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Défaite du camp de la paix palestinien

mis en ligne le lundi 3 février 2003
par Danny Rubinstein

Si la presse palestinienne n’a pas beaucoup couvert la défaite subie par le camp de la paix israélien aux dernières élections, elle ne s’est pas étendue non plus sur un événement d’une importance au moins égale : l’échec de la conférence du Caire

Haaretz

Si la presse palestinienne n’a pas beaucoup couvert la defaite subie par le camp de la paix israelien aux dernieres elections, elle ne s’est pas etendue non plus sur un evenement d’une importance au moins egale : l’echec de la conference du Caire qui reunissait 12 delegations palestiniennes sous les auspices de l’Egypte, et qui avait pour objectif de determiner une strategie palestinienne commune. Apres cinq jours de pourparlers, les 12 delegations, qui allaient du Fatah au Hamas, se sont separees sans parvenir a un accord.

Pour sauver les apparences, les Egyptiens ont publie une declaration selon laquelle les delegations avaient emporte un document redige au Caire pour examen par leurs directions respectives, les reponses en provenance des organisations etant attendues pour mardi.

En quittant Le Caire, Bassam al-Salhi, representant du Parti du Peuple (ex communiste), a declare que les reunions s’etaient deroulees dans une bonne ambiance, et qu’il existait encore une chance de parvenir a un accord. Mais si l’on en croit les fuites en provenance des autres participants, la conference a ete un echec. Un journaliste palestinien a resume les choses ainsi : "apres le refus par le Hamas et le Jihad islamique des propositions egyptiennes, on peut dire que mardi dernier, ce n’est pas seulement le camp de la paix israelien qui a subi une defaite, car la meme chose est arrivee au camp de la ;paix palestinien." En d’autres termes, l’echec de la conference du Caire est une victoire importante pour l’opposition palestinienne.

Pour comprendre ce qui a transpire du Caire, il faut remonter quelques mois en arriere. En aout dernier, des militants palestiniens, soutenus par des diplomates europeens dont l’homme de terrain de l’Union europeenne dans les territoires, Alistaire Crooke, se rencontraient a Doha, au Qatar. Le but de ces rencontres etait de parvenir a une coordination entre les differents groupes palestiniens.

Deux groupes etaient au coeur des discussions : le Fatah, parti au pouvoir au sein de l’Autorite palestinienne, et le Hamas, parti d’opposition le plus important. Progressivement, l’Egypte assuma le role d’organisateur. Le president Hosni Moubarak chargea son chef des services de renseignements, Omer Souleiman, de superviser les discussions ; Souleiman communiquait constamment avec le gouvernement israelien, par l’intermediaire d’Efraim Halevi, alors chef du Mossad et aujourd’hui president du Conseil de securite nationale, ainsi qu’avec les gouvernements saoudien, europeens et americain. Souleiman conscra la majeure partie de son temps a discuter avec les leaders des differents groupes. Tous accueillaient favorablement l’initiative egyptienne.

Les groupes palestiniens, et l’Egypte, ont decide de ces discussions a cause du sentiment que l’on ne savait pas ou allaient les choses. Pourquoi l’intifada se poursuivait-elle, alors qu’elle coutait si cher aux Palestiniens ? Etait-elle destinee a se debarrasser le l’occupation par Israel des territoires conquis en 1967 et a etablir un Etat aux cotes de l’Etat d’Israel ? Ou bien avait-elle un objectif plus large : celui de remplacer Israel par un Etat palestinien (et si possible islamique) ?

Cette question essentielle conduisit a de nombreuses autres questions. Quel etait le statut de l’OLP et de l’Autorite palestinienne, qui avaient reconnu l’Etat d’Israel dans le cadre des accords d’Oslo ? Les groupes d’opposition etaient-ils prets a parvenir a un cessez-le-feu avec Israel, ou a une "houdna", une treve selon la tradition musulmane, qui pouvait signifier une reconnaissance au moins temporaire d’Israel ? Cela souleva une question d’actualite immediate : les groupes palestiniens d’opposition etaient-ils prets a stopper les attentats a l’interieur d’Israel ?

Souleiman rencontra les representants de tous les groupes, et fut encourage par la reaction du Hamas. Le Hamas dit qu’il etait pret a envisager l’idee d’un document qui promettrait de stopper les attentats contre les civils israeliens, a condition qu’Israel produise un document similaire qui s’engagerait a ce que l’armee israelienne cesse toute attaque contre des civils palestiniens. Dans la terminologie palestinienne, la reference aux attentats contre les civils signifie les attentats a l’interieur de la Ligne verte. Du point de vue palestinien, les colons au-dela de la Ligne verte font partie du processus de colonistation, et sont donc consideres comme des soldats.

Les craintes israeliennes

Le Premier ministre Ariel Sharon etait parfaitement informe des positions du Hamas. En substance, sa reaction a Souleiman fut : une garantie de la part du Hamas ne suffit pas, tous les groupes palestiniens, sans exception, doivent s’engager clairement a mettre un terme aux actions militaires et a la violence. Alors, et seulement alors, Israel accepterait de stopper ses actions militaires dans les territoires. La crainte d’israel etait qu’alors que les porte-parole officiels du Hamas et de l’Autorite palestinienne auraient annonce un cessez-le-feu, certains groupes dans les territoires, plus ou moins bien identifies, poursuivent leurs actions terroristes contre les Israeliens.

Munis de la reponse d’Israel, les Egyptiens, sur instruction de Moubarak, entamerent alors une serie de conversations directes avec les representants de tous les groupes palestiniens. Certaines parmi les 12 organisations qui prirent part aux discussions appartenaient a l’opposition palestinienne et etaient basees a Damas, mais toutes saisirent que ce serait le Hamas qui determinerait l’issue de cette initiative.

Les Egyptiens preparerent un avant-projet de declaration, sur les principes suivants : toutes les organisations reconnaissent l’OLP (cest-a-dire l’Autorite palestinienne) comme seul representant du peuple palestinien, et sa legitimite a mener des negociations politiques ; l’objectif du combat palestinien est d’etablir un Etat en Cisjordanie et a Gaza, avec Jerusalem pour capitale ; pour atteindre cet objectif, un cessez-le-feu d’une annee avec Israel est necessaire, afin de remettre le processus politique sur les rails.

Depuis le debut, il etait clair qu’il etait hautement improbable que le Hamas (suivi de groupes d’opposition moins importants) puisse accepter ces termes. Reconnaitre l’OLP et accepter les frontieres de 1967 aurait constitue une revolution totale par rapport a ses positions traditionnelles. Meme si ses leaders l’avaient accepte, ils auraient ete dans l’incapacite d’expliquer a leurs partisans ce brutal changement ideologique.

Le Hamas connaissait le projet egyptien. Une question se pose alors : pourquoi ont-ils accepte de se rendre au Caire la semaine derniere ? Il existe plusieurs raisons,a commencer par la difficulte qu’il y a a refuser une invitation du president egyptien, surtout quand la direction du Hamas est soumise a une pression enorme, non seulement de la part d’Israel, mais aussi de la part de plusieurs Etats arabes. Il y a trois ans, Khaled Mashal, leader poliique du Hamas, a ete expulse de Jordanie avec trois de ses collegues. L’une des exigences du Hamas au Caire etait que l’Egypte fasse en sorte qu’ils soient autorises a retourner a Amman. Le Hamas connait egalement une crise financiere. Les Saoudiens, se soumettant en cela aux exigences americaines apres le 11 septembre, ont coupe les fonds aux groupes islamistes radicaux, y compris le Hamas, dans le cadre de la guerre contre le terrorisme.

Les efforts de l’Egypte

Les leaders du Hamas accepterent donc l’invitation dans l’espoir de faire baisser la pression et ils avaient quelque chose a offrir en echange. Tout en refusant de reconnaitre l’autorite de l’OLP/Autorite palestinienne dans les territoires, ou les frontieres de 1967, ils etaient prets a arreter les attentats contre les civils, dans le cadre d’une houdna, comme ils l’avaient dit a Souleiman quelques mois auparavant. Mais ils exigeaient de Souleiman qu’il leur produise un engagement israelien equivalent. Les Egyptiens echouerent. Ces derniers jours, les medias arabes sont remplis d’informations selon lesquelles l’une des raisons de l’echec de la conference etait le raid de Tsahal a Gaza en plein milieu de la conference, raid qui tua 12 Palestiniens.

Malgre cet echec, il semble que les Egyptiens n’aient pas renonce. On peut penser que les felicitations que Moubarak a adressees par telephone a Sharon apres sa reelection, et son invitation surprise a Sharon, alors qu’il l’avait boycotte pendant deux ans, font partie d’un effort egyptien pour obtenir cet engagement mutuel israelo-palestinien a mettre fin provisoirement a la violence.

Mais en attendant, l’echec du Caire a renforce la puissance et le prestige du front islamste. Les Egyptiens ont negocie avec les fanatiques religieux palestiniens, qui conduisent l’opposition a Arafat, comme s’ils etaient sur un pied d’egalite avec le Fatah et l’Autorite palestinienne. Le pays arabe le plus important et le plus puissant a reconnu, de fait, la legitimite d’un Hamas extremiste, qui n’a que 15 ans d’existence. Ainsi, ce fut un coup porte au camp des moderes palestiniens.

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