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Une vraie treve est-elle possible ?

mis en ligne le dimanche 29 juin 2003
par Danny Rubinstein

article en anglais sur le site d’Haaretz

Difficile de trouver un seul Palestinien dans les territoires qui pense qu’Israel changera vraiment de politique

"Si le barrage de Qalandiyah reste en place, il n’y aura aucune possibilite de treve", dit Hatam Abed al-Kader, membre du Conseil Legislatif Palestinien (CLP), elu de Jerusalem.

Les deputes du CLP disposent d’un modeste bureau a Beit Hanina, sur la route principale qui mene de Jerusalem a Ramallah, et c’est la qu’Abed al-Kader recoit ses electeurs. Le bureau est situe entre le barrage Hadoar (Dahiyat al-Barid) au nord, et celui de Qalandiyah au sud, en d’autres termes, entre deux barrages sur la route principale, et a la fin de notre conversation, il sort pour montrer a ses invites une nouvelle route par laquelle les possesseurs d’une carte d’identite israelienne peuvent contourner le barrage sud.

Ce que dit Abed al-Kader ne signifie pas que l’Autorite palestinienne et le Hamas n’arriveront a un accord, officiel ou non, concernant une sorte de cessez-le-feu. Pendant tout ce week-end, toutes les sources palestiniennes ont systematiquement rapporte qu’un accord etait proche. Il est vrai qu’il y a eu des retards, pour diverses raisons, mais un accord sur les principaux points est deja acquis. On sait meme que l’accord sera nomme "declaration du Caire" (au moins si l’on en croit le bulletin officiel de l’Autorite palestinienne, Al-Hayat al-Jedida).

Le probleme est qu’il est difficile de trouver un seul Palestinien dans les territoires qui pense que, dans les circonstances actuelles, un veritable cessez-le-feu soit possible. Formulons cela autrement : il est quasiment certain que l’Autorite palestinienne et les mouvements d’opposition, emmenes par le Hamas, se mettront d’accord sur tel ou tel document signifiant une treve, mais les Palestiniens sont surs que le gouvernement israelien ne changera pas de politique dans les territoires et que, donc, les violences ne sonnaitront pas d’accalmie. La treve ne prendra simplement jamais effet.

"Ce que nous constatons sur le terrain", ecrivait l’hedomadaire palestinien Jerusalem Times dans son editorial de vendredi dernier, "ce sont de plus en plus de mesures prises par Israel pour ajouter aux difficultes que les Palestiniens vivent deja, plus de gens tues, plus de demolitions, plus d’humiliations, plus de colonies, plus de murs de separation, plus de checkpoints, plus de prisonniers." Ce week-end, les medias palestiniens ont qualifie la vague d’arrestations de la semaine derniere a Hebron "la plus importante depuis 1967" (150 personnes arretees, selon Al-Quds), et les journaux ont publie des photos montrant l’humiliation subie par des dizaines de jeunes Arabes conduits en rangs, les yeux bandes, vers des zones de detention entourees de barbeles.

Ce qu’Israel nomme des "gestes" envers les Palestiniens sont percus par les Palestiniens comme une plaisanterie. Pour chaque avant-poste evacue en fanfare, d’autres sont construits "discretement" (comme Ariel Sharon l’a recommande). Et pour chaque detenu administratif libere, des dizaines d’autres sont arretes.

Abed al-Kader a participe aux negociations sur le cessez-le-feu. Il vient d’une famille de refugies (de Salameh, maintenant Kfar Shalem), et est membre du Conseil supreme du Fatah en Cisjordanie, dirige par Marwan Barghouti. Beaucoup savent depuis un bon moment que depuis sa cellule en Israel, Barghouti tente d’impulser un processus tendant a conduire les differentes fractions palestiniennes d’opposition a accepter une treve. Il y a six mois, l’avocat de Barghouti, Khader Shkeirat, a participe a plusieurs rencontres dans le contexte des discussions sur un cessez-le-feu menees alors par toutes les factions palestiniennes sous la direction du chef des services secrets egyptiens, le general Omar Suleiman. Abed al-Kader s’est rendu a l’epoque a Damas, porteur d’un message de Barghouti aux leaders du Hamas et du Jihad islamique. Mais l’essentiel de l’activite de Barghouti a eu lieu cette derniere semaine, quand deux de ses emissaires, le depute du CLP Kadoura Fares de Ramallah et le militant du Fatah de Jerusalem Ahmed Ghanem, ont rencontre les leaders du Hamas et du Jihad islamique pour les convaincre, au nom de Barghouti, d’accepter une treve.

C’est dans ce contexte qu’a couru la semaine derniere la rumeur d’une liberation imminente de Barghouti, dans le cadre dun accord de treve. La source de cette rumeur etait Yasser Arafat lui-meme, qui telephona un soir a Fadwa Barghouti pour l’informer que son mari allait etre libere dans les 48 heures. Un Marwan Bargouti libre devait alors persuader les membres du Hamas et du Jihad, ainsi que ceux de la Brigade des Martyrs d’Al-Aqsa, de deposer les armes et de cesser les attaques contre Israel. Selon des sources palestiniennes, le deal propose par Israel etait qu’en echange de la liberation de Barghouti, les Egyptiens libereraient l’Israelien Azzam Azzam (condamne et emprisonne pour espionnage, ndt). Mais, au bout du compte, les deux cotes annoncerent que le deal etait impossible. Les Egyptiens dirent que leur legislation ne leur permettait pas deliberer Azzam Azzam, et a Jerusalem, le procureur general, Elyakim Rubinstein, recommanda vivement et publiquement a Ariel Sharon de ne pas liberer Barghouti. Arafat, qui voulait etre percu comme le heros qui avait obtenu la liberation de Barghouti, finit par embarrasser meme ses plus fideles partisans.

Comme touts les dirigeants du Fatah dans les territoires, Abed al-Kader sent que son mouvement (le parti qui dirige l’Autorite palestinienne) a perdu une bonne part de son statut. "Ariel Sharon controle la popularite et le prestige des leaders palestiniens", dit-il. Le dernier exemple en date est celui d’Abed Aziz Rantisi du Hamas. Tout le monde s’accorde a dire qu’il est actuellement le leader palestinien le plus populaire, et il doit sa popularite a Israel, qui a tente de l’assassiner. En revanche, le leader qui souffre du plus grand rejet dans les territoires aujourd’hui est celui qui a recu quelques compliments de la part d’Israel (et des Americains) : le Premier ministre palestinien Mahmoud Abbas (Abou Mazen), qui pratiquement en une nuit est devenu quelqu’un qu’on denigre a chaque coin de rue en Palestine.

"Abou Mazen a achete, et tente maintenant de vendre, l’odeur de la nourriture, mais pas une veritable nourriture, et il nous laisse sur notre faim", dit Abed al-Kader, qui repete ce qu’il entend de tous les cotes. Les dirigeants du Fatah et de l’Autorite palestinienne, dit-il, entrent dans les negociations avec le Hamas et les autres factions comme quelqu’un qui va au marche sans un sou en poche. En d’autres termes, l’opinion palestinienne pense dans son ensemble que sans des garanties de securite americaines et internationales pour que cessent les operations israeliennes en Cisjordanie et a Gaza, il sera impossible d’echapper au cycle de la violence.

Tawfiq Abou Bachar, depute du CLP qui vit en Jordanie, a declare le week-end dernier que meme le gouvernement israelien ne croyait pas a la treve : il pense que le Hamas n’acceptera un cessez-le-feu que pour gagner du temps afin de se reconstituer et rassembler ses forces en vue du prochain round. Il est donc clair pour les Palestiniens que les Israeliens, qui soupconnent que la treve ne sera qu’un stratageme, ne demanteleront pas le barrage de Qalandyah. Et pour Hatam Abed-al-Kader, si le barrage reste en place, il n’y aura pas de treve.

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