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Occupation ou internationalisation

mis en ligne le jeudi 18 avril 2002
par Aluf Benn

L’Operation Mur Protecteur a produit un profond changement dans le débat public en Israël, et redessine les lignes de démarcation entre la droite et la gauche, qui s’etait brouillée durant la décennie des accords d’Oslo et de la confrontation brutale avec les Palestiniens.

L’Operation Mur Protecteur a produit un profond changement dans le debat public en Israel, et redessine les lignes de demarcation entre la droite et la gauche, qui s’etait brouillee durant la decennie des accords d’Oslo et de la confrontation brutale avec les Palestiniens. La droite pousse aujourd’hui a la reoccupation des territoires, tandis que la gauche pousse a une solution imposee, avec l’aide d’une force internationale. Occupation ou internationalisation : voila les parametres qui dicteront a partir de maintenant le debat public en Israel.

Les deux approches ont en commun de reconnaitre qu’il n’y a plus de perspective de parvenir a un accord avec les Palestiniens. Ni un accord definitif, ni un accord provisoire, ni meme un cessez-le-feu provisoire. Tout cela n’est peut-etre pas nouveau, mais l’operation dans les territoires a provoque l’effondrement des structures gouvernementales palestiniennes, et mis fin au concept de "radjoubisation", le modele de securite (le mot est forme a partir du nom de Djibril Radjoub, chef de la securite preventive palestinienne en Cisjoordanie) qui placait la bataille contre le terrorisme entre les mains de sous-traitants palestiniens, en echange de benefices personnels et economiques, et de vagues promesses politiques.

L’operation touche maintenant a sa fin, mais Israel est toujours coince avec le meme vieux probleme : qui s’occupera de la securite dans les villes palestiniennes une fois l’armee partie ? Laisser un vide, c’est creer une serre ou poussera le terrorisme. A l’interieur de Tsahal, il est question de reconstruire la capacite des Palestiniens et d’instituer des mecanismes d’un "format different", afin que quelqu’un puisse puisse prendre ses responsabilites, et bien plus, puisse etre blame en cas d’echec. La direction palestinienne n’a pas tres envie de tomber dans ce piege, d’ou son opposition au document de cessez-le-feu elabore par l’emissaire americain Anthony Zinni, et le marchandage entete de Yasser Arafat avec le Secretaire d’Etat Colin Powell.

En l’absence d’un gouvernement palestinien fort, deux forces peuvent prendre en charge la securite. La droite israelienne veut prendre un virage historique, bouter Arafat hors des territoires, et ramener les territoires a la situation dans laquelle ils se trouvaient avant Oslo. C’est la ligne qui prevaut, non seulement a l’Union Nationale (extreme-droite, ndt), mais meme chez un parti de centre droit comme Shas, dont le leader, Eli Yishai, a appele a la reconquete de la Cisjordanie. Comme la droite israelienne n’a jamais montre beaucoup d’enthousiasme pour Oslo, le retour a l’occupation ne constitue pas vraiment une revolution conceptuelle.

La gauche, qui a fait reposer sa politique sur une alliance avec Arafat, s’est perdue apres le coup subi a Camp David et l’eruption de l’intifada. L’ancien ministre des affaires etrangeres Shlomo Ben-Ami (travailliste) et le leader du Meretz Yossi Sarid ont ete les premiers a reclamer une intervention internationale a la place d’un accord entre les parties impliquant le retrait des territoires et l’avenement d’un Etat palestinien independant.

Yossi Beilin (travailliste), qui s’en tenait a l’idee d’un accord et s’etait prononce violemment contre une separation unilaterale et a une internationalisation, a recemment change de position. Dans l’etat actuel des choses, Beilin soutient le deploiement d’une "force internationale importante qui remplacerait l’Autorite palestinienne et preserverait la tranquillite", et si la gauche retourne au pouvoir, il propose qu’une annee soit consacree a des negociations, et qu’en cas d’impasse totale, il soit procede soit a une separation, soit a une internationalisation.

Les trois leaders du gouvernement d’union nationale sont encore pris dans un no man’s land politique, et continuent a declamer les anciens discours. Le Premier Ministre Ariel Sharon a etudie l’eventualite d’une nouvelle occupation, et de la reinstallation de l’Administration Civile dans les territoires, et il est parvenu a la conclusion que cette mesure serait d’un cout prohibitif. Ses paroles vont contre une intervention etrangere, mais ses actes y conduisent, en acceptant une equipe d’observateurs europeens dans les territoires, en acceptant la presence de superviseurs americains, et en appelant a une conference regionale. Le Ministre des Affaires Etrangeres Shimon Peres a dit cette semaine qu’Israel devait faire d’extremes efforts afin d’eviter une solution imposee, et parle d’un vague "horizon politique". Et le Ministre de la Defense Benjamin Ben-Eliezer ? Il s’en sort, comme d’habitude, en parlant d’"entrer dans un processus politique" qui serait suivi d’une sorte d’accord, d’une certaine maniere, ou peut-etre pas.

L’Operation Mur Protecteur se termine par une enorme chance politique qui a ete gachee. Dans de nombreux pays, le terrorisme palestinien s’est vu accorder une legitimation, en tant que querre de liberation nationale, les operations militaires israeliennes ont perdu leur justification morale, et des hommes d’Etat comme Powell et Javier Solana n’attendent plus que de se debarrasser a la fois d’Arafat et de Sharon. Au sein de la communaute internationale, il y a une tendance croissante a intervenir et a retablir l’ordre, sans demander la permission a ces Israeliens et a ces Palestiniens irresponsables. Le Secretaire General de L’ONU Koffi Annan a deja appele au deploiement d’une force internationale dans les territoires, sur la meme base que celle postee en Afghanistan, sans attendre l’accord des parties.

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