protection des droits de la femme et le développement d’une culture politique qui placerait la Palestine au sein des démocraties du monde. Cette génération veut un Etat qui rejette la violence, cherche la coexistence, qui ne soit membre d’aucune alliance militaire et ne permette pas que son territoire soit utilisé pour mener des attaques contre ses voisins. Cette génération demande un Etat qui vive dans la paix et la sécurité avec l’Etat d’Israël et le peuple juif, dont nous comprenons les souffrances historiques. Mais il est temps que ces victimes sentent et acceptent la souffrance de leurs victimes palestiniennes.

Les visions et croyances que j’ai mentionné ci-dessus représentent la position et les idéaux de la nouvelle génération des Palestiniens - une génération dont les valeurs sont le mieux reflétées par mon ami et collègue, Marwan Barghouti, qui est pour l’instant détenu dans une prison israélienne.


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