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Altalena contre Altalena

mis en ligne le lundi 13 octobre 2003
par Akiva Eldar

Israël exige des Palestiniens qu’ils luttent contre leurs terroristes. Mais Israël doit, lui aussi, faire le ménage chez lui et lutter contre ses propres terroristes : les colons

Haaretz, octobre 2003

http://www.haaretz.com/hasen/spages...

Trad. : Gérard Eizenberg pour La Paix Maintenant

Le visage de l’officier de l’Administration civile exprimait une colère sincere contre le terroriste qui s’était fait exploser à l’entrée du bureau de liaison et de coordination de Tulkarem. Cet officier se plaignait de l’ingratitude des Palestiniens qui ne percevaient pas "la bonne volonté de l’Etat d’israël à leur proposer des solutions". En d’autres termes, si l’on reprend le lexique du colonialisme classique, le maître éclairé est la solution, et les méchants indigènes, qui mordent sa main généreuse, sont le problème.

Les "solutions" que l’Etat d’Israël propose aux Palestiniens (très parcimonieusement, il faut le noter) sont destinées à résoudre des problèmes créés par l’occupation israélienne. Où donc, ailleurs qu’ici, un malade atteint d’un cancer doit-il faire la queue pendant des heures et plaider sa cause devant un soldat étranger pour qu’il lui accorde un permis de transit qui lui permettra de se rendre dans un hôpital de la ville voisine ?

Les remarques de cet officier reflètent l’approche israélienne, qui, depuis le 11 septembre, a également cours à la Maison Blanche : les terroristes sont la racine du problème. Et ce n’est qu’après avoir eu recours à un traitement de la racine qu’on pourra aborder les autres problèmes, comme l’humiliation et la détresse économique qui découlent de l’occupation israélienne. Meme les avant-postes illégaux et la clôture devront attendre jusqu’à ce que le terrorisme soit éliminé.

George Bush a dit au roi Abdallah de Jordanie que Yasser Arafat était un "looser", parce qu’il ne combattait pas le terrorisme. Et que, donc, il n’avait aucunement l’intention d’investir sur lui son capital politique.

Il est vrai que le meurtre prémédité de gens qui sortent dîner au restaurant n’est pas sur le même plan moral que les maux de l’occupation. Néanmoins, le leader du "monde libre" n’est pas en charge du département moralité. Bush est lié à des documents diplomatiques qui, même s’ils se révèlent ne pas avoir été un investissement politique sûr, portent la signature des Etats Unis. Dans le préambule de la feuille de route, il est clairement déclaré que l’occupation, comme le terrorisme, est une partie du problème et que la fin de l’occupation, comme la fin du terrorisme, fait partie de la solution.

Le document stipule : "une solution à deux Etats ne pourra être trouvée qu’en mettant fin à la violence et au terrorisme (quand le peuple palestinien aura une direction qui agira de facon décidée contre le terrorisme, et desireuse de bâtir une pratique démocratique fondée sur la tolérance et la liberté), quand Israël se montrera prêt à faire le nécessaire pour qu’un Etat palestinien démocratique soit créé, et que les deux parties acceptent de façon non équivoque l’objectif d’un règlement négocié".

Selon la feuille de route, au cours de la première phase, Israël "démantèle immédiatement les avant-postes créés depuis mars 2001", et de plus, en accord avec le rapport Mitchell, "gèle toute activité de colonisation (y compris la croissance naturelle des colonies)".

Or, non seulement le gouvernement d’Israël ne demantèle pas les avant-postes et publie des appels d’offres pour de nouvelles constructions dans les colonies, mais le dernier rapport du Contrôleur de l’Etat révèle un phénomène d’approbation et de financement de certains projets, parmi lesquels le positionnement de nouveaux mobile homes sur des terres privées palestiniennes.

L’issue que proposent le gouvernement israélien de droite et ses amis à Washington est que les Palestiniens fassent leur propre Altalena [1]. Si Altalena est le bon modèle à suivre, pourquoi le Premier ministre Ariel Sharon et les ministres Effie Eitam et Avigdor Lieberman, tous deux colons, n’envoient-ils pas les forces armées dans les avant-postes dont le rapport du Contrôleur (ainsi qu’un document officiel du ministère de la Défense) dit que les habitants se saisissent de terres qui ne leur appartiennent pas ?

Sur le principe d’Altalena, les Etats Unis peuvent formuler un clé précise et un agenda détaillé d’application de la feuille de route. Ainsi, par exemple, au bout de la première semaine, l’Autorité palestinienne arrêterait cinq assassins d’Israéliens, et en même temps, Israel libérerait 50 détenus administratifs ; au bout de la deuxième semaine, l’AP arrêterait 10 chefs des branches armées du Hamas et du Jihad islamique, et Israël démantèlerait cinq avant-postes ; la troisième semaine, l’AP confisquerait 1000 fusils, et Israël lèverait 50 barrages routiers en Cisjordanie ; la quatrième semaine, les Palestiniens déclareraient la fin de l’intifada armée, et Israël se retirerait sur les lignes du 20 septembre 2000.

Une des conditions à la base du succès de ce plan est que chaque côté intègre, conjointement et séparément, avec le médiateur américain, le lien causal (mais non moral, insistons là-dessus) entre la violence et l’occupation. Tant que les Palestiniens n’intègreront pas le fait que la violence est un problème et non une solution, sa cessation sera perçue comme une soumission à l’occupation, et elle se poursuivra - et l’occupation avec elle. Tant que les Israéliens n’accepteront pas que l’occupation est un problème et non une solution, sa cessation sera perçue comme une soumission à la violence, et l’occupation se poursuivra - et la violence avec elle.

[1] L’"Altalena" (pseudonyme littéraire de Jabotinsky) était un bateau qui transportait des armes achetées par l’Irgoun en Europe. Chargé également de 900 immigrants, il arriva en vue de la côte israélienne le 20 juin 1948. David Ben-Gourion, alors Premier ministre et ministre de la Défense du gouvernement provisoire, exigea que les armes soient remises à Tsahal, émanation de la Haganah et armée officielle du nouvel Etat. Le 23 juin, apres l’échec des négociations, le bateau ancra au large de Tel-Aviv. Ben Gourion ordonna alors de le bombarder, pour éviter que les armes et les munitions soient déchargées. Le bateau coula, 16 personnes à bord périrent, et de nombreuses autres furent blessées. Cet épisode marqua les esprits et laissa aussi des blessures profondes. mais le message était clair : aucune force dissidente ne serait tolérée. (ndt d’après "Lexicon of Zionism").

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