Une oasis de paix

par La Paix Maintenant, édition

Visite du village de Neve shalom - Wahat Assalam - Oasis de paix, guidée par Yair Auron, historien.

Le village de Neve Shalom, littéralement “Oasis de Paix”, est un lieu communautaire coopératif composé en proportions à peu près égales de Juifs et d’Arabes israéliens -Arabes de religion musulmane et chrétienne. Yair qualifie aussi ces Arabes israéliens de palestiniens.

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Notre arrivée à Neve Shalom

Le village a été créé en 1970 sur un terrain acheté à St Jean de Latran dans le no man’s land négocié entre Israël et la Jordanie après la guerre de 1948, à équidistance de Tel Aviv et de Jérusalem.

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Accueil par Yair Auron

Le village compte maintenant 50 familles ; une expansion de 94 familles a été autorisée pour les années à venir. En plus de constituer un lieu modèle de vie commune égalitaire et harmonieuse entre Juifs et Arabes, basé sur l’acceptation mutuelle, le respect et la coopération dans la vie quotidienne, un objectif majeur du village est son action éducative en vue de l’intégration des enfants des deux groupes. Les enfants apprennent leurs différences mutuelles dans un enseignement bilingue hébreu/arabe des cultures, littératures et traditions respectives. Fréquentée par une majorité d’enfants arabes des villages alentour, l’école primaire de Neve Shalom est la première école binationale d’Israël. L’école est privée et ne suit donc pas le programme d’éducation nationale.

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Neve Shalom n’a pas pour objectif de créer une nouvelle population mixte, mais de permettre une cohabitation pacifique et harmonieuse grâce à une connaissance approfondie de l’autre. Il y a un seul couple mixte sur cinquante, résultant du mariage entre une femme juive et un homme arabe ayant grandi ensemble dans le village. Cette histoire est au cœur du livre de Evi Guggenheim et Eyas Shebta : « Le Mariage de la Paix : Au coeur du conflit, une Juive et un Palestinien dans le village de la tolerance”

Pour ne pas nuire à l’intégration des Juifs et Arabes, les fêtes nationales respectives ne sont pas célébrées officiellement (les familles sont libres de célébrer les fêtes de leur choix en privé). L’hymne national israélien n’est pas joué publiquement. Cela dit, les événements historiques que ces fêtes commémorent sont discutés et enseignés. Par exemple, la Naqba donne l’occasion aux enfants de visiter sur les sites des villages arabes détruits pendant la guerre de 1948. Yair nous explique que dans les écoles israéliennes qui suivent le programme d’éducation nationale, les arabes israéliens apprennent plus sur la Shoah que sur la Naqba. De plus, le ministre de l’éducation actuel a même proposé d’enlever toute allusion à la Naqba des livres d’histoire israéliens. Yair commente : « Tant que les Israéliens ne comprendront pas le drame que 1948 a représenté pour les Palestiniens, on n’aura pas la paix. ».

Comme les fêtes nationales, les fêtes religieuses respectives sont fêtées au sein des familles, à l’exception des fêtes majeures (Noël, Hanukkah, et une fête musulmane proche dans le temps selon les calendriers respectifs), qui réunissent les trois religions dans une célébration commune.

De plus, Neve Shalom a un Centre spirituel et une Maison du Silence qui sont le lieu d’activités plus ou moins définies selon Yair, offrant en tout cas un cadre de réflexion spirituelle sur le conflit et sa résolution.

L’intégration est manifestement réussie : Yair nous raconte comment le village a réagi pendant la guerre de Gaza en décembre 2008 - janvier 2009. Malgré une tension vive et des divergences de point de vue difficilement réductibles, des réunions communes ont donné lieu à des discussions « plutôt bonnes », et des échanges bénéfiques au sein du village.

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La Maison du Silence, lieu de recueillement du village
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A l’intérieur de la Maison du Silence

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Enfin, nous avons surtout eu le privilège d’assister à la commémoration de la mort de Ytzhak Rabin par les écoliers.

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Commémoration de la mort de Rabin par les enfants de Neve Shalom

Le spectacle a été particulièrement émouvant pour nombre d’entre nous : des enfants juifs et arabes, commémorant non seulement Rabin mais d’autres faiseurs de paix assassinés qui ont marqué le monde tels que Martin Luther king ou Gandhi.

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Les enfants se sont exprimés tour à tour, les Juifs en arabe et les Arabes en hébreu, puis ont chanté la chanson pour la paix que Rabin avait programmée le jour de son dernier rassemblement, et qui avait été chantée quelques instants avant son assassinat.

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Echanges avec Yair Auron

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Pour en savoir plus : http://www.nswas.org