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Soutenir, malgré les doutes

mis en ligne le samedi 21 février 2004
par Editorial de la rédaction d’Ha’aretz

Malgré des doutes légitimes, le camp de la paix doit soutenir le plan de désengagement de Gaza

Nous vous communiquons avec un peu de retard cet editorial paru dans Haaretz le 9 fevrier dernier parce que nous estimons qu’il est toujours d’actualite pour expliquer les debats, existant aujourd’hui en Israel au sein de Shalom Arshav, suite au projet de retrait de Gaza annonce par Arik Sharon. Vu d’ici, meme si nous devons pour l’instant rester circonspects quant a cette declaration, nous ne pourrons pas ignorer, si ce retrait devenait effectif prochainement, qu’il constituerait une revolution dans la politique israelienne menee depuis 1967. Par contre, nous devons affirmer avec lucidite un certain nombre de principes, que l’histoire recente et notre connaissance de ce dossier nous ont enseignes, pour que cette decision si elle etait appliquee, puisse marquer un reel changement dans les relations entre les deux peuples.

1. Ce retrait doit etre realise dans le cadre d’un accord qui donnerait a l’Autorite palestinienne le controle des territoires restitues. Si la situation sur place est trop chaotique, il faudrait malgre les reticences actuelles israeliennes, envisager la possibilite d’une presence internationale (y compris americaine) pour assurer une phase de transition. Meme si nous pouvons comprendre que pour les Palestiniens, ce retrait puisse etre mis au credit de leur lutte armee et politique, seul un tel accord pourrait permettre de ne pas encourager les extremistes qui, sinon, en sortiraient renforces.

2. Il ne faudrait pas que les colonies abandonnees soient detruites comme l’avaient ete celles du Sinai rendues a l’Egypte, mais qu’elles soient restituees a l’Autorite Palestinienne afin d’y installer une partie des refugies vivant a Gaza. Cette decision devrait etre prise par Israel, a la fois pour des raisons symboliques et marquer ainsi un changement de la relation vis a vis des Palestiniens, que pour des raisons economiques ; le cout de ces infrastructures pouvant etre mis au credit des Israeliens dans le cadre des futures compensations qu’ils seraient amenes a verser pour participer a la resolution definitive de la question des refugies.

3. S’il est normal que le gouvernement israelien dedommage les colons pour qu’ils puissent se reinstaller ailleurs, il ne devrait pas les encourager a le faire en Cisjordanie.

En attendant, constatons malgre les vents contraires que de telles declarations vont dans le bon sens.

Les Amis de Shalom Arshav


Editorial de la redaction de Haaretz, 9/02/04

Le programme du chef du gouvernement, consistant a evacuer les colonies de la Bande de Gaza, a ete accueilli par des reactions de scepticisme. Il y a en effet plusieurs bonnes raisons de douter du serieux de Sharon, quant a son intention de mettre en oeuvre un tel projet, dans un delai raisonnable. Les doutes se fondent tant sur le changement que constituent ses declarations en regard de ses idees bien connues depuis des dizaines d’annees, que sur le fait que nombre de ses declarations comme chef de gouvernement sont restees lettre morte. Meme quand se dessine la tendance a supposer qu’il s’agit cette fois d’une decision ferme et d’un programme concret, ceux qui aspirent a la paix ne se felicitent pas tous du projet de retrait unilateral. Des membres du camp de la paix ont exprime leurs reticences, qui decoulent de leurs soupcons selon lesquels Sharon a l’intention de tendre un piege aux Palestiniens, et meme au monde entier. Certes, il evacuera la Bande de Gaza, et peut-etre meme quelques colonies isolees en Cisjordanie. Mais en contrepartie, il s’efforcera de consolider l’assise d’Israel dans de larges secteurs de Cisjordanie, avec les nombreuses colonies qui s’y trouvent. La conception politique de Sharon, aux yeux de ces critiques, est restee la meme. L’evacuation de Gaza -a premiere vue un moyen de compromis et de reconciliation entre les deux peuples-, est en realite destinee, selon eux, a renforcer le reseau principal des colonies de Judee-Samarie, et a faire barrage aux Palestiniens dans leur marche vers une independance viable. Les dubitatifs craignent que le retrait unilateral de Gaza, sans accord ou arrangement avec l’Autorite palestinienne, n’entraine le chaos sur le terrain, ou le Hamas l’emporterait sur l’Autorite palestinienne. Tout cela en plus de la consideration suivante, non negligeable : un retrait israelien pourrait etre interprete et presente par les organisations terroristes comme une retraite et une fuite face au terrorisme, et encouragerait la poursuite de l’intifada violente plutot que la resorber. Face aux intentions de Sharon, les doutes sont comprehensibles et les craintes ne sont pas denuees de fondement, si ces projets devaient etre mis a execution. Mais ils ne doivent pas occulter le reel potentiel que renferme cette demarche. A l’evidence, il n’y a pas de raison pour les partisans de la paix en Israel et dans le monde de s’opposer au retrait unilateral envisage, malgre son cote partiel et ses inconvenients manifestes. Le depart de civils et de soldats israeliens, d’une bande de Gaza surpeuplee et hostile, aura pour avantage bienvenu une economie en vies humaines et en ressources nationales. La mise en oeuvre de ce projet prouvera, contrairement aux prophetes annonciateurs de la fin du sionisme, que l’espoir de reparer cette erreur historique n’est pas encore perdu, erreur qui menace Israel dans sa vitalite. En se retirant de la Bande de Gaza, Israel prouvera qu’il a la force et le courage necessaires a l’evacuation des colonies. Voyons l’avenir : il est possible que le chef du gouvernement ait l’intention de leurrer ceux qui aspirent a la fin du conflit, et que les extremistes palestiniens chercheront a intensifier leurs efforts pour infliger une defaite a Israel, a l’occasion de son retrait. Mais ni lui ni eux ne sont les maitres de l’avenir. La vie et le desir de paix et de prosperite, qui sont communs aux deux peuples, se reveleront plus forts que toute illusion ou dessein dont l’objectif serait d’empecher la vision de deux Etats vivant en paix l’un avec l’autre.

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