Une paix entre Israël et les Palestiniens neutraliserait la menace iranienne


Ha’aretz, 10 février 2010

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Traduction : Gérard Eizenberg pour La Paix Maintenant


Depuis la fin de la IIe Guerre mondiale, le monde a connu nombre de
conflits sanglants pendant ou après lesquels d’importants groupes de
populations ont été assassinés. On pourrait citer le massacre de millions de
Cambodgiens par les Khmers rouges, l’horrible guerre tribale au Rwanda, les
exactions en ex-Yougoslavie, ou encore au sud du Soudan. Mais, en dépit de
tout cela, les Nations unies ont décidé de consacrer une journée
particulière à la mémoire du massacre des Juifs en Europe.

En quoi la Shoah est-elle unique ? Non seulement par son ampleur et sa
cruauté, mais aussi par le manque absolu des causalités qui ont pu expliquer les
autres massacres. Les Juifs n’ont pas été exterminés pour permettre aux
Nazis de s’emparer de leur territoire, car les Juifs n’en avaient pas. Ils
n’ont pas été exterminés parce qu’ils appartenaient à une autre religion,
car les Nazis se déclaraient athées. Ils n’ont pas été exterminés dans le
cadre d’une lutte idéologique, les Juifs n’avaient pas d’idéologie
particulière. L’extermination ne provenait pas non plus de l’attrait des
Juifs pour l’argent. La plupart d’entre eux étaient pauvres, et les riches
auraient volontiers cédé leur fortune aux Nazis si cela avait pu leur sauver
la vie. De fait, les Nazis considéraient les Juifs comme des « virus » –
c’est la raison pour laquelle leur extermination a été si brutale et
cruelle.

Malgré son caractère unique, le mécanisme absurde qui a mené à la Shoah n’a
pas disparu avec la défaite nazie, et nous devons veiller à ce qu’il ne se
reproduise pas. Soixante-quatre ans après la libération d’Auschwitz, on
peut distinguer ce même mécanisme humain qui a fabriqué des accusations
fausses, pour ne pas dire hallucinatoires, contre les Juifs ou contre
d’autres. C’est pourquoi les Nations unies ont décidé de marquer la mémoire
de la Shoah plutôt qu’instituer une journée mémorielle internationale pour
toutes les catastrophes de l’humanité. Les dirigeants d’Israël, qui ont
parcouru l’Europe pour la Journée internationale de la mémoire de la Shoah,
ne l’ont pas fait uniquement pour renforcer les anti-corps contre les
manifestations modernes de l’antisémitisme, mais plutôt pour trouver un
soutien international contre l’acquisition par l’Iran de l’arme nucléaire,
qui menace ouvertement Israël d’extermination.

L’Iran n’est pas l’Allemagne nazie, ni par son régime, ni par son idéologie,
et certainement pas par ses capacités économiques et militaires. De son
côté, Israël ne ressemble pas non plus aux communautés juives, faibles par
la force, qui vivaient alors en Europe. Mais, malgré ces différences, le
régime iranien a adopté la même opposition totale à l’existence d’Israël. Il
est dont susceptible de glisser dans ce même mécanisme qui a créé la haine
infinie des Juifs de l’ère de la Shoah. Et, quand l’Iran aura l’arme
nucléaire, il peut être entraîné, comme l’a été l’Allemagne nazie, vers une
agression folle.

Que peut-on faire ? Personne ne peut garantir que les sanctions prévues par
la communauté internationale persuaderont l’Iran de se retirer de la course
à l’arme nucléaire. En même temps, une tentative de détruire son potentiel
nucléaire militaire pourrait entraîner Israël dans une guerre longue et
épuisante contre la nation iranienne et ses alliés de la région.

Mais il existe une autre voie pour neutraliser la menace iranienne, plus
appropriée et plus morale : un accord de paix avec les Palestiniens. Il y a
un mois, Mahmoud Habash, ministre palestinien du Waqf, en charge des lieux
saints musulmans, a prononcé un discours porteur d’espoir, lors d’une prière
publique à Ramallah. En présence des plus hauts dirigeants de l’Autorité
palestinienne, il s’en est pris à l’intervention de l’Iran dans le conflit
israélo-palestinien.

En substance, il a dit ceci : qu’avez-vous à faire de nous ? Nous n’avons
pas besoin de votre protection. Vous ne faites que rendre ce conflit encore
pire, au lieu de nous aider, nous et les Israéliens, à le résoudre par la
méthode reconnue aujourd’hui par le monde entier ; deux Etats pour deux
peuples. En encourageant l’extrémisme du Hamas, vous ne faites qu’induire
une réaction dure de la part d’Israël et éloignez ainsi la solution à
laquelle nous aspirons tous. Jamais aucun soldat iranien n’a versé son sang
pour notre peuple comme l’ont fait les soldats jordaniens et égyptiens. Et
pourtant, ce sont ces pays qui ont signé des accords de paix avec Israël.

La paix entre Israël et la Palestine neutraliserait l’épine empoisonnée que
constitue la haine de l’Iran envers Israël, et réduirait à néant ce
mécanisme, à l’imagination débordante, qui fait d’Israël un « petit Satan »
qui doit être détruit à tout prix. Une paix signée conjointement par
Israéliens et Palestiniens pourrait aider le peuple iranien à reculer face à
la folie qui s’est emparée des leaders religieux de cette grande et
honorable nation. La fin du conflit israélo-palestinien aurait donc un
impact bien plus important que n’importe quelle opération militaire,
américaine ou israélienne qui ne ferait que perpétuer la douleur et les
souffrances dans cette région.

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