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Sante mentale et retrait de Gaza

mis en ligne le jeudi 16 septembre 2004
par Itzhak Levav, Daniel Bar-Tal

A l’heure ou s’annonce le retrait israelien de la Bande de Gaza, les craintes vont croissant de reactions violentes de la part des colons evacues. A tort ou a raison les mots de « guerre civile »ont ete prononces. La societe israelienne et l’evacuation, etat des lieux : nous ouvrons ici le dossier.

http:/www.haaretz.com/hasen/spages/...

Ha’aretz, le 1er septembre 2004

 [1]

Quelques decades durant, le gouvernement israelien a eu pour politique d’installer dans la Bande de Gaza des Israeliens juifs. Ils sont quelques milliers a avoir mis cette politique en pratique et s’etre construit la une maison, certains parce qu’ils pensaient ainsi ameliorer leurs conditions de vie, d’autres pour des raisons ideologiques, convaincus qu’ils etaient d’accomplir leur ideal : peupler la Terre d’Israel. Le fait de se croire les acteurs principaux d’un projet national historique participait dans les deux groupes de la construction de leur estime personnelle.

Le probleme, du point de vue de la sante mentale, est que ces gens ont ete pousses a croire, jusqu’il y a peu, qu’ils etaient a Gaza pour toujours ; tout a coup, cependant, on leur a demande de tout abandonner parce que le gouvernement avait decide de se desengager de Gaza. Les sondages indiquent que la majorite des Israeliens acceptent cette politique, mais pour les colons cela signifie d’etre catapultes dans le chaos personnel et le deuil. A vrai dire, l’evacuation represente un defi complexe et ardu, avec des colons confrontes a des pertes materielles - devoir quitter les confortables maisons qu’ils avaient construites, les jardins qu’ils avaient fait fleurir, les champs d’ou ils tiraient leurs recoltes, voire les reductions d’impots dont ils beneficiaient.

L’impact emotionnel de la perte est plus puissant encore. Les colons devront abandonner une terre ou tant d’autres qui pour eux comptaient - des membres de leur famille, des amis, des voisins - ont perdu la vie dans la defense d’un but commun. Ils doivent, en outre, se colleter a la destruction de leurs reves et de leur ideal de pionniers accomplissant un dessein national. Il n’est pas surprenant qu’ils aient pu se sentir trahis par le gouvernement comme par leurs concitoyens. L’evacuation va-t-elle mettre en peril la sante mentale des colons ? Lors du retrait du Sinai, il y a vingt-trois ans, certains des habitants d’Ophira ont manifeste des reactions de detresse emotionnelle a leur relogement force, encore que tel ne fut pas le cas de tous.

Le gouvernement devrait-il mettre instantanement en œuvre un programme visant a alleger les effets de cette nouvelle politique de retrait ? Oui, bien qu’il ne soit pas necessaire d’envoyer sur le champ des equipes de psychologues traiter les reactions sur le terrain. Ce qu’il faut, a court terme, c’est commencer tout de suite a prendre des mesures preventives, plutot que curatives, dans l’espoir de limiter les risques d’eventuelles reactions psychologiques adverses :

• Le gouvernement devrait recruter immediatement un groupe d’experts psychiatres charges de conseiller aux cadres politiques et aux equipes techniques qui gerent le relogement des colons la meilleure façon de mener l’evacuation a bien psychologiquement parlant. Dans une perspective de sante mentale, par exemple, mieux vaut reloger les familles evacuees a l’interieur de la Ligne verte afin de leur eviter toute reinstallation ulterieure ;

• Le message gouvernemental quant aux dates de debut et de fin du retrait doit etre denue d’ambiguite. Le deuil anticipe du foyer perdu peut etre d’un certain secours, mais cela reste limite ;

• Il faudrait que le gouvernement annonce clairement et precisement la nature et l’etendue des credits et des aides qui seront debloques pour l’assistance technique et financiere ;

• Il devrait empecher les colons d’etre pris en otages dans la bataille politique qui s’engage : une fois la decision adoptee par un gouvernement democratiquement elu, la droite devrait cesser de manipuler les colons pour faire avancer ses objectifs, tandis que la gauche devrait eviter de leur reprocher avoir ete partie prenante de l’occupation. Dans le contexte actuel, il est essentiel d’obtenir l’adhesion des rabbins et des cadres locaux a la loi ;

• Le gouvernement devrait marteler aux colons le message clair et repete que l’accomplissement que leur mission nationale passee doit aujourd’hui etre reconsidere. Le gouvernement et la societe, conscients de l’etendue des changements subis par les colons, doivent reconnaitre pleinement leurs efforts. Ce que le gouvernement et la societe attendent aujourd’hui des ex-colons, c’est un engagement personnel renouvele en faveur de la nouvelle politique nationale qui represente la volonte de la majorite. Cette adhesion a la loi, jointe a la reconnaissance de leurs concitoyens, pourrait former le substrat de leur respect d’eux-memes, aujourd’hui defaillant ;

• Le gouvernement devrait recruter d’anciens colons d’Ophira et Yamith ayant refait leur vie avec succes a l’interieur de la Ligne verte pour servir d’exemples, et plus generalement pour apporter leur aide.

Il est probable que la mise en œuvre reussie de ces actions preventives reduira les besoins de soutien psychologique de premiere heure. Pareil soutien pourrait cependant etre necessaire a une minorite de colons, susceptibles du fait d’evenements actuels ou anciens de se montrer hyper anxieux ou profondement depressifs, de s’engager dans des conflits interpersonnels ou d’exploser en comportements violents. L’impact psychologique du retrait de Gaza doit etre pris au serieux par le gouvernement. Il appartient aux politiques a l’echelon national plus qu’aux specialistes d’aider ceux qui seront bientot devenus des ex-colons a retrouver un role positif au sein du consensus national et de prevenir les reactions psychologiques contraires, encore evitables a ce stade.

[1] Le Dr Itz’hak Levav est psychiatre dans le secteur public. Le professeur Daniel Bar-Tal enseigne la psychologie politique a l’universite de Tel-Aviv. Les vues qu’ils expriment ici ne representent que leur opinion et non celle de leurs employeurs respectifs.

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