Une occasion unique

Thème : Politique intérieure israélienne Palestiniens : la nouvelle donne

Ha’aretz , mis en ligne le 19 novembre 2004
par Orit Shochat

Si la sucession de Yasser Arafat est bien évidemment déterminante pour l’avenir de la région, l’attitude de Sharon face à la situation politique intérieure d’Israël d’une part, et au changement de direction de l’Autorité palestinienne d’autre part, pourrait l’être encore davantage.

Introduction :

Tous les projecteurs sont aujourd’hui braqués sur l’éventuelle succession du leader palestinien. Si celle-ci est bien évidemment déterminante pour l’avenir de la région, l’attitude de Sharon face à la situation politique intérieure d’Israël d’une part, et au changement de direction de l’Autorité Palestinienne d’autre part, pourrait l’être encore davantage. C’est en tout cas l’avis d’Orit Shochat qui voit dans la conjonction actuelle des événements, une occasion unique pour Sharon de prendre "pour une fois" la bonne initiative : démissionner Netanyahu et Livnat ainsi que les ministres du parti national religieux, et former un gouvernement centriste avec le soutien de toutes les forces de gauche, ce qui redonnerait de l’espoir aux palestiniens et permettrait peut être enfin d’aboutir à un accord de paix négocié.

Rappelons que Benjamin Netanyahu et Limor Livnat, respectivement ministres de l’économie et de l’éducation se sont dans un premier temps opposés au plan de retrait initié par Sharon. Ils ont cependant voté en sa faveur la semaine dernière tout en posant un ultimatum a Sharon. Celui-ci est sommé d’annoncer dans les deux semaines à venir, la tenue d’un référendum concernant le plan de retrait, faute de quoi ils démissionneraient et voteraient contre le gouvernement lors du prochain scrutin de la Knesset.

Selon Aluf Benn de haaretz, Limor Livnat aurait annonce ce matin meme qu’elle revenait sur sa decision et ne demissionnerait donc pas, meme si Sharon n’annonçait pas de referendum. Netanyahu quant a lui, reste sur ses positions. Rappelons egalement que Sharon avait annonce jeudi dernier qu’il ne retarderait pas la lise en oeuvre du plan de retrait , et ce, malgre la maladie d’Arafat. Il a egalement exclu l’hypothese du referendum.


Haaretz, le 29 octobre 2004

http://www.haaretz.com/hasen/spages...

Il se pourrait bien que dans les semaines à venir la succession d’Arafat ne devienne une question secondaire en regard de celle du remplacement du ministre des finances Benjamin Netanyahu, du ministre de l’éducation Limor Livnat et des ministres du parti national religieux.

Aujourd’hui plus que jamais, c’est Israël qui avec l’appui inconditionnel de l’administration américaine, règne sur les Palestiniens. Dans ce contexte, on peut dire sans exagération que le destin des peuples israélien et palestinien dépend bien plus de l’attitude future de Sharon, que du nom du successeur d’Arafat.

Si Sharon décide de s’allier avec la gauche et s’assure le soutien des partis qui défendent le démantèlement des colonies et la recherche d’un accord de paix, cela incitera les palestiniens a adopter une attitude modérée.

Il peut aussi choisir de surfer sur la vague des rabbins et des activistes du comité central du Likoud, essayer de trouver des compromis avec eux, et accueillir le changement au sein de l’Autorité Palestinienne en envoyant des tanks et en prophétisant le pire. Dans cette hypothèse, c’est l’armée qui comblera le vide créé au sein du leadership palestinien par ses plans d’urgence pour « le jour après Arafat » . Le vote majoritaire de la Knesset en faveur du désengagement et du démantèlement des colonies tombera alors a l’eau.

Il est très rare que l’histoire offre une convergence d’événements comparable a celle que nous vivons aujourd’hui. Le revirement de Sharon ; les regrets qu’il a exprimes concernant la campagne d’incitation a la violence menée contre feu Yitzhak Rabin ; ses déclarations a la tribune de la Knesset exprimant sa volonté de ne pas gouverner les palestiniens ; le message qu’il a adresse aux Arabes, en affirmant refuser que l’Etat d’Israël soit bâti sur leur destruction ; la détermination qu’il a montrée à démanteler des colonies au risque de perdre le pouvoir ; l’opiniâtreté dont il a fait preuve face aux rebelles du Likoud ; les regards désespérés de ses opposants ; le mépris que leur attitude a généré y compris dans leurs rangs ; l’ultimatum de Netanyaou et Livnat qui arrive à point nommé pour permettre à Sharon de se séparer d’eux et de la voie de l’extrémisme qu’ils représentent ; la peur grandissante de la violence de l’extrême droite qui a un retentissement d’autant plus grand du fait de la commémoration de l’assassinat de Rabin ; et enfin l’opportunité de voir advenir un changement au sein de l’Autorité Palestinienne - tout cela pourrait permettre à Sharon de gérer pour la première fois la situation avec pragmatisme et retenue, à la condition qu’il soit soutenu par une nouvelle force politique d’ou les extrémistes seraient absents.

Arafat va-t il quitter la scène politique ? Ses successeurs seront ils issus du groupe des tunisiens exiles ou du leadership de l’Intifada ? Ces questions sont avant tout l’affaire des palestiniens. Israël ne peut pas intervenir et faire émerger une nouvelle génération d’interlocuteurs potentiels qui n’auraient pas le soutien de leur peuple. Il doit aussi se garder d’exprimer exagérément sa joie face à la situation d’Arafat et garder en permanence à l’esprit la terrible détresse du peuple palestinien.

En cette période de crise, Israël peut donner aux palestiniens l’espoir qu’un changement radical dans la nature de leur relation avec les israéliens est encore possible et que le retournement politique de Sharon (et la recomposition de la carte politique israélienne qui en découle) peut leur être bénéfique.

Il nous faut espérer que les Palestiniens ne se laisseront pas égarer par un nouvel Arafat, et que, de la même façon, les colons ne trouveront pas un nouvel Ariel Sharon pour gravir avec eux les collines de Cisjordanie. Les deux camps se retrouvent aujourd’hui face à un tournant décisif et leurs destins sont plus que jamais entremêlés. La faiblesse du camp palestinien fait aujourd’hui porter l’essentiel du poids de la responsabilité au gouvernement israélien.

La question de savoir si le monde des affaires sera déçu par le départ de Netanyahu et si la reforme bancaire sera votée dans le cas ou un autre ministre des finances est nommé, est totalement secondaire. L’important est de savoir si Sharon va réussir à former un gouvernement homogène et déterminé, un gouvernement qui parviendra enfin à prendre des décisions difficiles et à les appliquer sans être l’objet d’un chantage politique et affectif de la part du bloc messianique, bloc aujourd’hui mené par les ministres de l’ultimatum, Netanyahu et Livnat, qui perdra l’essentiel de son pouvoir avec leur départ du gouvernement.