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Ou conduit-on le train ?

mis en ligne le dimanche 26 septembre 2004
par Uzi Benziman

Une épineuse question ennuie le Procureur General israelien Menachem Mazuz depuis plusieurs semaines : est-il possible de poursuivre le projet de la ligne ferroviaire rapide de Jerusalem, qui enjambe les territoires palestiniens en deux endroits ?

Haaretz, le 15 septembre 2004

http://www.haaretz.com/hasen/pages/...

Une épineuse question ennuie le Procureur General israelien Menachem Mazuz depuis plusieurs semaines : est-il possible de poursuivre le projet de la ligne ferroviaire rapide de Jerusalem, qui enjambe les territoires palestiniens en deux endroits ? La question a été soulevée suite à la décision de la Court Supreme israelienne relative au trace de la barriere de separation dans la region de la Route No. 443 et pres de Mevasseret Sion. Mazuz a donne l’ordre de suspendre le projet de voie ferree a sa decision. D’apres son bureau, « Cette question est sous un examen juridique, conduit en cooperation avec la direction des chemins de fer et le bureau du Conseiller juridique general de Defense. »

La longueur de chacune des deux section projetees est de seulement 2,5 kilometres. L’une se trouve dans la region de Latrun et l’autre pres de Mevasseret Sion. Pourtant, et malgre le fait qu’il est propose que ces deux sections soient souterraines, le projet a ete interrompu. Non seulement les aspects legaux sont examines, mais les fonctionnaires des Autorites de plannification eux-memes se demandent s’il est intelligent, a long terme, de faire franchir la Ligne Verte par cette voie ferree.

Une reflexion similaire a guide les planificateurs de l’Autoroute Transisraelienne ; ils ont evite de retenir un trace enjambant la Ligne Verte. Il y avait a vrai dire un groupe faisant pression dans l’autre sens. Rafael Eitan, alors ministre du gouvernement, et l’organisation des Professeurs pour un Israel fort ont exige de deplacer le trace de l’autoroute vers l’Est, profondement en Cisjordanie. Mais l’Etat s’y est oppose.

L’Etat agit de la meme maniere pour d’autres infrastructures. En depit du probleme majeur de terrains a l’interieur d’Israel, l’Etat n’a pas alloue de surface pour des cimetieres au-dela de la Ligne Verte. Les bases permanentes de l’armee israelienne sont uniquement situees a l’interieur des frontieres nationales de 1967 ; les installations militaires dans les territoires sont destinees uniquement à fournir un soutien logistique pour des besoins operationnels courants. Le schema directeur national d’amenagement du territoire, qui cartographie le developpement futur des infrastructures de l’Etat, s’arrete a la Ligne Verte.

Ainsi, quelqu’un desirant regarder une coupe a moitie pleine pour Rosh Hashanah (Nouvel an juif) peut fonder un peu d’espoir sur les donnees soulignees precedemment. Peut-etre ces faits indiquent-ils que dans son inconscient collectif, la societe israelienne et ses dirigeants ont evite pendant les 37 dernieres annees de prendre des decisions qui auraient cree des liens irremediables avec les territoires. Peut-etre le fait qu’Israel s’est retenu d’annexer officiellement la Cisjordanie via sa legislation temoigne-t-il de cette politique officieuse evitant la creation d’attaches irrevocables.

Il existent aussi des arguments convaicants qui peuvent etre presentes pour refuter en apparence cet hypothèse. Par exemple, l’entreprise d’implantation en Cisjordanie et dans la bande de Gaza a cree sur le terrain des faits impressionnants : 150 implantations (dont trois grandes villes), qui abritent pres de 245.000 habitants.

Plannification a long terme

Il est egalement possible d’arguer que la plannification a long terme s’arrete a la Ligne Verte a cause de contraintes juridiques, etablissant une distinction entre le terrain a l’interieur des frontieres souveraines d’Israel et les territoires conquis lors de la guerre des Six-Jours. De plus, cela n’empeche pas le developpement d’implantations juives en Cisjordanie d’apres les lois jordaniennes de la construction et de l’amenagement du territoire qui prevalaient en 1967. Cela ne fait pas obstacle non plus aux activites de l’administration civile. Ainsi le diagnostique celebre du chercheur Meron Benvenisti stipulant que la situation dans les territoires a depasse le point de non retour semble plus credible chaque jour.

Cependant, en cette veille de Rosh Hashanah, on peut toujours puiser des encouragements dans le fait que depuis le jour ou Israel s’est retire du Sinai à la faveur de l’accord de paix avec l’Egypte, l’armee s’est abstenu de developper des infrastructures a long terme au-dela de la Ligne Verte. (L’exemple le plus recent en est la contruction d’une nouvelle base d’entrainement pour la brigade et les parachutistes du Golan.) On peut egalement fonder son espoir sur le fait que les autorites impliquees dans l’amenagement du territoire national prennent en consideration l’eventualite qu’Israel ait un jour a se separer des territoires.

C’est une hypothese qui demeure tacite dans le but d’eviter la controverse. (Lorsque ce scenario fut rendu public pour la gestion de l’eau a long terme, l’echelon politique vira l’auteur du rapport.) Mais ce scenario est en fait present partout ou les avants-projets sont esquisses. La plannification est par essence modulable, prete a s’adapter a deux situations : Israel continue a etre connecte aux territoires ou Israel s’en desengagent. L’explication habituelle pour ces deux approches prospectives n’est pas necessairement relative aux doutes sur l’avenir des territoires, mais constitue plutot une expression de la part elevee d’incertitude quant a la planification a long-terme en Israel en raison de pressions enormes dirigees sur les projets par des groupes detenant des droits acquis.

Le plan directeur pour Israel pour les deux prochaines decennies, qui a ete developpe sur six annees par une equipe multidisciplinaire conduite par le professeur et specialiste en amenagement du territoire Adam Mazor, prends en compte un scenario dans lequel Israel vit en paix avec ces voisins. Sur cette hypothese (une des nombreuses parmis celles qui ont oriente les plannificateurs), les frontieres du pays sont envisagees comme des points de rencontre avec des voisins plus que comme des zones tampons pour la securite. Le scenario ne demarque pas la frontiere entre Israel et les Palestiniens, mais fait l’hypothese qu’une entite palestinienne independante existe a l’Est d’Israel, et se trouve peut-etre liee au royaume de Jordanie.

Et les voisins ?

Le plan comprends egalement un scenario d’hostilites renouvellees entre Israel et les Palestiniens. (Ce plan pour 2020 a ete termine en 1997.) Mais il ne conclue pas que ce conflit se poursuivra tout au long des 25 annees du plan. Ainsi, le plan pour 2020 indique des directions pour le developpement de l’Etat comme partie integrante de son environnement, organisant sont espace national en cooperation avec ses voisins.

Le Plan national israelien 35 se base sur le plan pour 2020. Il n’aborde que les regions a l’interieur de la Ligne Verte et fonde le developpement de l’Etat sur la creation de quatre metropoles : Jerusalem, Tel-Aviv, Haifa et Beer-Sheva. Il existe bien un conseil de la plannification pour les territoires (localisé dans l’implantation juive de Beit-El) qui developpe des projets locaux et regionaux pour la Cisjordanie. De la meme maniere, il existe un comite regional de la plannification dans la bande de Gaza qui travaille sous le code egyptien de l’amenagement du territoire.

Cependant, sans doute ce Plan national 35, qui trace le futur visage d’Israel, est-il d’une importance significative, en cela qu’il ne fait pas l’hypothese que les territoires seront une partie de l’Etat. Surtout, le plan admet qu’il y aura des ajustements de frontieres, mutuellement acceptes par Israel et l’Autorite palestinienne. Il presente des cartes rendant possibles des liens entre Israel et ses voisins - l’Autorite palestinienne, la Jordanie, la Syrie et le Liban - et les principes de la plannification sont bases sur l’exploitation de la petitesse de l’Etat (c’est-a-dire sans la plupart des territoires).

Il se peut que ceux qui ne sont toujours pas convaincus soient impressionnes par le fait - confirme par les conseils religieux de Cisjordanie et de la bande de Gaza - que de nombreuses familles juives (20 pour cent en certains endroits, et jusqu’à 50 pour cent en d’autres) vivant dans les territoires choisissent d’enterrer leurs morts a l’interieur de la Ligne Verte plutot que dans les implantations dans lesquelles elles vivent.

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