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Un acte historique du chef d’etat-major

mis en ligne le dimanche 2 novembre 2003
par Amram Mitzna

Fait sans précédent, le chef d’état major critique le traitement par le gouvernement du problème palestinien. Amram Mitzna nous demande de l’écouter attentivement.

Haaretz

http://www.haaretz.com/hasen/spages...

Trad. : Gérard Eizenberg pour La Paix Maintenant

Depuis trois ans, le gouvernement israelien mene une "guerre sans merci contre le terrorisme" par l’intermediaire de l’armee et des services de securite. Au cours de ce "combat", Tsahal est revenu dans les villes palestiniennes, a etabli des checkpoints a travers toute la Cisjordanie, mis des villes entieres sous couvre-feu, isole Yasser Arafat, demoli des maisons et liquide des chefs terroristes. Pourtant, le terrorisme s’est accru, les pertes (des deux cotes) ont continue a augmenter, la haine entre les deux nations s’est appofondie et l’Etat d’Israel, comme son voisin palestinien, a continue a decliner.

L’economie a commence a s’effondrer, et avec elle la resilience de la societe qui avait rendu possible la creation d’Israel et sa resistance face aux menaces exterieures qui le menacent depuis qu’il existe. L’equilibre demographique s’inverse, et une menace concrete pese sur Israel en tant que democratie. Des craquements apparaissent meme au sein de l’armee, symbole de l’unite nationale, qui est toujours restee en dehors des dissensions politiques. Israel a plonge dans des abysses sans precedent, dans tous les domaines, mais le Premier ministre et ses fils donnent le ton et invoquent le droit de se taire (allusion aux scandales financiers qui impliquent A. Sharon, ndt).

Depuis trois ans, on essaie de faire taire les critiques avec le bon vieux slogan "silence, on tire", et l’argument selon lequel la critique porte atteinte a la securite de l’Etat. La conception, que Sharon et Shaul Mofaz (d’abord chef d’etat-major, puis ministre de la Defense) ont developpee avec beaucoup de talent, dit que toutes les organisations palestiniennes, et en fait la population palestinienne tout entiere, soutiennent le terrorisme et veulent la destruction d’Israel ; que l’Autorite palestinienne ne constitue pas moins un ennemi que le Hamas et le Jihad islamique, et qu’en consequence, il ne faut pas parler avec elle ni encore moins la croire ; et que le terrorisme peut etre vaincu par la force militaire.

L’echec de cette conception est apparu des le debut des combats. Dans leur secheresse, les chiffres ont montre que plus nous exercions de pression sur les Palestiniens, plus les attentats se multipliaient. Plus nous etoffions notre presence dans les territoires, plus les pertes augmentaient. Et plus nous nous en prenions a Arafat, plus il se renforcait. Pour toute personne sensee, il etait evident que la politique de Tsahal dans les territoires affectait la securite des citoyens israeliens et etait contraire aux interets de l’Etat. Loin de vaincre le terrorisme, cette politique (bouclages, checkpoints, liquidations) cree du terrorisme. Elle alimente la haine d’Israel, isole le pays sur le plan international et represente un danger pour son existence.

Neanmoins, a la fois le gouvernement et l’armee ont continue a fonctionner a partir de cette conception erronee selon laquelle le terrorisme ne peut etre vaincu que par la force militaire. Comme saisis de stupeur, les ministres ont suivi la conception Sharon-Mofaz et n’ont manque aucune occasion de torpiller toute tentative de sortir Israel du bourbier ou Sharon l’avait plonge, apres s’etre sorti, meurtri et ensanglante, du bourbier libanais dans lequel l’avait plonge Sharon vingt ans plus tot.

La crtique de la politique du gouvernement qu’a emise la semaine derniere le general Moshe Yaalon, chef d’etat-major, a constitue une surprise, non seulement dans sa forme, mais surtout a cause du fait que jusqu’ici, il adherait a la meme conception, et executait loyalement les ordres du niveau politique. La future commission d’enquete qui se penchera sur cette periode exposera certainement au grand jour l’ampleur de l’echec auquel nous assistons aujourd’hui, mais il ne fait aucun doute que les remarques du chef d’etat-major, qui a revele de la plus claire des facons le fosse qui existe entre la conception qui a guide Tsahal et la realite de la situation, constitueront un tournant majeur.

La methode qu’a choisie le chef d’etat-major peut etre critiquee, mais le moment est venu de s’occuper de l’essentiel, et l’essentiel est que, pour la premiere fois, le commandant en chef de l’armee admet que Tsahal ne peut pas vaincre et que la politique poursuivie par le gouvernement met en danger la securite d’Israel en lui causant des dommages irreversibles au niveau de la societe, de l’armee et de l’Etat. L’exemple le plus flagrant est le desaccord entre Tsahal et le ministre de la Defense a propos du trace de la cloture de securite. L’armee a propose une veritable cloture de securite, alors que le ministre de la Defense est guide par des considerations politiques.

Meme si le public israelien n’exprime pas sa gratitude envers le chef d’etat-major pour son acte tres important, l’Histoire, elle, le fera. Contrairement au premier ministre, qui est coupe de la nation, qui ne ressent pas la douleur et ne recoit pas le message qui dit la profondeur du desespoir, et au ministre de la Defense, qui melange politique et securite, le chef d’etat-major regarde les meres de ce pays droit dans les yeux. Il sait qu’il n’existe aucune justification valable a la mort de leurs enfants a Netzarim (colonie isolee de la Bande de Gaza, ndt). Il sait que leur presence la-bas ne contribue en rien a la securite, et il commence a comprendre que d’ailleurs, nous n’avons rien a y faire. Contrairement au premier ministre et au ministre de la Defense, qui traitent les soldats de Tsahal comme des pions sur un echiquier, le chef d’etat-major se soucie d’eux. Ecoutez attentivement ce qu’il dit.

L’Etat d’Israel peut vaincre le terrorisme palestinien, mais seulement si le combat est accompagne d’un processus politique. Une separation d’avec les Palestiniens en accord avec eux, qui rendra possible la re-creation d’Israel en tant qu’Etat juif et democratique a l’interieur de frontieres reconnues pas la communaute internationale toute entiere, sera une veritable victoire, non seulement sur la menace terroriste, mais aussi sur la menace demographique. La voie militaire a echoue, et le moment est venu de revenir a la voie de la negociation. Le pacte de Geneve prouve que c’est possible. L’Histoire ne pardonera pas a ceux qui choisissent d’envoyer nos enfants mener une guerre inutile.

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