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Le lexique de l’occupation : décryptage

mis en ligne le mercredi 11 juin 2003
par Amira Hass

Le discours politique israélien s’appuie sur des termes dont le sens est devenu si distordu que la compréhension de la realité qui se cache derrière ces termes s’est distordue, elle aussi. Quelques exemples

article en anglais sur le site d’Haaretz

Le discours politique israelien s’appuie sur des termes dont le sens est devenu si distordu que la comprehension de la realite qui se cache derriere ces termes s’est distordue, elle aussi. En voici quelques exemples :

1/ "Bouclage" A la veille du sommet d’Akaba, Tsahal annonca que "le bouclage etait leve". Les journalistes de la radio s’empresserent d’annoncer : "le bouclage est leve". Puis tout le monde s’etonna que les Palestiniens ne se montrent pas reconnaissants. Repetons-le pour la millionieme fois : le bouclage impose aux Palestiniens n’est jamais leve ; il est un peu allege, parfois. Le regime du bouclage en Cisjordanie et a Gaza a ete instaure en janvier 1991 et se poursuit depuis sans interruption. Avant Oslo, avant la creation de l’Autorite palestinienne, et avant les attentats suicides dans les villes israeliennes. Depuis lors, Israel mene une politique a l’emporte-piece qui empeche les Palestiniens de se deplacer. Les autorites militaires accordent des laissez-passer a une minorite de Palestiniens. Quand elles le veulent, il s’agira d’une grosse minorite, et sinon, d’une petite minorite. Il y a des bouclages "ordinaires qui ont trait aux deplacements depuis les territoires jusqu’en Israel, et depuis Gaza jusqu’en Cisjordanie. Et il y a des bouclages "interieurs" qui, ces deux dernieres annees, sont tres serres. Des centaines de checkpoints et de barrages empechent les deplacements d’une ville a l’autre, d’un village a l’autre. Il y a des endroits ou les gens sont autorises a traverser a pied, a marcher un ou deux kilometres d’un vehicule a l’autre. Quelquefois, en certains endroits, on interdit aux gens de sortir de leur ville ou de leur village. Certains passent outre en empruntant des chemins de traverse. Souvent, ils sont pris par les soldats et, en guise de punition, sont retenus pendant des heures au sommet d’une colline ou a un carrefour, sous le soleil ou dans le froid, et ce partout en Cisjordanie. Les Palestiniens n’ont pas le droit d’emprunter les grandes autoroutes de Cisjordanie, reservees aux colons.

2/ "Checkpoints" : Les Israeliens sont convaincus qu’ils servent a empecher les terroristes de parvenir en Israel. Personne ne se demande de quelle maniere les checkpoints entre villes et villages remplissent cette fonction, meme quand lesdits villes ou villages sont eloignes de la Ligne verte ou d’une colonie. Un checkpoint fait du mal, et pas seulement economiquement. Son objectif est de harceler et d’humilier, tous les jours. Il implique des conflits constants avec les soldats, comme lundi dernier, au checkpoint de Sudra, au nord de Ramallah. Ceux qui veulent passer doivent marcher environ deux kilometres, d’un taxi a l’autre. Les ambulances n’ont pas le droit de passer. Les vieux et les malades sont pousses sur des chaises roulantes fournies par les services de secours palestiniens. parfois, quand il n’y a pas d’autre choix, les malades sont poses sur de petites charrettes qui habituellement servent a transporter du materiel lourd. Lundi apres-midi, une unite de Tsahal fit mettre en rangs des hommes qui rentraient chez eux, de chaque cote du checkpoint. Ceux qui venaient de Ramallah furent controles, puis autorises a passer, tres lentement. Ceux qui venaient du nord, principalement des etudiants, durent rester en rangs pendant une heure, sans personne pour les controler. Selon un temoin, professeur d’universite, l’un des soldats allait et venait constamment le long de la rangee pour "maintenir l’ordre". L’atmosphere etait relativement detendue, il ne faisait pas trop chaud et les etudiants bavardaient. L’un d’entre eux gloussa. Pour une raison inconnue, le soldat se mit en colere, se rua sur l’etudiant et lui frappa l’estomac avec la crosse de son fusil. L’etudiant le regarda droit dans les yeux. Le soldat serra le poing et le frappa au visage. (Tshal n’a pas reagi a l’heure ou nous mettons sous presse).

3/ "Avant-postes illegaux" : A l’origine, l’intention etait d’agrandir les colonies, pendant le processus d’Oslo, sans entraves. Entre temps, la plupart ont ete legalises, de jure ou de facto. On a tendance a l’oublier. Utiliser le terme "illegal" fait oublier le fait que la loi internationale interdit toute colonisation de la Cisjordanie et de Gaza, car elle interdit au pouvoir occupant de deplacer sa population dans le territoire occupe. Mais foin de la loi internationale ! S’il est si naturel pour des Juifs de Tel-Aviv ou de Ra’anana de s’installer dans de nouvelles colonies pres de Ramallah ou de Hebron, pourquoi des Palestiniens de Gaza ou de Ramallah ne pourraient-ils pas s’installer dans des quartiers proches de Tel-Aviv (et finances par le gouvernement) ? Pourquoi les droits supplementaires dont jouissent les Juifs entre la Mediterranee et le Jourdain sont-ils si evidents ?

4/ "Nous ne voulons pas controler la population palestinienne" : Ariel Sharon a dit cela pour corriger l’impression laissee par sa declaration selon laquelle il fallait en finir avec l’occupation. Rien de nouveau la-dedans. Deja, au debut du processus d’Oslo, il etait clair qu’Israel ne desirait pas s’encombrer de la responsabilite de controler une population civile sans droits civiques et qui ne voulait pas etre controlee. Israel a donc transfere a l’Autorite palestinienne toutes les responsabilites civiles, sans pour autant lui accorder la moindre autorite sur la terre de Cisjordanie. Des Juifs accepteraient-ils de vivre sous des "Conseils juifs" autonomes, dans des enclaves fermees, et sans reserves de terres ? Pourquoi les Palestiniens l’accepteraient-ils, sans terre, ni eau, ni liberte de mouvement, soit les ingredients necessaires au developpement de n’importe quelle communaute humaine ? Alors, pourquoi considerer la declaration de Sharon comme un grand pas sur le chemin de la paix ?

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