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Conférence d’Ami Ayalon et de Sari Nusseibeh à Givat Haviva

mis en ligne le jeudi 21 mars 2002
par Ami Ayalon, Sari Nusseibeh

Trad. : Gérard Eizenberg pour La Paix Maintenant

Encore sous le choc de l’attentat sanglant commis tres pres de Givat Haviva, des centaines de juifs et d’arabes issus de differents secteurs de la vie civile, ambassadeurs, diplomates, journalistes, educateurs, se sont reunis hier soir pour un symposium sur le sujer : "Comment sortir de la situation actuelle", avec la participation du general de reserve Ami Ayalon, ancien chef des Services de Securite Generale (communement appeles Shin Beth), et du Pr Sari Nusseibeh, responsable des affaires de Jerusalem au sein de l’Autorite Palestinienne.

Les deux orateurs ont developpe leur ideologie et leur vision d’un accord politique dans la region. Le public a accueilli leurs remarques de facon tres favorable, quelques-uns des intervenants souhaitant meme les voir tous deux occuper des positions-cles dans le deroulement du processus politique.

Ami Ayalon a commence en posant trois questions : 1. Comment en sommes-nous arrives la ? 2. Que devons-nous apprendre de ce que nous avons fait, ou n’avons pas fait ? 3. Que devons-nous faire, en regard de l’avenir ?

Selon son analyse, le processus d’Oslo s’est effondre a cause d’un effondrement de la confiance mutuelle, et du fait qu’il etait percu par l’opinion des deux cotes comme un processus elitiste et peu clair. L’objectif d’Israel etait d’obtenir la securite au bout du processus, et les Palestiniens voulaient un Etat. Pour que les Israeliens obtiennent une securite complete, les Palestiniens devaient pratiquement risquer une guerre civile, en raison de la necessite de combattre les plus extremistes d’entre eux. Pour que les Palestiniens obtiennent un Etat, Israel devait en arriver a une confrontation interne extremement dure, a cause de la necessite de demanteler les colonies. En consequence, aucune des parties n’a attteint ses objectifs. La confiance s’est effondree, en raison de la methode des petits pas, et du secret entourant les negociations. Conclusions d’Ayalon : nous devons commencer a partir de la fin, brosser d’abord un tableau general de l’accord, et seulement ensuite en venir aux details. Tout le processus doit etre mene de facon ouverte, et l’opinion doit pouvoir s’exprimer sur le cadre, une fois qu’il aura ete determine.

Ayalon en a appele a un engagement international direct et immediat, a la fois dans la mise en oeuvre d’un accord politique, et dans les solutions a apporter au probleme des refugies, et aux aspects economiques et securitaires lies a l’accord. Il a insiste sur le fait que les deux parties devaient faire la difference entre les reves et la realite.

Nusseibeh, lui aussi, a parle de solutions optimales et de solutions possibles. A son avis, il y a deux types de solution au conflit actuel. L’une implique l’etablissement d’un Etat commun dans lequel il y aurait une egalite des droits legaux et civiques, l’autre consiste en une division du territoire de maniere equitable, et l’etablissement de deux Etats pour deux peuples, separes par la frontiere du 4 juin 1967, avec eventuellement des corrections mineures de frontiere, l’evacuation des colonies, et la possibilite d’echange de territoires sur une base egale. Meme s’il pense que la premiere solution serait preferable, Nusseibeh sent bien qu’elle n’est pas acceptable par la grande majorite de chaque cote. Il a donc exprime l’opinion que la seconde solution devait etre mise en oeuvre. Nusseibeh a encore insiste sur le fait que ce qui etait possible ne le serait plus demain, pour des raisons geographiques, demographiques, et autres. Il s’agit donc de proceder a la division sans retard.

Au sujet des refugies, Nusseibeh a dit que le droit au retour devait etre exige a l’interieur de l’Etat palestinien a venir (et non a l’interieur du territoire de l’Etat d’Israel), pour ceux qui le souhaitent, et une compensation adequate offerte a ceux qui choisiraient de rester ou ils sont. Cela, apres qu’Israel ait reconnu publiquement l’injustice commise contre eux. Jerusalem, dans sa proposition, demeurera une ville ouverte, et unie geographiquement. Sa partie Est constituera la capitale de la Palestine, et sa partie Ouest la capitale d’Israel, un systeme de ccoperation etant mis sur pied pour traiter la gestion des affaires municipales.

Nusseibeh a condamne sans equivoque l’attentat contre l’autobue a Wadi Ara, ainsi que tous les attentats et les meurtres de civils, sa condamnation se situant aussi bien sur le plan moral que politique. Il a parle de facon tres dure de la maniere dont les gens se definissaient dans notre region, d’abord sur un plan national ou religieux, avant de le faire sur un plan personnel. "Je suis d’abord un etre humain, avant d’etre un Palestinien ou un musulman, et de la, on peut en tirer des conclusions politiques".

Les deux orateurs ont repondu aux questions du public. Entre autres, il a ete demande a Ami Ayalon s’il se considerait comme un leader politique, et il repondit : "la periode des leaders est revolue". Il pense qu’il est du devoir civique de chacun de s’engager, de faire entendre sa voix, et d’essayer chaque jour d’influencer le pouvoir politique, et pas seulement en mettant un bulletin dans l’urne. C’est cela qu’il fait en paraissant en public et dans les medias.

La soiree a ete ouverte par les mots de bienvenue du Secretaire General du Mouvement kibboutzique, Gouri Bargil, et les remarques liminaires du codirecteur du Centre Judeo-Arabe pour la Paix a Givat Haviva, le Dr Sarah Ozacky-Lazar, qui a souligne que ce symposium faisait partie d’un travail commun permanent pour chercher des methodes differentes de dialogue entre les deux peuples a tous les niveaux, ainsi que pour aider des voix audacieuses a se faire entendre, pour trouver une maniere de sortir de la crise.


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